#Ontario

Quinze dossiers à surveiller en 2015

TORONTO – Que réserve 2015 sur la scène politique de l’Ontario? La nouvelle année amènera-t-elle, comme la précédente, son lot de surprises et de rebondissements? Une chose est certaine: la chose publique ne manquera pas de matière première.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

L’équipe d’#ONfr a préparé une liste de 15 dossiers à surveiller à l’aube de cette nouvelle année.

1. Les élections fédérales

Les prochaines élections fédérales, attendues à l’automne, seront déterminantes pour l’Ontario. La province la plus populeuse, et où se trouve près de la moitié des sièges aux Communes, sera un important champ de bataille pour les trois principaux partis fédéraux. Il est clair que les libéraux à Queen’s Park souhaitent l’élection d’un gouvernement de même allégeance à Ottawa, avec lequel il serait peut-être plus simple de négocier une bonification des pensions fédérales – éviter la mise sur pied d’un régime d’épargne parallèle dans la province. Mais la troupe de Kathleen Wynne doit aussi se préparer à une réélection des conservateurs fédéraux et, le cas échéant, à mettre un peu plus d’eau dans son vin. Les dossiers de l’environnement et de l’infrastructure, entre autres, ont beaucoup souffert de la relation tendue qu’ont entretenue Mme Wynne et son homologue fédéral Stephen Harper, au cours de la dernière année.

2. La chefferie PC de l’Ontario

Le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario a frappé un mur en 2014. L’ancienne Big Blue Machine qui a régné en maître sur la province pendant plus de la moitié du XXe siècle a loupé un quatrième rendez-vous électoral consécutif. Reconduit sur les banquettes de l’opposition avec une députation réduite, le Parti PC est à la recherche d’un nouveau chef qui saura faire oublier les idées draconiennes de Tim Hudak et projeter une image «plus progressiste que conservatrice». Cinq candidats sont sur les blocs de départ. Un congrès d’investiture doit avoir lieu le 9 juin.

3. Les scandales politiques

Le gouvernement libéral à Queen’s Park a su esquiver plusieurs scandales dans sa quête d’un quatrième mandat, en 2014. Mais ces histoires de centrales au gaz, d’ORNGE et de MaRS ne sont pas, pour autant, disparues au lendemain des élections du 12 juin. De nouvelles révélations – y compris un rapport accablant de la Vérificatrice générale dans l’affaire MaRS – ont entretenu la controverse jusqu’à la toute fin de l’année. Le prochain dṓdeka n’apportera sans doute pas grand répit à la troupe de Kathleen Wynne, alors que la police poursuit son enquête sur l’affaire des centrales au gaz et que les dépassements de coûts des Jeux panaméricains de Toronto deviennent de plus en plus manifestes.

4. L’élection partielle dans Sudbury

Tous les projecteurs seront braqués sur Sudbury lorsque les électeurs de l’endroit se rendront aux urnes pour choisir un successeur à leur député démissionnaire, Joe Cimino, cette année. D’emblée, une partielle est toujours un bon baromètre de l’humeur de l’électorat. Et, rappelons-le, Sudbury a été l’un des deux seuls gains des néo-démocrates aux mains des libéraux lors des dernières élections ontariennes. Mais ce sont surtout les allégations de trafic d’influence au sein du clan libéral qui retiennent l’attention. Un ex-candidat du parti au pouvoir, Andrew Olivier, soutient que des personnes d’influence au sein de la formation lui ont fait miroiter «un emploi ou une nomination» pour le convaincre de céder le passage à Glenn Thibeault, un transfuge néo-démocrate. M. Olivier a décidé, au final, de se présenter à titre d’indépendant.

5. L’économie

L’Ontario entame 2015 avec le déficit plus élevé de toutes les provinces canadiennes, une cote de crédit à la baisse et un marché de l’emploi qui demeure fragile. Malgré tout, le gouvernement libéral à Queen’s Park campe sur sa promesse de sortir la province du gouffre d’ici trois ans. De nouveaux «outils de revenus» – c’est-à-dire de nouvelles taxes – sont parfois évoqués pour équilibrer les finances publiques si ultimement rien d’autre n’y parvient.

Le collège agricole d'Alfred, dans l'Est ontarien.  (Photo: Courtoisie)
Le collège agricole d’Alfred, dans l’Est ontarien.
(Photo: Courtoisie)

6. Le collège d’Alfred

L’Ontario doit décider, cette année, du sort de son seul collège d’agriculture francophone, situé à Alfred, dans l’est de la province. Le gouvernement libéral de Kathleen Wynne a plusieurs options sur la table, dont la création d’un Conseil de formation agricole pour gérer l’établissement. L’avenir du collège d’Alfred demeure incertain depuis que l’Université de Guelph (UdeG) a décidé de s’en désinvestir pour des raisons financières, l’an dernier. Les collèges Boréal et La Cité y assurent la continuité des études dans l’attente d’une solution sur le long terme.

7. L’hôpital de Penetanguishene

La communauté francophone de la région de Penetanguishene poursuivra en 2015 ses efforts pour conserver des soins de santé dans sa langue, malgré la fermeture imminente de son l’hôpital partiellement désigné en vertu de la Loi sur les services en français de l’Ontario. Le commissaire aux services en français, Me François Boileau, tentera pour sa part d’éclaircir les raisons pour lesquelles la désignation de l’établissement n’a pas du tout pesé dans la balance au moment d’en décider la fermeture, pour des raisons financières, l’an dernier.

8. Les transports

Avec ses 13,6 millions d’habitants répartis sur 1 million de kilomètres carrés, l’Ontario a toujours des défis à relever sur le plan des transports. C’est particulièrement vrai cette année, alors que le gouvernement libéral de Kathleen Wynne commence à déployer sur ses routes des investissements record de 29 milliards $ sur dix ans. La moitié de la cagnotte doit servir à bonifier l’offre de transports collectifs et atténuer la congestion routière dans la grande région de Toronto et Hamilton.

9. La négociation avec les syndiqués du secteur public

De nombreux contrats de travail dans la fonction publique de l’Ontario, notamment ceux des enseignants, sont venus à échéance à la fin de 2014. Toujours déficitaire, la province demande à ses employés d’encaisser un autre round d’austérité. Les négociations s’annoncent ardues. Le leader syndical Warren ’Smokey’ Thomas a déjà prédit qu’elles seraient «pires qu’avec Mike Harris».

Des chercheurs de l'institut C.D. Howe suggèrent de permettre la vente d’alcool dans les dépanneurs et les supermarchés, et non seulement à la LCBO et dans les Beer Store. (Photo: WikiCommons)
La Régie des alcools de l’Ontario, la LCBO.
(Photo: WikiCommons)

10. La «modernisation» du marché de l’alcool

L’économiste Ed Clark déposera, cette année, un rapport sur la gestion des biens publics de l’Ontario dans lequel il recommandera, sait-on d’ores et déjà, une certaine «modernisation» du marché de l’alcool dans la province. La Régie des alcools de l’Ontario, la LCBO, serait ainsi appelée à concurrencer davantage le Beer Store, une entreprise privée qui détient un quasi-monopole sur la vente de bière depuis la fin de la prohibition, en 1927.

11. L’université franco-ontarienne

Le projet d’une université «par et pour» les francophones de l’Ontario doit continuer à prendre forme au cours de la prochaine année. Mais les porteurs du dossier, en particulier les étudiants, devront se mesurer à deux obstacles majeurs. Ils devront d’abord surmonter l’opposition de certains établissements existants, à commencer par l’Université d’Ottawa. Puis, il leur faudra convaincre un gouvernement à Queen’s Park qui, pour l’instant, ne cherche qu’à bonifier l’offre de programmes d’études en français dans le centre et le sud-ouest de la province.

12. Le Cercle de feu

L’Ontario a promis 1 milliard $ et mis sur pied une société de développement pour le Cercle de feu, cette région du nord-ouest de la province où se trouvent de riches gisements de chromite encore inexploités, et le dont le potentiel économique est évalué à près de 60 milliards $. Mais le projet avance très lentement. Si bien que la minière américaine Cliffs a préféré suspendre ses activités et vendre son camp d’exploration dans la région, disant attendre la construction par la province d’une route quatre-saisons avant de se rengager.

13. La gestion des ordures

Les ratés du projet de «gazéification» des déchets Plasco à Ottawa ramènent à l’avant-plan tout l’enjeu de la gestion des ordures en Ontario. La province n’a pas rafraîchi l’inventaire de ses dépotoirs depuis le début des années 1990 et n’a toujours pas, à l’aube de 2015, un plan pour gérer efficacement les déchets des secteurs commercial, industriel et institutionnel, dont elle est responsable. Un dossier à suivre…

14. L’énergie

Un virage vert qui a fait bondir les tarifs d’électricité. Des éoliennes géantes qui ont déclenché l’ire des municipalités rurales. L’affaire des centrales au gaz qui a coûté plus de 1 milliard $. Et des compteurs intelligents d’électricité qui auraient coûté deux fois trop cher à installer, sans pour autant rapporter les économies souhaitées. L’énergie est devenue le boulet des libéraux de l’Ontario. Un boulet dont le parti au pouvoir n’est pas prêt de s’affranchir, si on se fie aux plus récents débats à l’Assemblée législative.

15. Le bilinguisme à Ottawa

Les adhérents au mouvement pour faire d’Ottawa une ville officiellement bilingue se sont donnés pour objectif d’enchâsser les droits de la minorité francophone dans la loi municipale d’ici 2017. Mais la partie n’est pas gagnée d’avance, avec un conseil municipal généralement opposé à l’idée et des gouvernements provincial et fédéral peu désireux d’intervenir.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org