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Querelle de sous à Queen’s Park

La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne. Crédit photo: Archives, #ONfr

[ANALYSE]

TORONTO – L’équilibre budgétaire: le thème produit sans doute les débats les plus animés entre les gouvernements et les partis d’opposition, que ce soit à Queen’s Park ou ailleurs. Un jeu habituel entre les élus qui connait une ampleur nouvelle depuis les effets de la grave crise financière de 2008.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Sauf que cette semaine, c’est la première ministre de l’Ontario et la vérificatrice générale de la province qui ne sont pas tombées d’accord sur les chiffres du déficit.

Et le décalage entre les deux sommes n’est pas que d’une centaine de dollars. Pour Kathleen Wynne, la province poursuit sereinement l’assainissement de ses finances publiques, avec un déficit de 3,5 milliards de dollars, quand la vérificatrice Bonne Lysyk parle plutôt de 5 milliards. Un écart vertigineux en somme de 1,5 milliard de dollars.

Qui a raison, qui a tort? Difficile de trancher. D’un côté, Kathleen Wynne et son ministre des Finances, Charles Sousa, ont les mains sur les feuilles de compte pour lesquelles la vérificatrice doit souvent lutter pour obtenir l’obtention. Mais comme chaque agent parlementaire, Mme Lysyk symbolise quand même une neutralité.

Ce n’est évidemment pas le cas des libéraux qui doivent coûte que coûte équilibrer le budget provincial en 2018. Cette date annoncée par l’ancien premier ministre, Dalton McGuinty, peu avant son départ, a représenté un héritage difficile pour Kathleen Wynne qui n’a pas eu d’autre choix que de promettre à son tour le «déficit zéro» pour la même date.

La chef du Parti libéral, qui avait tiré à boulets rouges sur le plan d’austérité de son ancien rival progressiste-conservateur, Tim Hudak, lors des élections provinciales de 2014, a sorti des petits coups de haches, une fois au pouvoir… quitte à sacrifier son ambitieux programme d’épargne-retraite.

Des coupes notamment visibles dans le domaine de l’éducation avec le gel des salaires des enseignants ou encore les compressions du personnel infirmier dans les hôpitaux.

De là à atteindre 3,5 milliards de déficit budgétaire, contre 12 millions de dollars lors de l’arrivée de Mme Wynne au pouvoir en 2013? Beaucoup dénoncent des calculs artificiels. La vente d’Hydro One annoncée par les libéraux en 2015, et destinée à priori aux financements de projets de d’infrastructures, reste toujours controversée et les doutes persistent sur l’utilisation de cet argent pour des projets d’intérêt public.

Une lecture simple des chiffres donne l’impression que la première ministre annoncera l’équilibre budgétaire pour 2018. Un aboutissement qui permettrait alors à l’équipe libérale de gommer un peu son image de gouvernement dépensier véhiculée notamment avec l’affaire des centrales au gaz, et ainsi de chercher des électeurs tentés par les progressistes-conservateurs pour les élections provinciales la même année.

Rien n’indique par la suite que les libéraux, ou l’autre parti éventuellement au pouvoir, seront en mesure de conserver ce niveau d’assainissement. C’est en tout cas ce qu’avait lancé le Bureau de la responsabilisation financière (BRF) de l’Ontario en juin dernier, constatant un possible ralentissement de la croissance économique et une pression démographique plus importante, dans les prochains mois.

Considérant les investissements importants dans la santé, l’éducation dans le domaine de l’infrastructure, l’équation n’est pas simple pour Kathleen Wynne. Lorsqu’il faut sacrifier, Queen’s Park est souvent contraint de choisir des services de proximité et d’aides à la personne. C’est moins le cas du gouvernement fédéral où certains ministères sont plus éloignés des réalités des citoyens.

Kathleen Wynne sait en tout cas qu’elle sera attendue au tournant lors du prochain exercice budgétaire. Mais au-delà des résultats, la crédibilité des chiffres sera maintenant toujours questionnée.

 

Cette analyse est aussi publiée dans le journal LeDroit du 8 octobre

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.