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Propositions pour s’attaquer à la «crise du logement abordable»

Jean-Yves Duclos annonce un nouveau programme visant à promouvoir l'innovation dans les logements sociaux Crédit photo: Étienne Fortin-Gauthier.

TORONTO – Le Canada traverse une «crise du logement abordable», s’entendent des dizaines d’acteurs sociaux et politiques rassemblés à Toronto, le vendredi 30 septembre. Dans un effort pour dénouer la crise, le gouvernement fédéral annonce de nouvelles sommes pour stimuler l’innovation dans cette sphère. 

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Lorsqu’il s’agit de bâtir une société inclusive offrant les mêmes possibilités de réussite à tous les Canadiens, le logement, ça compte», a admis d’entrée de jeu Jean-Yves Duclos, ministre fédéral de la Famille, des Enfants et du Développement social.

Le gouvernement fédéral a annoncé en matinée le lancement d’un nouveau Fonds d’innovation de 200 millions de $ pour financer des projets de logements abordables innovants.

«Par l’intermédiaire du Fonds d’innovation, la SCHL fournira une aide financière pour concrétiser des idées utiles pour bâtir une société plus inclusive, de nouveaux modèles de financement et des techniques de construction novatrices qui révolutionneront le secteur du logement locatif», a expliqué M. Duclos.

Le gouvernement assure que cela permettra de créer 4 000 logements abordables sur cinq ans. Le programme forcera les promoteurs à adopter des modèles de financement «novateurs et unique», en plus de miser sur une «utilisation efficace des ressources».

Mais est-ce suffisant pour tenter de solutionner la crise en cours ? À Toronto, par exemple, la liste d’attente pour obtenir un logement social frôle les dix ans. 97 000 familles sont sur cette liste. Lors de la conférence de presse de Jean-Yves Duclos, #ONfr a pu questionner le ministre à ce sujet (VIDÉO).

Le gouvernement fédéral affirme que d’autres annonces seront faites au cours des prochaines semaines pour s’attaquer au manque de logements abordables. Une stratégie nationale en cette matière sera dévoilée cet automne, a confirmé le ministre Duclos.

 

Enthousiasmes mitigés

Les représentants des médias se sont vus refuser l’accès aux discussions des différents acteurs de la société civile dans le cadre du Forum. Il n’était même pas possible de connaître l’emplacement des discussions pour interroger ces intervenants en marge de leur rencontre.

#ONfr a néanmoins réussi à rejoindre deux intervenants d’organismes non-gouvernementaux, dont Jean Stevenson, directrice d’un réseau de centres d’hébergement pour personnes ayant des dépendances. «L’argent a été annoncé pour les infrastructures sociales, mais rien n’a précisément été dit sur le montant qui sera dédié au logement social. On aimerait aussi que le fédéral soit plus clair sur la manière dont l’argent doit être dépensé par ceux qui en reçoivent», souligne-t-elle.

Jean Stevenson salue néanmoins l’implication du gouvernement fédéral. «Le gouvernement fédéral doit jouer un rôle de premier plan et on a l’impression que c’est ce qui est en train d’arriver. Je suis quand même enthousiaste», dit-elle.

L’Alliance torontoise pour la fin de l’itinérance, dont elle fait partie, a dévoilé une liste de demandes au gouvernement fédéral au cours des dernières heures. «Le Canada doit avoir une optique inclusive qui touche les personnes souffrant de problèmes mentaux, de dépendances, sont réfugiés ou nouveaux immigrants, les autochtones ou d’autres communautés», insiste l’organisme dans sa liste de demandes, dont #ONfr a obtenu copie.

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Harvey Cooper, directeur de la Fédération de l’habitation coopérative fait aussi preuve d’un enthousiasme mitigé. «Certaines des sommes annoncées par le gouvernement l’avaient déjà été», dit-il d’emblée. «On est néanmoins positif pour la suite. Le gouvernement fédéral semble voir le logement abordable comme un dossier important et une solution pour réduire la pauvreté. Mais est-ce que l’argent ira vraiment où elle doit aller? On va devoir s’en assurer et les surveiller de près», souligne M. Cooper.

Le changement tant attendu ne viendra cependant pas rapidement, à son avis. «Je suis pas naïf, on va voir une différence dans quelques années seulement», ajoute-t-il.

Plus d’efforts du fédéral et du provincial exigés

Le Sommet sur le logement abordable rassemble 200 intervenants du domaine du logement social, politique, social et de la santé.

Les maires des grandes villes du pays exigent depuis longtemps plus d’efforts du gouvernement ontarien et canadien pour réellement s’attaquer au problème. Selon le maire de Toronto, John Tory, 12 milliards de $ sont nécessaires au niveau national pour régler le problème du manque de logements abordables.

«Le coût de l’inaction est plus élevé que le coût de l’action», a-t-il dit lors de son discours à l’occasion de l’ouverture du Sommet. Le maire affirme que l’augmentation du nombre d’itinérants et de personnes vivants dans des conditions précaires coûte cher au système de santé, notamment. «On est en train de dire à toute une génération: vous ne pouvez pas vivre ici, car ça coûte trop cher», a ajouté le maire Tory.

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L’un des représentants des villes, l’élu montréalais Russell Copeman, a affirmé que le ministre Duclos s’était montré ouvert lors des discussions au sujet des milliards réclamés.

Il faudra cependant voir si le gouvernement acceptera de dégager une telle somme pour le logement social de son enveloppe promise pour les infrastructures sociales, a ajouté M. Copeman.

 

 

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.