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Pourquoi les élèves ne lisent-ils pas «franco-ontarien»?

Selon les chiffres du Ministère de la Culture, du Tourisme et du Sports, 25 % des établissement en Ontario se servent de la base de données construite par le service de bibliothèque de la ville de Toronto. Pixabay

TORONTO – Constatant que les élèves franco-ontariens consomment peu de littérature franco-ontarienne, les acteurs de l’industrie agissent. Ils comptent utiliser la tablette numérique comme un «cheval de Troie» pour pénétrer les institutions scolaires.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Les livres d’auteurs franco-ontariens peinent depuis des années à faire leur place dans les salles de classe des écoles de la province. Les éditeurs changent maintenant de stratégie.

«On lance deux bouquets de cinquante livres numériques d’auteurs franco-ontariens et franco-canadiens accessibles de manière illimitée par toute une classe pour 1,99$ par élève», explique Frédéric Brisson, directeur du Regroupement des éditeurs canadiens-français (RECF).

Des classes du primaire et du secondaire francophone de l’Ontario pourront ainsi analyser une œuvre franco-ontarienne jeunesse pendant un de leur cours grâce à une tablette. Auparavant un tel exercice pouvait s’avérer périlleux en raison de limitations liées aux droits d’auteurs, des coûts élevés pour l’achat de plusieurs titres en papier ou des «verrous numériques» qui bloquent une publication après un certain nombre de lectures.

Une campagne de séduction est actuellement menée pour convaincre les conseils scolaires, les écoles et les enseignants d’adopter ce nouvel outil.

Pourquoi un élève devrait-il lire un livre franco-ontarien plutôt qu’un roman jeunesse populaire qui cartonne ailleurs dans la francophonie? «Parce que nos œuvres de l’Ontario français parlent de milieux et de réalités qui ressemblent à ce que vivent ces jeunes. Nos livres parlent d’Ottawa, de Sudbury, de Toronto ou de Hearst…et des problématiques des Franco-Ontariens», répond M. Brisson.

L’application est le point de départ d’un ambitieux plan qui doit permettre aux auteurs francophones de la province de prendre davantage leur place dans le paysage scolaire.

«On est en train d’identifier des auteurs du bouquet qui pourraient aller à la rencontre des élèves dans les classes ou faire des présentations par Skype», révèle Yves Turbide, directeur général de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF). Un projet-pilote en ce sens doit débuter prochainement. Selon lui, il est essentiel que les élèves puissent échanger avec des auteurs pour comprendre leur démarche et réaliser que d’autres Franco-Ontariens ont percé dans l’univers du livre.

M. Turbide affirme que plusieurs enseignants ne semblent pas connaître toute l’étendue du catalogue de livres franco-ontariens. «On a un bassin littéraire suffisant pour répondre aux besoins du monde scolaire, autant en matière de romans jeunesse, pour jeunes adultes ou grand public», insiste-t-il.

L’absence d’un grand réseau de distribution de livres francophones en Ontario a un impact majeur sur les auteurs franco-ontariens. Ils ne peuvent tout simplement pas compter sur les librairies pour avoir une visibilité et se faire connaître.

Frédéric Brisson souligne que la naissance de la nouvelle application constitue une voie de contournement à cet obstacle. «Sans de nombreuses librairies, on peut difficilement rejoindre la population. On se tourne dorénavant vers les écoles et les bibliothèques», dit-il. M. Brisson souligne qu’au cours des deux dernières décennies, l’industrie du livre en milieu minoritaire s’est «professionnalisée».

Une moyenne de 150 titres paraît maintenant chaque année.

 

Lectures obligatoires?

Le forum «Nos livres, nos écoles», qui s’est déroulé récemment à Ottawa, a permis pour une rare fois à des acteurs de l’industrie du livre et du milieu scolaire d’échanger autour d’une même table.

«Il y a plein de choses qui ont été éclaircies. On s’est notamment rendu compte qu’il n’y avait pas toutes les dispositions nécessaires pour forcer l’étude des ouvrages franco-ontariens dans les classes», souligne Yves Turbide.

En théorie, les élèves franco-ontariens sont exposés à des œuvres de l’Ontario français pendant leur parcours scolaire. «Le curriculum en français de l’Ontario oblige l’étude d’un minimum de six ouvrages littéraires franco-ontariens entre la 9e et la 12e année», a confirmé May Nazar, porte-parole du ministère de la Formation et des Collèges et Universités, suite à une demande d’information effectuée par #ONfr.

Mais cette directive n’est tout simplement pas respectée par de trop nombreux enseignants, selon plusieurs intervenants de la chaîne du livre. «Nous sommes en discussions avec les milieux scolaires afin qu’elle le soit», insiste Frédéric Brisson.

Le gouvernement fait savoir que le choix des ouvrages revient aux conseils scolaires et aux écoles. «Ils sont dans une meilleure position pour sélectionner les ressources appropriées pour répondre au curriculum en prenant en compte les besoins et les habiletés de leurs élèves», fait savoir Mme Nazar. Elle souligne que le gouvernement finance néanmoins le portail «Fous de lire», qui regroupe 1000 ouvrages francophones de l’Ontario et d’ailleurs sur la planète, pour aider à orienter les enseignants.

Le gouvernement affirme déjà collaborer avec l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français pour promouvoir les œuvres franco-ontariennes. Yves Turbide, le président de l’Association, espère pour sa part que son organisation sera invitée à participer dans les prochaines années à la révision du prochain «programme-cadre» qui dicte aux institutions scolaires le type d’ouvrages à être étudiés par les élèves.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.