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Population francophone: une tendance particulière à North Bay

North Bay compte 8000 francophones. Sébastien Pierroz

NORTH BAY – Les 8000 francophones de North Bay vont à contre-courant au niveau de la démographie. Alors que la grande majorité des villes ontariennes voient leur proportion de Franco-Ontariens s’étioler, la dynamique est quelque peu différente à North Bay.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Surnommée «la porte d’entrée du nord de l’Ontario» du fait de sa localisation sur la route de Sudbury, la municipalité compte une proportion de résidents possédant le français comme langue maternelle inchangée au cours des 20 dernières années.

La donnée de 15% en 1996 reste ainsi identique au dernier recensement de Statistique Canada en 2011. Seule petite exception: le chiffre de 15,1% en 2006.

À titre de comparaison, la langue de Molière a perdu du poids dans beaucoup de foyers franco-ontariens en 15 ans. C’est le cas à Ottawa (15,4% en 1996 contre 14,2% en 2011), ou plus spécifiquement dans l’Est Ontarien. La baisse a encore été plus spectaculaire dans les villes de Corwnall (de 28,7% à 24,7% sur la même période) ou encore Windsor (3,7% à 2,6%).

North Bay fait même mieux que ses «voisines du nord» Sudbury ou encore Timmins où la proportion de francophones a légèrement baissé sur 1996-2011.

«Je crois qu’il y a une fidélité à notre communauté, on voit les même visages, on voit des générations qui se répètent», souligne Michel Pagé, le président du Centre culturel les Compagnons des francs loisirs.

L’organisme dédié à la promotion de la francophonie dans la ville, successeur de l’ACFO locale contrainte à mettre les clefs sous la porte en 2006, mise avant tout sur les rassemblements. «Le fait de nous retrouver entre francophones, ça nous donne confiance en qui on est.»

Les notions de fidélité et de confiance n’expliquent pas tout. La Base des Forces Canadiennes North Bay, hôte de la 22e escadre, représente un levier non négligeable pour la population francophone, du fait de sa capacité à embaucher des employés bilingues.

«Nous avons beaucoup de personnes qui viennent ici de bases militaires, la plupart du Québec», fait part le député fédéral de l’endroit Anthony Rota, interrogé par #ONfr.

«Ils (les nouveaux résidents) amènent avec eux la langue française et la culture française, ce qui est très important.»

Plus de 500 employés travaillent sur la base militaire. Les postes clés de chaque unités sont désignés bilingues.

 

Position favorable

Au-delà de sa base militaire, North Bay bénéficierait de sa position géographique favorable. «La ville est dans un cas similaire à Sudbury et Timmins où la proportion de francophones ne faiblit pas beaucoup», souligne Anne Gilbert, professeure de géographie à l’Université d’Ottawa (U d’O).

«Beaucoup de jeunes certes quittent vers le Sud, mais en contrepartie ces villes agissent comme un pôle d’attraction pour une population vieillissante des villes plus petites environnantes ayant besoin de services en français. Ce qui se perd d’un côté se reprend de l’autre, ce qui explique cette stabilité.»

Et de poursuivre: «La population de la ville ne change pas depuis 1996 (environ 54000 résidents), ce qui signifie que le nombre de francophones ne change pas aussi. En réalité, il n’y a pas un apport d’immigration des allophones comme à Ottawa ou Toronto qui feraient de fait baisser la proportion de francophones.»

Pour l’enseignante, tout ne va pas si mal au niveau de l’économie à North Bay, et ce malgré quelques soubresauts récents comme d’importantes compressions au centre hospitalier. «C’est définitivement un atout supplémentaire, sans compter que la ville est plutôt bien localisée.»

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.