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Pensions: Wynne va de l’avant, Trudeau ou pas

La première ministre Kathleen Wynne et ses ministres Charles Sousa et Mitzie Hunter ont apporté des précisions à leur projet de régime d’épargne-retraite de l’Ontario, une mesure qui vise particulièrement les jeunes travailleurs, dans un café à la mode de Toronto. Étienne Fortin-Gauthier

TORONTO – Même si Justin Trudeau est maintenant à la tête du gouvernement fédéral, l’Ontario ira de l’avant avec son propre programme de pensions. La première ministre Kathleen Wynne estime qu’il est impossible pour les Ontariens d’attendre après les autres provinces canadiennes pour pouvoir espérer une meilleure qualité de vie pendant leurs vieux jours.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

L’annonce du mardi 26 janvier avait été préparée avec minutie. Dans un café à la mode de la rue King, à Toronto, la première ministre ontarienne a fait son entrée entourée de membres de sa garde rapprochée, dont une majorité avaient moins de 35 ans. Kathleen Wynne est ensuite allée se placer à côté d’un barista dans la jeune vingtaine pour apprendre comment préparer un cappuccino.

Un scénario visant à intéresser la jeune génération d’Ontarien au dossier des régimes de retraite. Le gouvernement Wynne sait bien qu’il s’agit de l’une de leurs dernières préoccupations. En fait, seulement le quart des travailleurs de l’Ontario âgés de 25 à 34 ans cotisent à un régime de retraite d’employeur. C’est deux fois moins que leurs comparses âgés entre 45 et 54 ans.

Une fois passé le cap des 65 ans, bon nombre d’Ontariens dépendent uniquement des prestations du Régime de pensions du Canada (RPC), soit une prestation maximale de 12500$ par année.

Depuis longtemps, l’Ontario demande au fédéral de bonifier son programme de pensions. L’ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper a opposé une fin de non-recevoir à cette idée. Justin Trudeau se montre dorénavant plus ouvert à ce changement. Mais Kathleen Wynne est pressée et estime qu’il n’est plus possible d’attendre.

La chef libérale à Queen’s Park a soutenu qu’une bonification du fédéral dépend de l’accord d’une majorité de provinces du pays. Ce «consensus national» est impossible à atteindre dans un avenir rapproché, estime-t-elle. Même si elle invite Justin Trudeau à bonifier son offre pour les personnes qui commencent leur retraite, elle considère qu’il est de la responsabilité de l’Ontario d’agir dès maintenant.

 

Bonifier la retraite

Le Régime de retraite de la province de l’Ontario (RRPO) entrera en vigueur le 1er janvier 2017. Le plan proposé par les libéraux de Kathleen Wynne doit bonifier la retraite de quelque quatre millions d’Ontariens gagnant moins de 90000$ par année et n’ayant pas déjà accès à un régime privé auprès de leur employeur.

Le gouvernement tente actuellement de rassurer les employeurs, qui craignent de voir leur viabilité être affectée par le programme des pensions. «Nous avons été à l’écoute des entreprises et nous avons modifié notre plan original», a soutenu à ce sujet Mme Wynne en point de presse.

Le gouvernement Wynne affirme que son plan stimulera aussi l’économie et créera de nouveaux emplois. Les détails de la conception du RRPO ont maintenant été transmis à l’Agence de revenu du Canada.

Le Nouveau Parti démocratique de l’Ontario n’est pas convaincu par les nouveaux détails fournis par le gouvernement Wynne. Dans une courte déclaration, la formation politique affirme que plusieurs travailleurs pourraient être exclus par le plan proposé.

La critique néo-démocrate en matière de pensions et députée d’Oshawa, Jennifer French, craint que le programme proposé puisse «exclure les travailleurs saisonniers, les travailleurs à contrat et plusieurs autres employés en situation précaire qui même vulnérables pourraient ne pas pouvoir profiter du RRPO.»

L’opposition progressiste-conservatrice à Queen’s Park est, rappelons-le, catégoriquement opposée à la création d’un régime provincial d’épargne-retraite qu’elle considère comme une taxe de plus sur les employeurs.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.