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Passage houleux de Joly devant le comité des langues officielles

(La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly et le ministre l’immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté canadienne, Ahmed Hussen. Crédit image: Benjamin Vachet)
La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly et le ministre l’immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté canadienne, Ahmed Hussen. Crédit image: Benjamin Vachet

OTTAWA – Venue parler du prochain plan d’action pour les langues officielles, la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a fait face à une opposition toujours remontée dans le dossier du commissaire aux langues officielles du Canada.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

L’ancien commissaire, Graham Fraser, est sorti de son silence dans les colonnes du journal The Hill Times pour rappeler que le gouvernement libéral a eu plus d’un an pour le remplacer. Il n’en suffisait pas plus aux députés de l’opposition pour attaquer la ministre Joly, ce mercredi 14 juin.

«Quand j’ai été réélu en 2015, M. Fraser m’avait déjà fait remarquer que c’était une urgence de penser à son remplacement», fustige le député néo-démocrate, François Choquette.

Le critique aux langues officielles du Nouveau Parti démocratique (NPD) a tenté de connaître les suites que donnera le gouvernement à ce dossier et si l’intérim de Ghislaine Saikaley comme commissaire aux langues officielles sera prolongé, alors que son mandat se termine le 17 juin. Mais comme ces derniers jours, Mme Joly a répété que des détails seront communiqués en temps et en heure.

«C’est inacceptable que Mme Saikaley ne sache pas si son mandat va être renouvelé à trois jours de préavis! C’est irresponsable de la part de Mme Joly qui nous assure par ailleurs qu’elle fait preuve de leadership!», fulmine M. Choquette.

La critique conservatrice aux langues officielles, Sylvie Boucher, ne cache pas son agacement.

«Nous avons perdu cinq semaines au comité à cause de cette histoire, alors que nous avons des dossiers importants sur lesquels travailler. Personnellement, le comité des langues officielles et Mme Joly ont perdu toute crédibilité à mes yeux avec ce dossier!»

La députée conservatrice se dit favorable à la proposition du NPD de créer un sous-comité tripartite pour gérer ce genre de nominations, une motion battue par les troupes libérales, un peu plus tard, en chambre.

De son côté, M. Choquette précise qu’il entend maintenir sa plainte au commissariat aux langues officielles (CLO) du Canada.

«La Loi sur les langues officielles n’a pas été respectée. Mme Meilleur connaissait sa nomination avant même que les chefs de l’opposition ne soient mis au courant!»

 

Toujours aucun engagement sur le plan d’action

Le passage de Mme Joly devant le comité, accompagnée du ministre de l’immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté canadienne (IRCC), Ahmed Hussen, devait permettre aux deux ministres de revenir sur les recommandations contenues dans le rapport déposé en décembre sur le futur plan d’action pour les langues officielles et l’immigration francophone.

Il en aura finalement été peu question. La ministre Joly a toutefois assuré que l’immigration et la petite enfance seraient des priorités, au même titre que l’augmentation du bilinguisme à travers le pays.

Elle a également vanté l’investissement annoncé en petite enfance par le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, lundi dernier, et assuré que des cibles concrètes feront partie des ententes bilatérales entre le gouvernement fédéral et chaque province et territoire. En revanche, elle n’a pris aucun engagement financier concernant le prochain plan d’action.

«On a entendu clairement de la part des organisations qu’il n’y a pas eu d’augmentation de leur budget au cours des dix dernières années. On étudie le tout et on fera les annonces d’ici la fin de l’année. Nous avons déjà agi et investi des millions de dollars dans différents secteurs. Notre gouvernement libéral est toujours proactif en matière de langues officielles.»

Une critique à peine voilée contre l’ancien gouvernement qui ne passe pas auprès du député conservateur Bernard Généreux.

«Nous avons géré avec l’argent que nous avions quand vous gérez avec l’argent que vous n’avez pas! Les plaintes au commissariat aux langues officielles ont augmenté de 40 % cette année. Il y a de gros problème dans la fonction publique en ce qui concerne la langue de travail… Ça fait un an et demi que vous êtes au pouvoir, il faut arrêter de parler des conservateurs!»

Un avis que partage M. Choquette.

«J’avais demandé au gouvernement d’indexer les budgets des communautés dès le budget 2017. Il aurait pu le faire, il n’a rien fait. Ça suffit de dire que c’est la faute des autres!»

 

Les Québécois, les plus attachés aux langues officielles

Un peu plus tôt dans la journée, Patrimoine canadien a dévoilé le rapport final des consultations pancanadiennes sur les langues officielles, qui est sensé influencer le prochain plan d’action qui entrera en vigueur en avril 2018.

Le ministère rappelle que 22 tables rondes ont été tenues à travers le pays, rassemblant 352 participants, auxquelles se sont ajoutées 105 mémoires et un questionnaire en ligne auquel ont participé 6 375 personnes, dont 53 % d’anglophones, 37 % de francophones. La participation la plus forte a été au Québec (29 %), en Ontario (28 %) et au Nouveau-Brunswick (14 %).

Les résultats montrent notamment que les langues officielles sont personnellement importantes pour 79 % des participants, et que c’est au Québec que ce pourcentage est le plus fort (92 %).

Les répondants indiquent, sans trop de surprise, que les meilleures manières de favoriser la vitalité des communautés est d’appuyer l’accès à l’éducation dans la langue de la minorité de la petite enfance au postsecondaire et d’assurer l’accès aux services publics dans la langue officielle de son choix.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.