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«Parlez-nous en français!»

Eva Maxwell a participé au panel sur la francophonie "plurielle" organisé par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, jeudi 2 juin, à Ottawa. Benjamin Vachet

OTTAWA – Francophiles, nouveaux arrivants, élèves des programmes d’immersion… Pour la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, ils font tous partie de la nouvelle francophonie canadienne plus inclusive, axée sur la réalité des communautés francophones en contexte minoritaire. Rencontre avec trois représentants de cette francophonie «plurielle».

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Son léger accent anglophone trahit que le français n’est pas sa langue maternelle. Pourtant, cela n’empêche pas Carly Blanchard de parler parfaitement la langue de Champlain et de se faire un devoir de demander ses services en français quand elle va au bureau de Service Canada, à Winnipeg.

En épousant un francophone originaire du Québec, cette mère de quatre enfants en a adopté la langue. Une langue qu’elle avait déjà découverte auparavant.

«Quand j’étais jeune, mes notes étaient mauvaises en français et quand mon professeur me l’a fait remarquer, ça m’a donné envie de lui montrer que j’étais capable», sourit-elle. «De plus, je me suis rendue compte que certains de mes descendants étaient francophones, j’ai donc voulu en savoir plus. Et puis, je trouvais ça romantique de pouvoir parler français…»

Même si elle ne fréquentait pas les classes d’immersion, Carly Blanchard a profité de deux séjours au Québec pour peaufiner son apprentissage. Si elle a ensuite choisi de faire son baccalauréat en éducation en anglais à l’Université de Winnipeg, elle a tout de même décidé d’y ajouter une majeure en français.

Aujourd’hui, elle et son mari élèvent leurs enfants en français et sur le formulaire du recensement, elle n’hésite pas à cocher le français comme première langue utilisée à la maison car, dit-elle, «je sais que ça fait une différence». Mais malgré son attachement à la francophonie manitobaine et canadienne, Mme Blanchard se considère encore parfois comme une «outsider», dit-elle.

«Ça prend du temps de se faire accepter car même si les gens sont accueillants, je ne suis pas née dans la communauté. Mais je pense qu’il est important pour la francophonie de tisser des liens avec les francophiles et même d’encourager ceux qui ne parlent pas le français à venir participer aux activités francophones, comme lors de la St-Jean, pour qu’ils puissent se rendre compte qu’il y a une vie en français et qu’ils sont les bienvenus.»

 

Conseils aux francophones

Pour intégrer et élargir cette francophonie «plurielle», comme la nomme la FCFA, Mme Blanchard se base sur son expérience pour proférer un conseil.

«Évitez de corriger une personne qui essaye de parler en français, même si elle fait des erreurs. Si elle ne l’a pas demandé, ça risque de la décourager de réessayer.»

Un conseil qu’approuve une autre représentante de cette nouvelle francophonie, Eva Maxwell.

«Ça prend du courage de parler une autre langue. Alors la dernière chose qu’on veut, quand on essaie, c’est une leçon de grammaire!», plaisante-t-elle.

Née en Roumanie, arrivée au Canada à trois ans, Eva Maxwell a grandi à Mississauga bien loin des bastions franco-ontariens traditionnels. Si, explique-t-elle, la langue roumaine a des similitudes avec le français, la jeune femme de 23 ans raconte devoir sa connaissance du français à l’insistance de ses parents.

«J’ai fait plusieurs camps d’été à Rivière-du-Loup, au Québec. J’avais 11 ans la première fois que j’y suis allée et je me souviens qu’au départ, j’écrivais à mes parents pour leur demander pourquoi ils me punissaient. Et puis, finalement, je me suis bien intégrée et me suis fait un tas d’amis, si bien que j’y suis retournées plusieurs fois, y compris comme monitrice quand j’étais plus vieille. Je pense que c’est la clé: il faudrait apprendre le français dès le plus jeune âge car les enfants sont plus flexibles et plus résilients.»

Conseillère en gestion dans une firme bilingue à Ottawa, Eva Maxwell se trouve chanceuse de pouvoir aujourd’hui évoluer dans un environnement bilingue. Polyglotte, elle parle le roumain, l’anglais, le français, l’espagnole et l’allemand et se voit comme une «ambassadrice des langues officielles». Si elle explique avoir des facilités pour apprendre les langues, elle reconnaît que l’importance du français n’a pas toujours été aussi évidente pour elle.

«À Mississauga, même si je continuais à suivre des cours hors de l’école pour ne pas perdre mon français, à l’Alliance française et au Converse Center, il n’y avait aucune occasion de le parler en dehors, aucune activité ou incitatif», regrette-t-elle.

Et à plusieurs reprises, lorsqu’elle a eu l’occasion de rencontrer des francophones, elle a été confrontée à une habitude bien connue dans la francophonie en contexte minoritaire.

«Les gens commençaient à me parler en anglais! Ça part d’une bonne intention, c’est gentil de leur part car ils veulent aider. Mais en fait, je pense que cela produit l’effet inverse car ça augmente la gêne de parler en français. Je devais donc leur demander: «Parlez-moi en français», parce que je voulais m’exercer.»

Lors d’une de ses expériences professionnelles à Sécurité publique Canada, au sein de la fonction publique fédérale, elle a remarqué un phénomène similaire.

«Même quand il n’y avait qu’une personne qui ne parlait pas français, on faisait la réunion en anglais. Je pense que cela envoie un mauvais signal car cela renforce l’idée, dans l’esprit des gens, que l’anglais est la langue du travail et des affaires au Canada.»

 

Des activités pour s’intégrer

Originaire de France, Sébastien Bianchin est installé en Colombie-Britannique depuis 2010. Si au départ, il ne voulait rien savoir de la francophonie, désireux d’apprendre l’anglais et de se fondre dans son nouveau pays d’accueil, il a fini par s’y retrouver mêler un peu malgré lui.

Administrateur du groupe Facebook Le guide du croutard, il fait profiter ses pairs de son expérience d’immigrant à Vancouver et répond aux conseils pour s’installer au Canada. Membre du Réseau en immigration francophone de la Colombie-Britannique, il regrette le manque d’activités pour faire rayonner et s’épanouir la communauté franco-colombienne.

«Ce qu’il manque, ce sont des activités pour les jeunes adultes francophones. Ça donnerait des occasions de se rencontrer et d’échanger, tout en créant un sentiment d’appartenance», explique-t-il. Car souvent, selon lui, les nouveaux arrivants, lorsqu’ils n’ont pas d’enfants pour socialiser avec d’autres parents à l’école, se trouvent isoler de la francophonie.

Reste donc à aller chercher ces nouveaux francophones, comme le souhaite la FCFA qui avait choisi de leur consacrer le panel de sa 41e assemblée générale annuelle, intitulé «Parce que nous sommes en 2016: élargir le «nous collectif» francophone».

«La francophonie canadienne est de plus en plus diversifiée, et il y a de plus en plus de manières de vivre en français ou de s’associer à la communauté de langue française. Au-delà des statistiques et des définitions, les gens qui vivent au quotidien des contacts avec la langue française sont d’origines diverses et d’identités diverses. Plusieurs d’entre eux ne s’identifient pas eux-mêmes comme francophones, mais ils appuient la francophonie et ils contribuent par de petits ou grands gestes à son épanouissement», remarque l’organisme porte-parole des francophones en contexte minoritaire.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.