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Objectif visibilité pour les francophones de la Colombie-Britannique

La ville de Vancouver compte environ 30000 francophones. WikiCommons

VICTORIA – Les francophones de la Colombie-Britannique restent en quête d’identité et de reconnaissance en comparaison des autres provinces en situation minoritaire.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @SebPierroz

«Il y a une communauté francophone, mais elle n’est pas visible, et très éparpillée», souligne Robert Rothon, le directeur général Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB).

Si quelque 39000 francophones habitent la région du grand Vancouver, qui inclut notamment les villes de Vancouver, Burnaby et Surrey, le reste est pour le moins parsemé sur les 944000 kilomètres carrés du territoire.

«La plupart des gens qui parlent français sont d’ailleurs. Comparativement à Saint-Boniface dans le Manitoba ou bien Edmonton en Alberta, il n y a pas vraiment de place de la francophonie en Colombie-Britannique», fait part, Rémi Léger, professeur à l’Université Simon Fraser de Vancouver.

Paradoxe? En termes de population, les Franco-Colombiens représentent pourtant le quatrième foyer de population francophone hors Québec. Avec environ 70000 francophones sur son territoire, la province la plus à l’ouest du Canada n’est dépassée seulement que par l’Alberta (environ 80000), le Nouveau-Brunswick et l’Ontario.

Cette faible consistance de la francophonie comporte des impacts. «Nous sommes les seuls avec Terre-Neuve-et-Labrador qui n’avons pas de loi», déplore M. Rothon.

Et pour cause, la Colombie-Britannique ne possède aucune loi sur les services en français, comme c’est par exemple le cas en Ontario et à l’Île-du-Prince-Edouard, pas même des autorisations de traduction des lois sur le modèle de la Saskatchewan et de l’Alberta. «Le français n’existe pas au sein de la province», estime M. Léger. «On ne pense qu’en anglais. Lorsque l’on veut quelque chose au niveau des services en français, on s’adresse à Ottawa, pas à Victoria.»

Avec plus de 400000 chinois dans la province, le mandarin a même largement supplanté le français. De là à devenir une langue officielle? «Il n’y a pas de réflexion collective qui veut que le gouvernement de Colombie-Britannique intervienne dans la notion de langue», tranche M. Léger.

 

Éducation

Tout n’est pas si noir dans le portrait de la vitalité francophone en Colombie-Britannique. Le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique compte aujourd’hui 37 écoles, l’équivalent d’environ 5300 élèves de la maternelle à la douzième année. Mais les constructions sont souvent de «piètre qualité», estime M. Léger.

En avril dernier, les francophones avaient obtenu une petite victoire lorsque la Cour suprême du Canada déterminait que la province n’avait pas respecté le droit constitutionnel à l’endroit d’une communauté francophone, en omettant de donner des infrastructures adéquates à l’école Rose-des-vents de Vancouver.

Les Franco-Colombiens doivent pourtant résoudre l’épineuse question de retenir ces étudiants francophones. Car l’offre de programmes postsecondaires reste bien maigre, et limitée au Bureau des affaires francophones et francophiles (BAFF) de l’Université Simon Fraser, lequel accueille environ 25 élèves par an. Objectif? Quelques programmes et cours en français au sein de l’établissement.

Pour donner un peu plus de poids à la communauté francophone, la FFCB aimerait faire le pari de «doubler le nombre d’immigrants francophone». Un objectif ambitieux, mais presque obligatoire, dans la mesure où même avec 7000 immigrants francophones gagnés entre 2006 et 2011, la proportion de francophones reste inchangée en Colombie-Britannique (environ 1,5% selon les chiffres du recensement de 2011).

Autre piste envisagée: la création d’un centre scolaire communautaire. C’est du moins ce qu’encourage M. Léger. «Pour être visibles, les Franco-Colombiens ont absolument besoin d’un lieu de rencontre francophone lequel aurait pignon sur rue. Le voisinage d’une école au centre-ville de Vancouver, par exemple, pourrait grandement aider.»

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org