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Nouveau plaidoyer pour libéraliser la vente d’alcool en Ontario

Des chercheurs de l'institut C.D. Howe suggèrent de permettre la vente d’alcool dans les dépanneurs et les supermarchés, et non seulement à la LCBO et dans les Beer Store. (Photo: WikiCommons)

TORONTO – Une nouvelle voix s’ajoute à la chorale de requêtes au gouvernement de l’Ontario pour mettre fin au «quasi-monopole» sur la vente d’alcool dans la province.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

L’institut C.D. Howe, un groupe de réflexion ancré à droite, recommande à Queen’s Park de libéraliser le marché de la bière, des vins et des spiritueux, sur lequel la Régie des alcools de l’Ontario, la LCBO, et le Beer Store ont une mainmise depuis près d’un siècle.

«Le manque de concurrence dans le système de vente au détail des boissons alcoolisées de l’Ontario entraîne une hausse des prix pour les consommateurs et le sacrifice de recettes publiques», affirme l’institut C.D. Howe dans un rapport, publié le mercredi 20 août. «Une composante importante de l’absence de concurrence est le désavantage rencontré par les petits établissements vinicoles et les microbrasseries de l’Ontario par rapport aux grands producteurs».

Les chercheurs de C.D. Howe suggèrent de permettre la vente d’alcool dans les dépanneurs et les supermarchés, et de permettre aux petits vignobles et petites brasseries ontariens d’ouvrir des magasins ailleurs que sur leurs lieux de production.

«Anachronisme»

Le système ontarien de vente d’alcool remonte à 1927.

Après avoir aboli la prohibition, la province a mis sur pied une société d’État, la LCBO, pour contrôler la vente de vins, de spiritueux et de petites quantités de bière. Et elle a confié au consortium de brasseurs à l’origine du Beer Store, le monopole sur la vente de plus grandes quantités de bière.

De l’avis de l’institut C.D. Howe, qui a comparé le prix des boissons alcoolisées partout au Canada, le «quasi-monopole» de la LCBO et du Beer Store est «un héritage de la Première Guerre mondiale et l’apogée du mouvement de tempérance» qui prive les consommateurs d’un plus grand choix et gonfle les prix.

Le rapport de C.D. Howe montre qu’une caisse de 24 bouteilles de bière coûte facilement 10$ de plus dans un Beer Store de l’Ontario qu’à la caisse d’un supermarché au Québec, où la vente d’alcool est libéralisée. Par exemple, la même caisse de Molson Canadian qui coûte 37,95$ à Toronto, coûte 26,81$ à Montréal, après les taxes et la consigne sur les bouteilles.

«Le quasi-monopole du Beer Store sur la vente de bière est aussi un anachronisme. Ce qui a démarré comme une coopérative de petits brasseurs pour limiter la consommation de bière est devenu une chaîne de magasins qui appartient à trois grandes compagnies», mentionne C.D. Howe dans son rapport d’une trentaine de pages.

Ventes record

Voilà plus de 30 ans que Queen’s Park reçoit des pressions pour libéraliser la vente de boissons alcoolisées. Mais aucun gouvernement n’a osé broncher de peur d’affaiblir la LCBO, qui a enregistré des ventes record de près de 5 milliards $ et redonné près de 1,75 milliard $ dans les coffres de la province, au cours de la dernière année.

Encore récemment, la première ministre Kathleen Wynne a fermé la porte à une réforme de système de vente au détail de bière, vins et spiritueux de l’Ontario. Son prédécesseur Dalton McGuinty avait fait la même chose, en 2005, après qu’un comité d’examen du gouvernement eut accouché de conclusions pourtant semblables à celles de C.D. Howe.

C’est présentement l’Ontario Convenience Stores Association, l’organisme porte-parole des dépanneurs dans la province, qui mène la charge contre le gouvernement pour obtenir le droit de vendre de l’alcool. Une campagne aussitôt contrecarrée par le Beer Store qui prétend, entre autres, qu’une déréglementation du marché favoriserait la vente d’alcool à des mineurs.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org