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Nos librairies en crise

Mauvaise nouvelle pour l'industrie du livre franco-ontarien. Archives

[CHRONIQUE]
L’annonce, lundi 22 février, de la fermeture du point de service de Sudbury de la Librairie du Centre est un nouveau clou sur le tombeau des librairies francophones de la province. L’annonce suit de près la fermeture de la seule librairie francophone de Windsor, en décembre 2015, et celle de la Maison de la presse dans le chic quartier Yorkville de Toronto, en juillet 2014. Sudbury avait également sa librairie au centre-ville qui a fermé ses portes en septembre 2011.

SERGE MIVILLE
Chroniqueur invité
@Miville

Visiblement, le livre va mal en Ontario. Pire encore, l’industrie du livre va se concentrer de plus en plus sur les écoles, ce qui semble être son seul refuge en Ontario français. Il ne reste que les salons du livre comme lieu physique pour nourrir les habitudes de lectures des adultes franco-ontariens.

Les dommages causés semblent irréversibles et s’inscrivent non seulement dans le virage numérique de l’industrie, mais aussi dans les politiques publiques dont s’est doté l’Ontario. En effet, le gouvernement ontarien fait piètre figure concernant la distribution de livres dans les écoles, en comparaison avec d’autres provinces comme le Québec.

Rappelons qu’au Québec, une politique impose aux écoles l’achat de livres auprès des librairies québécoises. Cette subvention indirecte de la part du gouvernement québécois insuffle un capital nécessaire pour la survie des points de distribution de livres dans la province. Résultat, le livre vit toujours des moments pénibles dans la Belle province, mais il fait bien meilleure figure que son homologue ontarien.

Le Nouveau-Brunswick et le Québec ont également adopté un modèle d’aide auprès des librairies afin de mettre fin à la concurrence sauvage que se livrent les distributeurs. Dans un contexte où tout peut s’acheter en ligne, la pression est énorme sur les librairies ayant pignon sur rue. Dans ces deux provinces, un pourcentage fixe du revenu des livres va directement au libraire. En Ontario, ce pourcentage est ouvert à la concurrence, favorisant les gros vendeurs, ce qui punit les petites librairies.

Il y a également une concurrence injuste dans la distribution de livres en Ontario. Alors que certains libraires québécois ont réussi à percer le marché des conseils scolaires, il est impossible pour un libraire ontarien de s’accaparer une partie du marché scolaire québécois. Il faut donc resserrer le marché pour empêcher la concurrence déloyale de notre voisin québécois qui gruge des parts de marché à nos libraires franco-ontariens.

Pour Denise Truax, directrice générale et éditoriale à Prise de Parole, à Sudbury, la nouvelle de la fermeture de la Librairie du Centre provoque un mélange de tristesse et de colère. Elle affirme que «le milieu, la communauté, depuis trop longtemps, a un faible accès au livre». Avec la perte de ces espaces physiques, les francophones ont «peu ou pas l’occasion» de découvrir la vaste collection de livres en français. Cela encourage davantage la consommation de livres en anglais, réduisant encore plus l’espace culturel francophone chez les individus.

La tragédie est que le gouvernement ontarien, malgré les nombreux appels à l’action des libraires, est demeuré sourd aux problèmes du livre franco-ontarien. Aujourd’hui, il est malheureusement trop tard pour agir à Sudbury, une ville qui est pourtant l’un des lieux phares de la création littéraire en Ontario français.

 

Serge Miville est chargé de cours en histoire à l’Université Laurentienne.

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