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Nomination unilingue: le Manitoba fait presque exception

La ministre responsable des Affaires francophones au Manitoba, Rochelle Squires.

WINNIPEG – Les critiques pleuvent après la nomination d’une unilingue anglophone à titre de ministre responsable des Affaires francophones au Manitoba. Reste que l’intronisation de Rochelle Squires est un cas isolé… ou presque.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

En réalité, une province fait aussi exception: la Saskwatchewan. L’ancien responsable de ce portefeuille, Wayne Elhard, était lui-aussi unilingue. En raison des élections provinciales le mois dernier, personne n’a encore été nommé pour le remplacer. Et il y a fort à parier que le Parti saskwatchanais mettra en place un non-francophone. «C’est ce qui se produit depuis toujours», constate pour #ONfr, la présidente de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF), Françoise Sigur-Cloutier.

Et si le premier ministre réélu, Brad Wall, a déjà procédé aux différentes nominations, le successeur de M. Elhard manque encore à l’appel. «J’ai envoyé des petits messages, mais je n’ai pas obtenu de réponses (…) Il faut faire avec ce qu’on a, et considérer qu’aucun des députés élus ne parle français.»

Pour Rémi Léger, professeur en sciences politiques à l’Université Simon Fraser, ces nominations unilingues représentent «un inconvénient» pour comprendre les demandes des communautés. «Dans chaque rencontre, les francophones ont donc besoin de traduire tous les documents.»

L’Ouest canadien moins bien loti que les autres provinces? Pas tout à fait, pour le politologue. «C’est une question de sensibilité, et de priorités politiques. Certes, on voit que les deux formations politiques au pouvoir dans la Saskatchewan et le Manitoba sont conservatrices, mais en Alberta par exemple, les progressistes-conservateurs avaient l’habitude de nommer des francophones.»

Les néo-démocrates au pouvoir dans la province depuis mai 2015 ont poursuivi cette tradition. «Le ministre responsable des Affaires francophones, Ricardo Miranda, est polyglotte. Nos échanges avec lui ont toujours lieu en français», se félicite à #ONfr, le président de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), Jean Johnson.

Seule province avec l’Alberta à ne pas posséder une politique sur les services en français, la Colombie-Britannique fait manifestement figure de bon élève. «Le responsable des Affaires intergouvernementales et du dossier des Affaires francophones, Norm Letnick, parle correctement français», affirme M. Léger. «Il a grandi à Montréal.»

En revanche, le professeur digère mal le mauvais exemple donné par le Manitoba avec Mme Squires. «Ça reste inquiétant. Dans les provinces de l’Ouest, le Manitoba a toujours été une province où la communauté francophone était plus historique et plus ancrée.»

 

Provinces maritimes

Les provinces maritimes obtiennent aussi des bons points. Là-bas, les responsables des Affaires francophones parlent français. C’est le cas de Michel Samson (Nouvelle-Écosse), du premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Wade MacLauchlan, qui agit aussi à titre de ministre responsable des Affaires acadiennes et francophones, et presque logiquement de Francine Landry, ministre responsable de la Francophonie du Nouveau-Brunswick.

D’après la Fédération des francophones de Terre-Neuve et du Labrador (FFTNL), Perry Trimper, ministre des Affaires francophones de Terre-Neuve-et-Labrador, «parle très bien français».

En Ontario, cinq ministres délégués aux Affaires francophones ont précédé Madeleine Meilleur en poste depuis 2003: Bernard Grandmaître (1985-1989), Charles Beer (1989-1990), Gilles Pouliot (1990-1995), Noble Villeneuve (1995-1999) et John Baird (1999-2003). Ce dernier s’est illustré notamment par un français balbutiant.

«Il n’y a pas d’exigences des provinces en matière de bilinguisme, ni du gouvernement fédéral en ce qui concerne, par exemple, le choix du ministre du Patrimoine canadien», précise M. Léger. «On est tous exposés au risque de voir des unilingues.»

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.