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Nomination de Madeleine Meilleur: les sénateurs discrets

La Chambre du Sénat. Banque d'images du Sénat

OTTAWA – Selon le processus prévu dans la Loi sur les langues officielles, la candidature de Madeleine Meilleur devra être étudiée par le Sénat en comité plénier. Et avant la comparution de l’ancienne procureure générale de l’Ontario devant la Chambre haute, les sénateurs libéraux et indépendants sollicités par #ONfr se montrent plutôt avares de commentaires quant au choix du gouvernement de Justin Trudeau.  

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Devant les sénateurs, la partie s’annonce peut-être encore plus compliquée pour Mme Meilleur qui avait été sous le feu des critiques de l’opposition devant le comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes, où elle avait malgré tout pu compter sur le soutien des députés libéraux.

À la Chambre haute, Mme Meilleur devra composer avec une majorité relative de 38 sénateurs conservateurs, contre 18 libéraux, 35 sénateurs indépendants et sept non affiliés.

Au sein du comité sénatorial des langues officielles, la présidente et sénatrice franco-albertaine libérale, Claudette Tardif, a décliné la demande d’entrevue de #ONfr, indiquant qu’elle «n’accordera pas d’entrevue d’ici la comparution de Mme Meilleur au Sénat».

Même son de cloche du côté de la sénatrice franco-ontarienne indépendante, Lucie Moncion, «qui ne veut pas émettre de commentaires à ce sujet», alors que la sénatrice franco-manitobaine indépendante, Raymonde Gagné, a indiqué ne pas avoir le temps de répondre aux questions de #ONfr cette semaine. Le sénateur acadien René Cormier n’a quant à lui pas répondu à nos demandes d’entrevue.

 

Les sénateurs conservateurs veulent revoir le processus

Les sénateurs conservateurs, Rose-Mary Poirier et Ghislain Maltais, se sont en revanche montrés nettement plus diserts.

«Nous n’avons rien contre Madeleine Meilleur personnellement. La remise en question de sa nomination  ne vise aucunement ses compétences, mais plutôt le processus hautement partisan de sa sélection qui risque de compromettre l’intégrité du commissariat, ainsi que la confiance qu’ont les francophones et les anglophones dans celui-ci», a répondu par courriel Mme Poirier. «Il est dommage que le gouvernement Trudeau aie préféré une ancienne ministre libérale plutôt que de considérer sérieusement des candidats acadiens qui sont aussi compétents pour effectuer le travail du commissaire.»

En entrevue avec #ONfr, M. Maltais demande au gouvernement de reprendre le processus à zéro.

«J’ai travaillé avec Mme Meilleur en matière de francophonie et je pense qu’elle est excellente. Le problème, c’est qu’elle a bénéficié du patronage du bureau du premier ministre alors que les autres candidats n’ont pas eu le même accès, malgré leurs compétences. On nous dit que Mme Meilleur est la meilleure candidate, je veux bien le croire, mais comment en être certain sans connaître le nom des autres candidats?»

Le sénateur québécois demande au gouvernement de reprendre le processus à zéro en étant plus ouvert et transparent cette fois et sans aucune ingérence.

«Si c’est le nom de Mme Meilleur qui sort finalement, alors je dirais juste « Bravo! ». Mais le commissaire aux langues officielles du Canada a une responsabilité trop importante pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire pour qu’on puisse se permettre une quelconque ingérence politique. Le poste doit être apolitique! Si Mme Meilleur est nommée avec le processus actuel, on pourra toujours se demander si, le gouvernement ayant agi pour sa nomination, il n’agira pas aussi dans ses décisions. Quand M. Fraser était en poste, le gouvernement n’est jamais intervenu, on veut les mêmes garanties!»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.