#Francophonie, #Ontario

Menace pour la représentation des minorités ethnoculturelles en Ontario

Body Ngoy (à gauche), en charge du comité de transition dernièrement mis en place par l'UP-MREF. Courtoisie

TORONTO – Alors que le Mois de l’histoire des Noirs débute, lundi 1er février, la représentation des minorités ethnoculturelles francophones en Ontario est au plus mal. L’Union Provinciale des Minorités Raciales Ethnoculturelles Francophone de l’Ontario (UP-MREF) se trouve dans l’eau chaude après avoir suspendu récemment une grande partie de son fonctionnement.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Selon ce qu’a constaté #ONfr, l’organisme, dédié essentiellement à la représentation des minorités africaines, est actuellement «en transition» et sous tutelle de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

L’UP-MREF n’a plus de membres, ni de comité exécutif au moins jusqu’à la prochaine assemblée générale de l’AFO prévue à la fin de l’année 2016.

La raison: les nombreux conflits personnels qui ont fini par miner l’organisme. «Il y eu de gros problèmes d’égos et de personnalités à l’UP-MREF», confie Body Ngoy, en charge du comité transitoire sensé donner une nouvelle impulsion à l’organisme. «Il n’y a pas eu d’humilité entre les gens qui devaient être des leaders (…) Les problèmes sont liés à des individualités, pas à des ethnies.»

D’après certaines sources, des rivalités internes ont longtemps gangréné l’exécutif de l’association. «Nous n’avons plus de membres actuellement, car c’est pour éviter ce genre de guéguerres. C’est en effet un retour à la case départ», laisse entendre M. Ngoy.

Dernier épisode en date des querelles intestines: l’élection à la tête de l’organisme d’Eddy Lukuna à l’automne 2013, le tout après une longue discorde avec le président sortant, Farhan Hassan.

Le même Eddy Lukuna n’occupe donc plus la fonction de président, depuis la dernière assemblée générale au mois d’août où l’association a décidé de «faire une pause». Moins loquace sur les conflits que M. Ngoy, M. Lukuna estime en entrevue pour #ONfr que «beaucoup d’incompréhensions» entourent le mandat de l’UP-MREF.

«Beaucoup de gens n’ont pas compris notre rôle. En tant qu’organisme-parapluie, plusieurs nous ont attaqués, alors que notre rôle était la revendication.»

 

Financement

Si les guerres internes ont émaillé l’UP-MREF depuis sa création en novembre 2005, l’organisme était quand même parti de meilleure façon concernant les finances.

En 2007, le ministère du Patrimoine canadien a injecté 180000$ dans les caisses de l’association, puis de nouveau 100000$ l’année suivante. «Une somme mal gérée», avoue M. Ngoy, précédant les débuts d’importants problèmes financiers pour l’organisme. Dans le même temps, Patrimoine canadien décidait de ne pas renouveler ses subventions, plongeant l’organisme dans une dette estimée à plus de 120000$. «La dette est aujourd’hui effacée», précise le responsable.

S’attirer de nouveau les bonnes grâces de Patrimoine canadien, voilà maintenant le nouvel objectif que compte atteindre l’UP-MREF avec l’aide de l’AFO. «Il s’agit de trouver de nouveaux partenariats, mais aussi de faire des activités, lesquelles nous aideraient à nous financer.»

Interrogé à ce sujet, le président de l’AFO, Denis Vaillancourt, parle d’un «accompagnement et d’un mentorat», tout en précisant que ce n’est pas la première fois que l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens agit de la sorte avec l’une de ses associations-membres. «On leur propose effectivement un accompagnement, et une base crédible pour qu’ils deviennent des demandeurs possibles auprès des organismes.»

 

*****************************************

 

L’UP-MREF a souhaité réagir à notre reportage faisant état de conflits au sein de l’organisme et de problèmes de financement. Nous publions ci-dessous l’intégral de la missive.

 

Sous la plume de Sébastien Pierroz, le bulletin électronique #ONfr a publié, dans sa livraison du 1er février, 2016, à la Une, un article intitulé: Menace pour la représentation des minorités ethnoculturelles en Ontario. Après analyse, ce texte peint un tableau de l’UP-MREF qui ne correspond nullement à son profil actuel et qui appelle donc à certaines clarifications.

En effet, le 22 août 2015, à Toronto, l’UP-MREF a tenu la 3ème assemblée générale de son histoire à laquelle des délégués en provenance d’Ottawa, de London et de Windsor essentiellement ont participé, aux côtés de ceux de la grande région de Toronto.

Réputée élective pour renouveler les 16 postes du conseil d’administration et la présidence, dont les mandats avaient échus, les délégués à l’assemblée générale ont plutôt fait un consensus sur la nécessité de réduire la taille éléphantesque du c.a. pour le rendre plus souple et plus opérationnel, d’élaborer un nouveau plan d’attaque qui permettra à l’organisme porte-parole de mieux représenter la communauté face aux défis actuels, de renforcer la membriété actuelle et enfin, de réviser le règlement administratif pour l’adapter aux réalités du moment.

Ces quatre priorités ont constitué l’essentiel du mandat qui a été confié au Comité de Mise en Oeuvre – CMO, dont la coordination a été confiée à Body Ngoy tandis que l’ancien président, Eddy Lukuna, y joue le rôle de conseiller principal. Le rapport de ce comité sera présenté à la prochaine assemblée générale annuelle.

C’est ici que tombe le premier démenti: Il n’y a pas de menace pour la représentation des minorités ethnoculturelles en Ontario. Par contre, l’organisation chemine vers des perspectives meilleures avec une membriété vivante et mobilisée.

Au cours des cinq premières années de son émergence, l’UP-MREF a certes, connu à l’interne, des moments de confrontation, d’incompréhension et d’affrontements, non pas individuels, mais plutôt, fondés sur l’interprétation idéologique de son mandat. Pour les uns, l’UP-MREF devrait être un collectif des Noirs à l’image du modèle noir américain, pour d’autres, l’UP-MREF est fondée sur base de la dualité linguistique et non raciale.

Son mandat est, entre autre, de revendiquer au nom des membres en règle, dont les organismes prestataires de services à la communauté (45 organismes membres actuellement) afin d’accroitre leur accès au financement et non, comme persistaient à croire d’autres membres, de décrocher une grosse enveloppe pour une redistribution dans la communauté. Ces temps forts peuvent être comparés aux douleurs d’enfantement qui ne demeurent pas éternellement.

Deuxième démenti: les conflits à l’UP-MREF appartiennent à l’histoire. En 2010, le président Farhan Hassan avait réussi, avec le c.a. de l’époque à résorber les quelques poches, par ailleurs marginales et la communauté fonctionne, depuis dans une remarquable harmonie.

Sur ce volet du financement, la situation de l’UP-MREF est morose. C’est vrai. Des défis de gestion entre 2005 et 2010 ont débouché sur un endettement de 45000$ auprès de Patrimoine canadien. En 2010, le président Farhan Hassan avait signé une entente de remboursement qui s’étale sur une période de 7 ans. Dans ses démarches de financement, l’UP-MREF a obtenu un accompagnement de l’AFO en 2013-2014 et espère en obtenir dans un futur proche, auprès du CCO et d’autres organismes qui croient toujours qu’elle a un rôle déterminant à jouer dans la communauté.

Troisième démenti: la taille de la dette annoncée est erronée et l’UP-MREF n’a jamais été sous la tutelle de l’AFO.

 

– Eddy Lukuna, conseiller principal pour l’UP-MREF

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.