#Canada, #Francophonie, Vidéos

Médias communautaires: le commissaire demande au gouvernement d’agir

L'APF représente 22 journaux francophones en situation minoritaire. Archives #ONfr

OTTAWA – Le Commissariat aux langues officielles du Canada (CLO) pointe du doigt le gouvernement fédéral dans la crise que traversent les médias francophones à l’extérieur du Québec et lui demande d’adopter des mesures pour améliorer la situation.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Les plaintes déposées par la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANÉ) et l’Association de la presse francophone (APF) en 2015 semblent avoir obtenu un écho favorable auprès de l’ancien commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser.

Dans un rapport préliminaire d’enquête, dont #ONfr a obtenu copie, le CLO blâme le gouvernement fédéral, coupable de ne pas avoir tenu compte de l’impact sur les médias des communautés de langue officielle en situation minoritaire de sa décision de privilégier internet pour diffuser ses messages au détriment des publicités.

Cette décision affecterait directement les communautés, selon le CLO qui cite le chercheur Rodrigue Landry pour qui «les médias de ces communautés sont le deuxième plus important outil de socialisation d’une société après l’école».

Alors que le gouvernement fédéral doit, selon la Loi sur les langues officielles du Canada, «favoriser l’épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada et à appuyer leur développement, ainsi que promouvoir la pleine reconnaissance et l’usage du français et de l’anglais dans la société canadienne», sa stratégie publicitaire contreviendrait à ces obligations en mettant en péril l’avenir de plusieurs de ces médias jugés essentiels pour assurer la vitalité des communautés.

«Le gouvernement reconnaît pourtant leur importance puisque quand il veut diffuser des messages jugés essentiels, comme récemment avec le recensement, il met de la publicité dans nos médias. Doit-on alors comprendre que tous les messages ne sont pas essentiels?», s’interroge le secrétaire général de l’Alliance des radios communautaires (ARC) du Canada, François Côté. L’organisme, qui représente 27 stations de radio francophones aux quatre coins du pays, a appuyé la plainte de la FANÉ auprès du CLO.

 

Baisse publicitaire

La création du journal L’Orléanais, récemment dans la région d’Ottawa, et l’obtention d’une licence du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications du Canada (CRTC) pour une radio communautaire à Edmonton pour diffuser, chaque semaine, 126 heures de programmation en français, dont 92,5 heures de contenu local, ne saurait faire oublier que pour beaucoup de médias communautaires francophones à l’extérieur du Québec, les temps sont durs (voir ci-dessous).

En cause, la baisse drastique des dépenses publicitaires du gouvernement fédéral, passées de plus de 71 millions de dollars en 2006-2007 à moins de 50 millions de dollars en 2014-2015, selon les chiffres de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC).

Pour les radios et journaux communautaires dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire, la perte a été de plus de deux millions de dollars entre 2006-2007 et 2014-2015.

Actions concrètes

Dans ses quatre recommandations, le CLO demande au gouvernement de tenir compte de ses obligations linguistiques lorsqu’il communique, peu importe le support, et d’adopter «des mesures palliatives pour remédier aux effets négatifs observés ou pour les atténuer, en concertation avec les représentants de ces médias» et des «mesures positives afin de contribuer au rayonnement des médias communautaires.»

En novembre dernier, le front commun des médias francophones a proposé plusieurs solutions, dont la création d’un financement de base annuel, estimé en moyenne par M. Côté à 50 000 dollars par média et par année.

«Cela permettrait à chaque média d’avoir au moins un employé. Pour moins de cinq millions, on réglerait le problème autant pour les médias francophones à l’extérieur du Québec que pour les médias communautaires anglo-québécois.»

Récemment, le groupe Friends of Canadian Broadcasting, recommandait de son côté au gouvernement fédéral de revoir une règle de l’Agence du revenu du Canada en assujettissant les dépenses pour publicité web aux mêmes règles de déductions fiscales que la télé ou la presse papier.

S’il ne veut pas commenter le rapport puisque celui-ci n’est encore que préliminaire, le président de l’APF, Francis Sonier, reconnaît qu’il pourrait aider dans les discussions avec le gouvernement.

«C’est un dossier prioritaire pour nous. Nous avons aujourd’hui plus d’écoute qu’avec le précédent gouvernement, mais nous voulons maintenant des résultats. Peu importe les recommandations finales, nous espérons que le gouvernement en tiendra compte et prendra des actions concrètes.»

M. Sonier dit redouter que le changement de commissaire à la tête du CLO, qui devrait intervenir en 2017, ne nuise à la visibilité du rapport.

«Nous espérons qu’il ne sera pas tabletté et que la personne qui sera nommé en prendra connaissance et fera les suivis nécessaires.»

Le secrétaire général de l’ARC se dit quant à lui optimiste qu’une aide sera annoncée dans le prochain plan d’action pour les langues officielles, dont les détails seront révélés cet été.

«Ce rapport appuie ce que nous disons depuis longtemps: la situation est critique et nous avons besoin d’aide.»

Les deux ministères pointés du doigt dans le rapport du CLO n’ont pas voulu commenter. Le bureau de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, s’est contenté de remercier le bureau du CLO pour son travail et a indiqué à #ONfr attendre le rapport final pour analyser les recommandations. Même son de cloche du côté de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) qui s’est également défendu de manquer à ses obligations linguistiques.

«SPAC est engagé à respecter la Loi sur les langues officielles dans le cadre de son mandat. SPAC est en attente du Rapport final du Commissaire aux langues officielles. Une fois que nous l’aurons obtenu, nous serons en mesure d’en faire la révision et d’y réagir.»

 

EN COMPLÉMENT – Entrevue avec François Côté sur la situation des médias francophones à l’extérieur du Québec

 

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.