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Maxime Bernier: une vision économique des langues officielles

TORONTO – Même s’il se décrit comme un «libertarien économique» qui privilégie un plus petit État, Maxime Bernier compte augmenter les fonds pour promouvoir le bilinguisme et les langues officielles, s’il prend un jour le pouvoir après être devenu chef du Parti conservateur du Canada.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Je ne parle pas de coupures en matière de bilinguisme et de langues officielles. Oui, l’État a un rôle à jouer dans ces secteurs», a-t-il indiqué lors d’une entrevue accordée à #ONfr, lors de son passage devant le Club canadien de Toronto, le mardi 21 mars. Il est l’un des 14 candidats pour devenir chef du Parti conservateur le 27 mai prochain.

S’il devient un jour premier ministre du pays, Maxime Bernier compte lancer une vaste réévaluation des dépenses du gouvernement, dit-il. Mais pas question de toucher au ministère du Patrimoine canadien, jure-t-il. Maxime Bernier dit même vouloir augmenter les fonds qui sont accordés au ministère.

Il dresse un portrait mitigé de l’état du français au pays.

«Ça va bien, mais ça peut aller mieux. Il y a un problème dans les aéroports, actuellement. Il faut être vigilant (…) le fait français au Canada n’est pas désastreux. Il faut être vigilant, c’est pour ça qu’on a un chien de garde, le commissaire aux services en français» – Maxime Bernier

Les francophones du pays devraient être en mesure de recevoir des services en français dans l’ensemble des institutions fédérales, insiste-t-il. «Le bilinguisme au Canada est institutionnel. J’ai une vision de Mulroney sur les langues officielles. Il a toujours défendu les langues officielles», affirme M. Bernier.

Comment compte-t-il protéger le fait français au Canada? «On doit miser sur des mesures incitatives, non pas obligatoires. Les écoles d’immersion en Ontario sont pleines et les gens veulent apprendre le français. Les gens sont conscients que le Canada est un pays bilingue, c’est une valeur canadienne. Mais c’est sûr que c’est toujours une bataille», se contente-t-il de dire.

Questionné sur ses priorités en matière de langues officielles, il offre une réponse en deux temps. D’abord, il évoque le dossier de Radio-Canada. «Le diffuseur doit respecter son mandat et ne pas diffuser de publicités. Faire de la publicité quand on reçoit des fonds du gouvernement ce n’est pas équitable. Non plus faire compétition au privé avec des shows de cuisine. Son mandat, c’est l’actualité, des correspondants à l’étranger, c’est le bilinguisme et des stations fortes dans les régions», dit-il. Du même souffle, il souligne qu’il compte éliminer le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) qui encadre les communications canadiennes. «Moins d’État, c’est plus de prospérité!», lance-t-il.

Puis, ça passe par une stratégie économique, selon Maxime Bernier. «Si on veut aider les francophones à travers le Canada, il faut avoir les sous pour le faire. Donc, dans ma plateforme, je propose de revenir à l’équilibre budgétaire. Il y a 25 milliards de dollars que le gouvernement envoie en intérêt sur la dette», observe-t-il.

En matière d’immigration francophone, M. Bernier se dit en porte-à-faux avec le gouvernement libéral de Justin Trudeau. «En immigration, il faut s’assurer de pouvoir sélectionner nos immigrants. Le gouvernement Trudeau a changé l’allocation des points. Je crois qu’on doit retourner à l’ancien processus et donner de l’importance au fait français et aux compétences», fait-il valoir. Il dit vouloir se concentrer sur une immigration purement économique.

Il dresse un portrait très reluisant du bilan de Stephen Harper en matière de langues officielles. «Je suis fier de notre bilan. On avait une Feuille de route. On n’a pas pu aller jusqu’au bout, car on a perdu le pouvoir. Mais là, on s’aperçoit que Mélanie Joly suit la même Feuille de route. Il faut voir si l’argent va être là», dit M. Bernier.

«Pour gagner la prochaine élection, il faut un chef capable de parler aux francophones. Il y a à peu près 100 circonscriptions au Canada où la population est en grande partie francophone. Pas juste au Québec, aussi dans en Ontario, au Manitoba,…» – Maxime Bernier

En Ontario, les dossiers de l’Université franco-ontarienne et de la Maison de la francophonie de Toronto reviennent régulièrement dans l’actualité. «Tous ces dossiers-là, qui sont des dossiers précis, je ne veux pas me prononcer. Je ne les connais pas», admet-il candidement. «Dans mon gouvernement, le bilinguisme et la francophonie seront importants. Dans ce temps-là, on regardera ce qui en est», ajoute-t-il.

 

 

D’autres candidats restent muets

Dans un esprit d’équité, #ONfr a invité les favoris dans la course à la chefferie à répondre à une série de questions sur les langues officielles et la place du français au Canada. La quasi-totalité des candidats n’a pas donné suite à nos messages. Une porte-parole de Chris Alexander a néanmoins envoyé un accusé de réception. «Nous vous reviendrons avec des réponses bientôt», a-t-elle simplement indiqué, sans fournir de réponses par la suite.

Lors du seul débat en français de la course, qui s’est déroulé à Québec en janvier, quelques candidats ont fait part de leur attachement pour la langue française. D’autres ont démontré leur incapacité à s’exprimer dans la langue de Molière.

 

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.