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Madeleine Meilleur quitte la vie politique

Madeleine Meilleur
Madeleine Meilleur, ancienne ministre responsable des Affaires francophones de l'Ontario. Archives #ONfr

TORONTO – Quelques heures à peine après avoir fait un bilan positif de la dernière session parlementaire à l’Assemblée législative de l’Ontario en matière d’Affaires francophones, la ministre responsable du dossier depuis plus d’une décennie, Madeleine Meilleur, a annoncé à la surprise générale son retrait de la vie politique, jeudi 9 juin.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

La nouvelle est tombée en début de soirée.

Madeleine Meilleur a dit qu’elle allait continuer à remplir ses obligations ministérielles jusqu’à ce que la première ministre Kathleen Wynne nomme un remplaçant aux postes de Procureur général et de ministre délégué aux Affaires francophones. Elle a ensuite fait connaître son intention de démissionner comme députée de la circonscription d’Ottawa-Vanier.

«Il ne m’a pas été facile de prendre la décision de quitter la scène politique provinciale; toutefois, après 25 ans, j’en suis arrivée à une étape de ma vie où je souhaite passer plus de temps avec ma famille et avec mes proches. J’ai toujours été fière de représenter les gens d’Ottawa-Vanier, une communauté des plus vibrante, diversifiée et soucieuse du bien-être des autres», a écrit Mme Meilleur dans un communiqué, le 9 juin.

Un remaniement ministériel est attendu au cours des prochains jours à Queen’s Park. Un autre ministre, Ted McMeekin, aux Affaires municipales, a déjà annoncé qu’il ne ferait pas partie du prochain cabinet.

Madeleine Meilleur a été tour à tour ministre de la Culture, ministre des Services sociaux et communautaires et ministre de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels. Avocate et infirmière de formation, elle est devenue, en 2014, la première femme francophone à occuper le poste de Procureur général de l’Ontario.

D’abord conseillère municipale à Vanier puis à Ottawa, Mme Meilleur a été élue députée provinciale d’Ottawa-Vanier lors du scrutin qui a porté au pouvoir les libéraux de Dalton McGuinty, en 2003. Elle a été ministre responsable des Affaires francophones de manière ininterrompue pendant près de 13 ans, ce qui fait d’elle l’élue qui a le plus longtemps occupé ce poste depuis sa création au milieu des années 1980.

«Je tiens à remercier Madeleine Meilleur pour sa contribution au conseil des ministres. Madeleine a été une voix forte pour les Franco-Ontariens pour plus d’une décennie et son travail sans réserve pour faire avancer les intérêts de la communauté francophone aura un impact à long-terme dans notre province», a déclaré la première ministre Kathleen Wynne par le biais d’un communiqué, le 9 juin. «Que ce soit au conseil municipal ou à l’Assemblée législative, elle a défendu avec ardeur sa communauté et y laisse un legs durable.»

Le maire Jim Watson à Ottawa, qui a siégé au conseil des ministres à Queen’s Park avec Mme Meilleur de 2003 à 2010, a déclaré sur Twitter qu’«on perd quelqu’un d’exceptionnel».

Le conseiller de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, n’a également pas manqué de saluer le travail de Mme Meilleur.

«Madeleine et moi avons travaillé ensemble pendant six ans sur plusieurs projets, comme le train léger, la revitalisation du chemin Montréal et du Marché By. Je la considère comme mon mentor, elle m’a beaucoup appuyé comme jeune politicien. J’admire son leadership, sa ténacité et sa capacité à rassembler. Que ce soit à Vanier, dans la communauté franco-ontarienne ou à l’échelle provinciale, elle a eu un grand impact et accompli beaucoup de choses. Ça va être un grand vide de ne plus l’avoir comme députée et comme ministre.»

 

Onde de choc

L’annonce du départ de Mme Meilleur a créé une onde de choc dans la communauté franco-ontarienne.

«On perd une grande championne de la francophonie. Je retiendrais de Mme Meilleur qu’elle a bonifié la Loi sur les services en français et sa capacité d’influence», a réagi à chaud Denis Vaillancourt, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

«Je ne peux pas imaginer un gouvernement sans Madeleine Meilleur! Même si personne n’est irremplaçable, elle sera très difficile à remplacer. Il est important de reconnaître le travail exceptionnel qu’elle a réalisé pour la francophonie ontarienne, en santé et en éducation, par exemple», a rappelé le commissaire aux services en français, Me François Boileau, à #ONfr. «C’est une femme d’action, déterminée, intelligente, qui connait très bien ses dossiers. Sans elle, il n’y aurait sans doute pas de commissariat aux services en français, ni de commissaire indépendant. Elle va laisser une marque incroyable et indélébile dans l’histoire de l’Ontario français.»

«Je suis en état de choc… Elle a été note porte-étendard au niveau de la francophonie. Elle avait l’œil vif et comprenait les dossiers très rapidement», a commenté Carol Jolin, président sortant de l’Association des enseignants franco-ontariens (AEFO).

«Le travail qu’elle a fait a été extraordinaire. C’est une perte absolument énorme pour la communauté. Les personnes ne sont pas au courant de 95% de ce qu’elle a fait. C’est quelqu’un qui est sur tous les fronts, toujours de bonne humeur. Elle était de tous les combats de la communauté», s’est souvenu l’avocat franco-ontarien de renom, Me Ronald Caza.

Le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) a salué Mme Meilleur pour «avoir voulu donner à la prochaine génération une francophonie ontarienne plus sûre d’elle-même, mieux reconnue et avec de nouveaux outils pour assurer son épanouissement». La coprésidente de l’organisme qui milite pour une université de langue française, Josée Joliat, a dit de la ministre démissionnaire qu’elle a été «un modèle important qui nous a démontré qu’il est possible pour les francophones, et particulièrement pour les femmes francophones, d’aspirer à un des plus hauts postes ministériels en Ontario et porter fièrement et publiquement son identité franco-ontarienne».

«On l’attendait beaucoup sur les grands dossiers, mais elle a finalement fait beaucoup pour les services en français», a résumé la professeure Linda Cardinal, titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l’Université d’Ottawa. «Les petits pas de Madeleine Meilleur ont fait en sorte que la communauté a fait des grands pas.»

 

«Elle n’arrêtait pas»

«Madeleine Meilleur nous représentait tellement bien sur tous les plans. C’était une excellente représentante pour notre comté», a confié à #ONfr une autre figure de proue de la francophonie ontarienne, Gisèle Lalonde, qui s’est battue avec celle qui était alors conseillère municipale à Vanier pour sauver l’Hôpital Montfort à la fin des années 1990. «Elle est une bonne travaillante. Elle n’arrêtait pas!»

L’homologue de Mme Meilleur au niveau fédéral, le Franco-Ontarien Mauril Bélanger, a lui aussi tenu à la remercier pour son travail.

«Je désire remercier du fonds du cœur mon amie Madeleine Meilleur pour son vaillant service d’un quart de siècle en tant qu’élue municipale et ensuite provinciale. Ce fut un grand plaisir de travailler avec elle au fil des années. Tout au long de sa remarquable carrière politique, elle a su mener avec cœur et aptitude de nombreux dossiers importants – notamment pour le rayonnement de la francophonie ontarienne – et je lui en suis très reconnaissant.»

Premier titulaire des Affaires francophones et qui a fait adopter la Loi sur les services en français de l’Ontario, en 1986, l’ancien ministre libéral Bernard Grandmaître a confié sa surprise à #ONfr.

«Je savais que Madeleine, après son mariage, était pour se retirer de la politique, mais je reste très surpris de sa démission. Je conserve d’elle la création du Commissariat aux services en français.»

Madeleine Meilleur s’est mariée, en 2012, à l’âge de 63 ans, à Marc LeBoutillier, le président et chef de la direction de l’Hôpital général d’Hawkesbury, dans l’Est ontarien.

Sur les banquettes de l’opposition à Queen’s Park, aussi, l’annonce du retrait de la vie politique de Mme Meilleur s’est fait ressentir.

«Madeleine Meilleur a été une solide représentante pour ses commettants», a salué le chef progressiste-conservateur Patrick Brown, soulignant aussi l’apport de la responsable des Affaires francophones pendant près de 13 ans à «la culture et la communauté francophone» de l’Ontario.

La ministre démissionnaire a été «une voix forte pour les femmes et les francophones», a ajouté la députée progressiste-conservatrice ottavienne Lisa MacLeod sur son compte Twitter.

«C’est un choc total. Je ne l’ai pas vu venir», a partagé à #ONfr la députée néo-démocrate France Gélinas, porte-parole de la deuxième opposition en matière d’Affaires francophones. «Madeleine a toujours eu le cœur à la bonne place. J’ai plus souvent travaillé avec elle que contre elle.»

L’élue de Nickel Belt a fait remarquer que plusieurs ministres libéraux étaient «très nerveux» à l’approche d’un remaniement ministériel qui aurait pour but, selon plusieurs rumeurs, de rajeunir et diversifier le visage du gouvernement de Kathleen Wynne.

«Madeleine Meilleur est une femme d’envergure avec beaucoup d’expérience politique et une voix forte au cabinet. Ça lui a permis de porter beaucoup de dossiers franco-ontariens. C’est une perte pour la communauté, c’est certain», a analysé pour #ONfr le politologue Luc Turgeon, de l’Université d’Ottawa. «Maintenant, il va falloir voir qui la remplacera. C’est normal que cela suscite une certaine inquiétude mais parfois, pour un gouvernement, cela peut être important d’apporter du sang neuf et de se renouveler.»

La rumeur veut que la prochaine ministre responsable des Affaires francophones soit Marie-France Lalonde, députée francophone d’Ottawa-Orléans qui s’est rapidement fait une place à Queen’s Park seulement deux ans après sa première élection.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org