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L’Université francophone, c’est l’temps!

Pour le chroniqueur Serge Miville, le projet de création d'une université franco-ontarienne, c'est l'temps! Archives, #ONfr

[CHRONIQUE]
Mon collègue Joel Belliveau a soumis la semaine dernière une lettre ouverte aux recteurs des universités bilingues de l’Ontario en les sommant de sortir enfin de leur mutisme et d’agir plutôt que de faire l’autruche et d’espérer que la tempête passe. Cette lettre est importante car elle met le doigt sur les principaux fauteurs dans ce dossier. En ne proposant aucune solution dans l’espace public, les recteurs semblent accepter le statu quo. Or, je crois que la conjoncture ne nous permet plus de l’accepter.

SERGE MIVILLE
Chroniqueur invité
@Miville

Soyons tristement sobres et lucides pour un moment: le bilinguisme institutionnel n’est qu’un beau rêve des années 1960 qui a mal vieilli, tout comme la mission apostolique des dernières universités religieuses de l’Ontario.

Cette idée de tout «bilinguiser» dans l’espoir de maintenir un semblant d’espace canadien-français n’a pas réussi. Bien au contraire, ces institutions bilingues, dont deux s’affirment être triculturelles et biculturelles, ont plutôt mis les francophones en minorité, là où ils étaient jadis majoritaires.

L’Université d’Ottawa peut en témoigner. Elle s’en défend, répétant ad nauseam le refrain qu’il n’y a jamais eu autant de francophones dans ses corridors. So what? Elle s’anglicise.

 

L’éléphant blanc

Rendons-nous à l’évidence de cette réalité brutale: nous ne sommes pas chez nous dans nos universités. Que nos recteurs soient francophones, anglophones ou polyglottes, «nos» universités ne nous appartiennent pas.

De plus, l’institution n’existe que pour se perpétuer. Dans le cadre bilingue, elle a compris que cela passe par «l’ouverture» à anglais. Les années 1990 ont vu la fin de l’examen de bilinguisme à l’Université d’Ottawa pour l’obtention de son diplôme de premier cycle, ce qui a permis l’explosion démographique de cette bête à deux têtes.

Les institutions aiment l’argent. Les millions en subventions pour les programmes en français offerts par Queen’s Park se rendent parfois à des endroits bizarres. L’Université de Sudbury offre des «programmes» en français qui n’ont aucun professeur. Le «département» de folklore en témoigne. C’est assez pour traire la vache et en garder la crème. C’est une aberration.

Arrêtons d’ailleurs de se faire croire qu’un mini-collège universitaire à Toronto réglera la question. On a droit à quelque chose de plus ambitieux que d’accoucher d’une souris.

En effet, les bases de notre université existent déjà. Elles sont à Hearst, Sudbury, Ottawa et Toronto. Alors, regroupons-les!

 

Plus de demi-mesure

Toute solution qui n’aboutirait pas à une réforme de fond auprès des universités bilingues serait un échec.

Il faut arrêter les demi-mesures telles que les désignations partielles en vertu de la Loi 8 sur les services en français. Il faut avoir un plan global qui respecte certaines balises claires et précises:

  • Une solution globale: Toute nouvelle institution doit incorporer les programmes francophones des universités d’Ottawa, de Hearst, Laurentienne, Sudbury et du Collège Glendon afin de rassembler ces nombreux éléments disparates. Autrement dit, il ne faut pas «créer» une nouvelle université en construisant un nouveau campus, mais réformer l’ensemble du postsecondaire en français en Ontario avec les structures existantes, au sein d’une fédération des programmes en français.
  • Aucun recul: Nous devrons pouvoir former des docteurs, des médecins, des avocats et des ingénieurs en Ontario, et ce, en français. C’est le strict minimum que d’exiger de pouvoir faire ses études, du baccalauréat au doctorat, dans notre langue.
  • Les moyens de nos ambitions: Il faut que cette structure permette aux professeurs d’effectuer des recherches de calibre international comme ils le peuvent à présent. Cela doit forcément inclure le maintien de programmes de maîtrise et de doctorat de qualité impeccable, quitte à les partager entre diverses composantes là où c’est nécessaire.
  • Des espaces: Les programmes, les services et les cours doivent exister dans des espaces francophones, comme l’a suggéré M. Belliveau, afin de rendre normale l’utilisation de la langue française. Oui, les universités bilingues sont des antichambres de l’assimilation. Car le capital symbolique de la langue minoritaire n’est pas assez fort pour qu’elle s’impose comme langue normale. Un étudiant demeure à l’étape de la construction identitaire à son entrée universitaire. L’immersion dans un univers francophone ne peut que contribuer à son succès dans l’acquisition de nouvelles compétences et à sa rétention linguistique. Regroupons des édifices dans les campus existants et désignons-les «francophones» et non pas «bilingues» pour créer des lieux d’épanouissement de la langue française. Ces espaces seront fédérés à la nouvelle entité de langue française avec des ententes de service avec les universités anglophones au besoin. Le bilinguisme a sa place notamment dans les foires alimentaires et les bibliothèques qui doivent forcément être partagées avec les universités existantes. Mais ce bilinguisme doit être actif et obligatoire. Enfin, octroyons une gouvernance francophone des programmes et services jugés comme essentiels au bon fonctionnement d’une université.
  • Notre institution: Le «par et pour» n’est pas simplement un slogan. C’est une nécessité. Avoir notre institution implique que le français cesse d’être une langue de traduction. C’est d’ailleurs la meilleure façon de déterminer quels sont les besoins de la communauté franco-ontarienne en matière d’études universitaires. Elle permet enfin de n’avoir qu’une seule administration et de réduire le fardeau administratif de l’université.

 

Une conjoncture unique

La conjoncture dans laquelle nous nous trouvons ne se reproduira peut-être jamais. Le gouvernement ontarien affirme, avec raison, avoir commis une erreur historique avec le Règlement XVII.

De plus, le RÉFO et ses partenaires nous ont démontré qu’il existe de nombreuses lacunes dans l’offre de programmes en français dans le postsecondaire franco-ontarien. De nombreux professeurs se sont soulevés pour dénoncer la situation dans leurs départements, que ce soit du fait que certains programmes «fantômes» existent sans professeurs ou que d’autres sont très mal équipés pour dispenser un enseignement de qualité. Comment manquer une telle occasion?

Les astres semblent s’aligner et le fer est chaud. Frappons!

 

Serge Miville est docteur en histoire et chargé de cours en histoire à l’Université Laurentienne. 

Note: Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de #ONfr et du Groupe Média TFO.