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L’Ontario ramène les pensions dans la campagne fédérale

La première ministre ontarienne Kathleen Wynne. Archives

TORONTO – Les libéraux à Queen’s Park n’ont pas l’intention de lâcher le morceau. Il est impératif, selon eux, de créer un régime provincial d’épargne-retraite quoiqu’en dise le gouvernement fédéral.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

C’est que le torchon brûle entre les gouvernements canadien et ontarien au sujet des pensions, à deux mois des élections fédérales du 19 octobre.

«Si le gouvernement fédéral a décidé d’en faire un ballon politique, c’est son problème», a lancé la première ministre Kathleen Wynne d’un ton vindicatif peu après avoir apporté quelques précisions à son projet de Régime de retraite de la province de l’Ontario (RRPO), le mardi 11 août.

Les conservateurs à Ottawa ont plusieurs fois refusé d’aider l’Ontario à mettre sur pied son propre programme d’épargne-retraite. Il s’agit, à leurs yeux, d’une taxe supplémentaire sur les employeurs qui serait ultimement nuisible à l’économie de province.

Le clan Wynne, lui, croit mordicus qu’il faut mettre sur pied un mécanisme d’épargne-retraite provincial pour complémenter le Régime de pensions du Canada (RPC). Deux Ontariens sur trois qui ne bénéficient pas d’un régime de retraite sûr auprès de leur employeur, selon la province.

«Il n’y a aucun débat sur le fait que nous avons un problème d’épargne en Ontario et à travers le Canada», a martelé à son tour le trésorier provincial Charles Sousa devant la presse, le 11 août.

Kathleen Wynne s’est toutefois défendue de casser du sucre sur le dos se son homologue fédéral Stephen Harper. «Ce n’est pas un enjeu de l’Ontario. C’est un enjeu national», a déclaré la première ministre. «Mais le fédéral a pris la décision de ne pas bonifier le RPC», a-t-elle relancé du même souffle.

 

Coûts inconnus

Le RRPO serait lancé progressivement à compter du 1er janvier 2017. Les entreprises de plus de 500 employés qui n’adhèrent pas déjà à un régime d’épargne-retraite seraient les premières à cotiser au nouveau régime provincial. Les entreprises de taille moyenne et les petites entreprises suivraient en 2018 et 2019, respectivement.

Les cotisations seraient aussi introduites de façon progressive d’ici 2021, pour atteindre au final 3,8% du salaire de chaque cotisant jusqu’à concurrence de 1643$ par année – payées à parts égales par l’employé et l’employeur.

Queen’s Park n’a toutefois aucune idée des coûts exacts d’un éventuel régime provincial d’épargne-retraite.

«Nous travaillons très fort (…) pour garder les coûts de gestion du futur régime les plus bas possibles», a insisté Mme Wynne, affirmant que le programme serait géré pour le gouvernement par des professionnels du secteur privé. «Nous ne savons pas quels seront les coûts à ce moment-ci», a ajouté la chef libérale. «Plusieurs détails n’ont pas encore été finalisés.»

Stephen Harper a pour sa part qualifié le projet de RRPO d’«énorme hausse de taxes» lors d’un rassemblement partisan à Markham, le 11 août.

Les libéraux fédéraux de Justin Trudeau – qu’appuient ouvertement leurs cousins ontariens – et les néo-démocrates de Thomas Mulcair se sont dit prêts à travailler avec les provinces, sans toutefois prendre d’engagements spécifiques par rapport aux pensions.

«Si, après le 19 octobre, nous avons un gouvernement (fédéral) qui est prêt à bonifier le RPC de façon adéquate à nous yeux, bien sûr, nous serions heureux de travailler avec ce gouvernement», a fait savoir Mme Wynne.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org