#Francophonie, #Ontario

L’humour comme outil de construction identitaire francophone

Le concours LOL vise à donner les outils nécessaires aux jeunes pour apprivoiser la scène et bâtir un numéro d’humour. Coutoisie

TORONTO – L’humour pour bâtir l’attachement à la langue française? La stratégie semble porter ses fruits dans deux régions de l’Ontario grâce au Concours LOL. Les initiateurs du projet souhaitent maintenant l’étendre à toute la province, en plus de viser le reste du pays.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Nous voulions trouver un moyen pour que les jeunes utilisent leur français à d’autres endroits que seulement dans les salles de classe ou dans leur famille. Notre concours leur donne une occasion de se perfectionner, de parler en public, de donner des entrevues et de faire des spectacles, tout en français», explique Guy Matte, directeur de la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures.

Son organisation travaille à la promotion de la langue française au pays, notamment en organisant les Rendez-vous de la francophonie. Depuis quelques années, l’événement misait abondamment sur l’humour dans les spectacles présentés un peu partout au Canada. Mais M. Matte constatait un vide. «C’est bien beau de se bidonner, mais on voulait aller plus loin. Nous voulions laisser un lègue aux communautés par où nous passions et faire une différence», souligne-t-il.

De pair avec d’autres intervenants, l’idée de créer un concours jeunesse d’humour francophone a vu le jour. Le projet a réellement abouti en Ontario avec l’entrée en scène de formateurs professionnels du Groupe Juste pour Rire et de l’École nationale de l’humour.

Après avoir été lancée avec succès dans l’Est ontarien, la compétition a débuté dans le centre et le sud-ouest, cette année. Des centaines de jeunes ont participé au concours depuis deux ans.

Le Concours LOL est une «marque forte», selon Guy Matte, qui annonce ses plans pour l’implanter dans le plus de régions possible. «On l’étend à l’ensemble de l’Ontario et on doit négocier pour le reste du pays. L’an prochain, on va ajouter des provinces, notamment l’Alberta», révèle-t-il à #ONfr.

L’humour peut contribuer à combattre l’assimilation et à rejoindre les jeunes, selon les organisateurs du concours. «Il y avait rien en matière d’humour. Ce n’était pas vu comme quelque chose d’important. Pourtant, ça crée chez les jeunes et leurs parents une appropriation de la langue française et une fierté francophone», souligne M. Matte.

Le Concours LOL mise sur du financement public et des partenariats avec différents organismes et entreprises des communautés où il s’implante.

 

Subventions à l’humour

Plusieurs intervenants francophones dénoncent le refus du Conseil des arts de l’Ontario de subventionner l’humour, révélait au début de l’année #ONfr.

Contrairement aux danseurs, aux écrivains et aux musiciens, les humoristes ne peuvent pas obtenir de subventions. Le Conseil des arts aurait tout intérêt à financer avec des fonds publics ceux et celles qui veulent enrichir l’univers culturel francophone grâce à l’humour, croit aussi Guy Matte. «Le Conseil ne voit pas l’humour comme une discipline. Il devrait réviser ses critères, c’est une chose importante. C’est important pour les jeunes», insiste-t-il.

Une aide financière en cette matière pourrait contribuer à faciliter l’implantation d’une véritable industrie de l’humour francophone en Ontario, selon plusieurs intervenants. Céline Baillargeon-Tardif, directrice du projet ontarien Jeunesse humour, a déjà confirmé que l’objectif à terme est de lancer un programme d’humour franco-ontarien dans la province.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.