#Ontario

L’heure des choix dans Niagara Ouest-Glanbrook

TORONTO – L’issue de l’élection partielle dans Niagara-Ouest-Glanbrook demeure plus que jamais incertaine, alors que les deux principaux adversaires ont des profils aux antipodes. Cette élection, où se mêlent des questions morales et religieuses,  a une symbolique importante pour les partis en présence et risque d’avoir des conséquences imprévues.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

 

Sam Oosterhoof: l’énigme qui pourrait marquer l’histoire

Le scrutin déclenché pour remplacer le progressiste-conservateur Tim Hudak a rapidement pris une tournure imprévue. À la surprise de tous, les militants locaux du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario (PC de l’Ontario) ont choisi un jeune homme de 19 ans, Sam Oosterhoff, pour représenter la formation politique. Ils ont ainsi tourné le dos à l’establishment du parti qui comptait sur la nomination de son président, Rick Dykstra.

Sam Oosterhoof pourrait devenir le plus jeune député de l’histoire de l’Ontario au cours des prochains jours. En fait, peut-être même du Canada. Il n’est âgé que de 19 ans et trois mois, soit 8 de mois que le député fédéral Pierre-Luc Dusseault élu en 2011. Rarement un candidat aussi peu présent dans les médias aura fait autant parler. Au cours des trois premières semaines de campagne,  Sam Oosterhoff a refusé l’ensemble des demandes d’entrevues des grands médias. Son entourage a affirmé à #ONfr que le candidat allait faire «profil bas» et mener une campagne «discrète», se limitant à quelques commentaires dans les médias locaux et à du porte-à-porte.

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Sam Oosterhoof a été élevé au sein d’une famille nombreuse et évangélique sur une ferme à Grimsby. Avant de se lancer dans la campagne, il tweetait régulièrement des versets de la Bible et ne cachait pas sa sympathie pour l’élimination de l’actuel programme d’éducation sexuelle en Ontario et se disait contre l’avortement. Sur Facebook, il affirmait dans une vidéo vouloir rester lui-même s’il était éventuellement élu: «Je ne vais pas changer pour Queen’s Park. Nous pouvons changer Queen’s Park», soulignait-il.

Dans ce document vidéo, il invite aussi les citoyens à voter pour lui afin «que nos hôpitaux aient le financement qu’ils méritent, pour ramener les prix de l’électricité plus bas, pour que les droits fonciers soient respectés», dit le jeune homme. «Je veux être une voix pour des valeurs familiales fortes», ajoute celui qui fait siens les concepts du conservatisme social. Au cours des dernières semaines, son chef, Patrick Brown, a cependant assuré que le nouveau venu adhérerait à l’ensemble des idées du programme du Parti progressiste-conservateur.

Mise à jour : Suite à la publication de cet article, Sam Oosterhoff a accepté d’accorder une entrevue à #ONfr. Il dit avoir étudié le français lors d’un séjour professionnel au parlement fédéral, mais ne se sentait pas assez à l’aise pour répondre aux questions en français. «Je crois que les francophones ont une culture fantastique et une belle province avec le Québécois (sic). C’est lié à la identité culturelle et leur langue, il faut la respecter et la chérir», a-t-il soutenu.

Lors de notre entretien, il a refusé de répondre aux questions sur ses influences religieuses. Il affirme que même si la circonscription compte majoritairement une population de retraités et de gens âgés, il sera en mesure de répondre à leurs besoins s’il est élu.

Le politologue de l’Université Ryerson, Patrice Dutil, partage son analyse des chances de Sam Oosterhoff. Pour voir cette vidéo appuyez sur l’image qui se trouve en haut de cet article.

 

Vicki Ringuette: militante francophone dans la tempête libérale

Vicki Ringuette tente de se faire élire sous la bannière libérale, alors que le gouvernement Wynne est au cœur d’une autre tempête. Au cours des derniers jours, deux libéraux ont même été accusés de corruption. La francophone, originaire du Nouveau-Brunswick, affirme cependant que les citoyens ont d’autres préoccupations.

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«Les citoyens s’inquiètent du candidat conservateur: il n’a pas assez d’expérience. Je suis avocate depuis onze ans. J’ai ma propre pratique à Hamilton en droit de la famille et en protection de l’enfance. Je siège au conseil d’administration du centre de santé communautaire francophone», a affirmé Mme Ringuette lors d’un entretien avec #ONfr.

La circonscription compte de nombreux francophones, souligne Mme Ringuette, qui dit travailler pour la communauté: «L’an dernier, nos deux palais de justice ont hissé le drapeau franco-ontarien pour une première fois. Je travaille aussi sur l’offre active dans les palais de justice […] Il faut rappeler à ceux qui offrent les services gouvernementaux qu’il y a une communauté francophone. Il y a encore du travail à faire».

La santé, l’éducation et l’agriculture constituent des dossiers clés de sa campagne, dit-elle. «Les changements climatiques ont un impact sur nos fermiers du Niagara. Les pertes en agriculture ont des impacts importants», affirme-t-elle. Ce sont ces enjeux qui font parler la population et non pas les scandales qui touchent le gouvernement ces jours-ci, jure-t-elle. «Ça nuit à l’image du parti, il faut être réaliste. Mais dans la circonscription, ça n’a pas d’impact», affirme l’avocate.

En fin d’entrevue, elle s’est lancée dans une attaque en règle à l’endroit du candidat progressiste-conservateur: «Ce n’est vraiment pas le temps d’élire quelqu’un qui n’a pas d’expérience et qui n’est pas inclusif. Quelles sont ses positions sur les questions sociales? On ne le sait pas et c’est très problématique. On doit être clair et honnête avec les gens qui vont nous élire, sinon on ne mérite pas un poste de représentant public», lance-t-elle.

AUDIO:  Vicky Ringuette parle des bénéfices que pourrait avoir l’élection d’une… ou même de deux francophones lors des élections partielles:

 

Mike Thomas: l’employé d’Hydro One qui veut «sauver» Hydro one

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a misé sur Mike Thomas pour le représenter. Il a été policier à Hamilton dès 1980, où il a géré différentes unités policières, puis il est devenu président de l’Association des policiers du secteur entre 2010 et 2014. Il est actuellement à l’emploi d’Hydro One à titre de spécialiste en sécurité.

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Il estime qu’Hydro One est un bien public qui doit le demeurer et estime qu’il est inconcevable que la privatisation de la société d’État se poursuive, particulièrement dans le contexte actuel. «Les gens n’en peuvent plus du prix des factures d’Hydro One. L’augmentation est trop importante», affirme-t-il en entrevue avec #ONfr.

M. Thomas affirme que l’éducation et la santé sont deux préoccupations importantes au niveau local. Il dénonce l’inaction du gouvernement dans le dossier de l’hôpital Lincoln Memorial de Grimsby. Les libéraux ont annulé la construction d’un nouvel hôpital pour remplacer le vieux, rapporte-t-il. Il s’agit d’un manque de respect pour la communauté qui avait amassé de l’argent pour le projet, à son avis.

«J’invite les citoyens à comparer mes propositions à celles des autres partis, ils verront que le NPD a la meilleure offre et les meilleures idées», insiste-t-il. Mike Thomas s’est refusé à mener des attaques contre ses adversaires. «Je ne veux pas aller là», a-t-il soutenu.

AUDIO: Mike Thomas parle de la préoccupation numéro un des citoyens : la facture d’électricité.

 


Le vote en bref…

L’élection dans la circonscription de Niagara Ouest-Glanbrook se déroulera le 17 novembre prochain.

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En plus des trois candidats des partis représentés à l’Assemblée législative de l’Ontario, six autres se présentent lors de ce scrutin:

Candidat Parti politique inscrit
Cridland, Donna Parti Vert de l’Ontario
Karatopis, Stefanos Libertarien
Oosterhoff, Sam Parti PC de l’Ontario
Poos, Martin Indépendant
Ringuette, Vicky Parti libéral de l’Ontario
Smitherman, Arthur Canadian Constituents’ Party
Thomas, Mike Ontario NDP/NPD
Vezina, Greg Aucune de ces Réponses Party (NOTA)
Yu, Queenie Stop the New Sex-Ed Agenda

 

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.