#Francophonie, #Ontario

L’Express d’Ottawa ferme définitivement ses portes

L'Express d'Ottawa est définitivement mort. Après l'édition papier, voilà que l'édition électronique est abolie. Crédit : Photo-montage #ONfr, Étienne Fortin-Gauthier

OTTAWA – La Voix des francophones de la région d’Ottawa s’est tue. TC Média a pris la décision de débrancher le site internet de L’Express d’Ottawa, sa plateforme de nouvelles à l’intention des francophones de la capitale.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Le premier chapitre de cette mort annoncée s’était écrit à l’automne 2015. TC Média avait mis un terme à la version imprimée de l’hebdomadaire publiée pendant trois décennies. Depuis, le média web n’était plus qu’une pâle copie de ce qu’il avait déjà été, se contentant bien souvent de couvrir uniquement les faits divers.

«Nous avons effectivement pris la décision difficile de fermer le site web de L’Express d’Ottawa en fin d’année 2016. Nous évoluons au sein d’une industrie en grande transformation qui fait face à de nombreux défis. Pour ce qui est du site web de L’Express d’Ottawa, notre analyse a démontré que cette propriété média n’était malheureusement pas viable financièrement», a indiqué à #ONfr Katherine Chartrand, directrice des communications externes chez TC Média.

Le site Internet de L’Express d’Ottawa n’existe plus. Lorsque les internautes se rendent à l’adresse URL du média, ils sont renvoyés sur le site du journal La Revue de Gatineau, une autre propriété de TC Média. Il est dorénavant impossible de consulter les archives du journal.

Interrogée à savoir si son titre à Gatineau allait continuer à couvrir les enjeux franco-ontariens, TC Média a indiqué que ce média allait continuer de se concentrer sur les dossiers qui peuvent intéresser son lectorat québécois. «Notre équipe rédactionnelle du journal La Revue de Gatineau se consacre aux dossiers de ce territoire afin de desservir le lectorat du côté du Québec. Toutefois, si des dossiers ont cours à Ottawa et ont une incidence régionale, oui le journal La Revue continuera de traiter ces dossiers», affirme Katherine Chartrand.

Cette nouvelle disparition médiatique ne provoque aucune mise à pied, selon TC Média. Le site était au cours des derniers mois alimenté par des journalistes évoluant au sein du journal La Revue. L’entreprise perd cependant son seul point d’ancrage francophone en Ontario. En anglais, TC Média ne compte plus qu’un seul titre, soit le Seaway News de Cornwall, suite à la vente du Orleans Star, en novembre dernier.

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En 2015, Jacques Blais, vice-président aux opérations pour l’ouest du Québec et l’Ontario chez TC Média, affirmait que son organisation allait continuer de servir le public franco-ontarien. «Il y a un site web qui est alimenté et qui va continuer de l’être. Il va continuer à y avoir des nouvelles de la francophonie ontarienne. Il n’y a rien de fermé, ça continue», disait-il.

Déception importante chez les acteurs francophones

La disparition d’un média de langue française à l’extérieur du Québec provoque toujours son lot de réactions chez les francophones en situation minoritaire. Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), est franchement déçu et affirme que l’effet dans la communauté se fera sentir.

«C’était un lien avec la communauté ce média. Un journal, c’est une occasion de réseauter et de se connaître pour les francophones en situation minoritaire. D’avoir un média qui disparaît ainsi de la scène numérique, ça fait mal. Il y a beaucoup de gens qui allaient chercher de l’information là. Pour une ville comme Ottawa, c’est une immense perte considérant la quantité de francophones» – Carol Jolin, président Assemblée de la francophonie de l’Ontario

Déception partagée par l’Association de la presse francophone (APF). «Il est toujours dommage de voir qu’un journal ou un site web qui couvre le marché francophone disparaisse. C’est un territoire important et ce média garantissait qu’il allait continuer de le servir par le web. On espère que d’autres médias viendront le remplacer», a indiqué son président, Francis Sonier, aussi éditeur du quotidien L’Acadie Nouvelle.

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À l’occasion d’un entretien avec #ONfr, il a réitéré l’importance pour le gouvernement de poser des gestes pour sauver la presse locale francophone en situation minoritaire. «Le fédéral est bien au fait de la situation et des nuances concernant les journaux communautaires en situation minoritaire. Avec le retrait des grands groupes médiatiques des petits marchés francophones, nos médias communautaires prennent une importance capitale. Il faut les aider. La publicité gouvernementale est une avenue, mais on ne s’attend plus à voir des millions pleuvoir, on mise davantage sur une aide pour développer le numérique et permettre à nos médias de réellement prendre ce virage.»

 

Nouveau média

Plusieurs médias communautaires francophones connaissent des difficultés financières importantes. C’est le cas du journal L’Eau vive en Saskatchewan, qui a dû abandonner sa version papier, avant d’y revenir récemment. Des radios communautaires francophones sont aussi en situation précaire.

À contrario, Orléans dans l’est d’Ottawa s’apprête à bénéficier d’un nouveau journal. C’est ce jeudi qu’aura lieu le lancement de L’Orléanais. Sur une base mensuelle, le journal offrira une converture centrée sur l’actualité communautaire et artistique.

L’ancien journaliste et résident d’Orléans, Fred Sherwin, sera le propriétaire de ce journal, désireux de combler le vide de la suppression de L’Express d’Ottawa, autrefois appelé… L’Express d’Orléans.

 

 

 

 

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.