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Dernier droit avant une radio francophone dans tout l’Est ontarien

CHOD-FM a adopté une nouvelle image de marque et une nouvelle stratégie pour survivre face à la crise des médias. Crédit photos: gracieuseté, Jérémy Aubin et Luc Drouin

CASSELMAN – Confrontée à la diminution de la population francophone à Cornwall, la station radiophonique CHOD-FM a déménagé ses pénates au cœur de l’Est ontarien, où elle croit être davantage en mesure d’affronter la crise des médias. Elle devrait émettre à partir de Casselman au cours de l’été. Toute la population des  Comtés unis de Prescott-Rusell a une nouvelle voix pour se faire entendre, selon le maire de Casselman.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Chaque année, on peine à boucler le budget. On a perdu beaucoup de publicités gouvernementales et les revenus de la publicité locale tournent autour de 20 000$. Pour survivre, il fallait agir», lance Marc Charbonneau, directeur général de la station CHOD 92,1 FM.

Depuis quelques mois, la métamorphose est quasi-complète. La station a adopté une nouvelle image de marque et sonore (FM 92,1 Est ontarien), en plus de déménager ses studios dans la municipalité de Casselman. M. Charbonneau explique qu’il y a eu un effritement de la population francophone dans  la région Stormont, Dundas et Glengarry (SDG), depuis la naissance de la station en 1993.

«Juste à Cornwall, on parle maintenant de 13 000 francophones, dont la moitié parlent anglais à la maison. Ça ne fait pas un gros bassin d’auditeurs potentiels», confie avec réalisme Marc Charbonneau. «En déménageant, on prévoit vendre jusqu’à 100 000 $ en publicités locales et être mieux positionnés pour la publicité nationale, car nous aurons un bassin de 80 000 auditeurs francophones potentiels», ajoute-t-il.

Le bingo, véritable vache à lait de plusieurs stations communautaires, devrait aussi être plus lucratif. Ces nouvelles sources de revenus pourraient venir combler le vide immense laissé par la diminution de la publicité gouvernementale. La station aurait perdu jusqu’à 200 000 $ au cours des cinq dernières années, selon M. Charbonneau.

L’augmentation des revenus permettra de développer le talent radiophonique franco-ontarien. Déjà, le directeur de la station se réjouit de pouvoir compter sur le talent de deux diplômés de la Cité et d’une stagiaire de l’Université Saint-Paul.

Un dernier morceau du casse-tête est cependant manquant. La station travaille toujours d’arrache-pied pour déménager son antenne (à l’Est de l’autoroute 417, à proximité de la sortie d’Alexandria) et augmenter sa puissance de diffusion, afin qu’un plus grand nombre de francophones puissent la capter.

«54 municipalités de plus pourront nous entendre quand tout sera à point. Pour nous, c’est essentiel. La radio demeure un média très important. Rappelons-le, il y a un très haut taux d’analphabètes fonctionnels dans la population francophone. Ils ont aussi le droit d’être informés sur ce qui se passe chez-eux», dit-il. Des considérations techniques ont forcé un report du changement d’antenne, mais tout devrait être fin prêt pour l’été, confirme M. Charbonneau.

 

Une radio qui a pignon sur rue

Pour se faire connaître dans son nouveau «chez-soi», CHOD-FM a tapissé son immeuble de bannières permettant à tous de la découvrir. «Les citoyens de Casselman sont un peuple fier. Les gens sont inspirés par la présence du poste», soutient M. Charbonneau.

«Notre radio veut contribuer à développer le potentiel des organismes communautaires, des entreprises et des acteurs du tourisme en parlant de leurs projets et en les faisant connaître», souligne le directeur de la station.

Un engagement qui réjouit le maire de Casselman, Conrad Lamadeleine. «C’est très bon pour notre communauté. Il va y avoir de nombreux bénéfices, notamment en matière d’informations régionales. Ce n’est pas toujours facile pour les médias franco-ontariens», observe-t-il. «S’il y a un événement d’urgence, comme un verglas, on pourra compter sur eux pour diffuser les dernières informations», ajoute le premier magistrat de la Ville.

M. Lamadeleine croit que l’arrivée de la radio dans sa municipalité illustre une certaine tendance dans les institutions francophones.  «Casselman devient un pôle régional dans sa région immédiate, car plusieurs villages sont en décroissance et perdent de leur vitalité. Même si c’est bon pour la francophonie de Casselman, qui devient plus forte, c’est un triste constat. Ces villages perdent leurs caisses populaires, leurs églises,…», dit-il, lors d’une entrevue avec #ONfr. Il compte rencontrer les dirigeants de la station pour voir comment sa municipalité peut collaborer avec cette nouvelle voix régionale.

Même si CHOD-FM a quitté Cornwall, la station continuera de couvrir les enjeux propres à la municipalité. Elle continuera de miser sur une programmation mêlant musique et informations. Les sujets d’actualité et de société qui touchent les Franco-Ontariens de l’Est ontarien occupent une large place au sein de la station.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.