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Les Fransaskois encore devant les tribunaux pour leurs écoles?

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REGINA – Divisée sur l’approche à adopter, la communauté fransaskoise pourrait de nouveau faire appel aux tribunaux pour obtenir des installations scolaires adéquates dans la province.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Le Collectif des parents inquiets et préoccupés (CPIP) décidera en septembre s’il va de l’avant et traîne la province de la Saskatchewan devant les tribunaux.

Le collectif réclame, entre autres, de nouvelles écoles à Régina, à Prince-Albert et à Saskatoon, et plus globalement, des infrastructures équivalentes à celles de la majorité.

«Ce n’est pas un choix facile, mais chaque jour, la communauté fransaskoise subit des torts irréparables. Les écoles de langue française sont plus vieilles, surchargées, éloignées, avec de moins bonnes installations…», explique l’avocat du CPIP, Ronald Caza.

L’avocat Ronald Caza. Archives #ONfr

Au fil des ans, Me Caza explique que ce sont souvent les tribunaux qui ont permis à la communauté fransaskoise de faire bouger les choses en matière d’éducation, comme souvent en francophonie minoritaire.

«La Cour suprême du Canada et le système judiciaire sont les vrais protecteurs des minorités francophones, car ce sont eux qui s’assurent de faire respecter leurs droits. Souvent, faire appliquer la loi prend un certain courage politique et beaucoup de gouvernements préfèrent laisser cette décision entre les mains des juges.»

 

Des visions opposées

En coulisses, la démarche entreprise par le groupe de parents est loin de faire l’unanimité au sein du Conseil des écoles fransaskoises (CÉF). Le conseil n’appuie d’ailleurs pas la démarche du CPIP, préférant essayer de s’entendre avec le gouvernement provincial.

Mais là encore, entre les conseillers, les points de vue diffèrent, au point qu’une ligne de scission se dessine entre d’un côté le nord de la province, plus ouvert à négocier, et le sud, qui appuierait plus volontiers une cause en justice.

La démission de l’ancienne présidente du CÉF, Christiane Guérette, en juin, huit mois seulement après son élection, sert d’arguments à ceux qui veulent forcer le gouvernement à améliorer le financement des écoles de langue française. Ils expliquent que c’est faute de ressources adéquates que des parents, comme Mme Guérette, décident de retirer leurs enfants du système scolaire francophone.

«Nous n’avons pas l’équivalent de ce qu’ont les écoles de la majorité. À Regina, par exemple, nous avons une école primaire prévue pour 250 élèves qui en accueille plus de 400! La bibliothèque va devoir être transformée en salles de classe pour accueillir plus d’élèves! La stratégie de négociation n’a produit aucun résultat depuis 2015 et la situation actuelle décourage les parents de mettre leurs enfants dans nos écoles», confie un membre du conseil scolaire, sous réserve d’anonymat.

Mais pour d’autres, en revanche, le conseil doit plutôt repenser sa manière de fonctionner et ne pas toujours attendre l’aide du gouvernement.

«Il est parfois plus facile de dire qu’il manque de l’argent que de trouver des solutions innovantes. Il y a un problème de culture à adresser.»

Preuve des divisions entre les conseillers scolaires, une autre démission a eu lieu le 23 août, avec le départ du conseiller de Zenon Park, Denis Marchildon, fatigué de l’ambiance pesante qui règne au sein du conseil scolaire.

Contacté par #ONfr, le CÉF n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue.

 

Réponse décisive du gouvernement

La décision des parents d’aller en cour dépendra de la réaction du gouvernement dirigé par le Parti saskatchewanais (PS).

Un rapport d’équivalence, pour évaluer notamment les installations, le matériel, la qualité de l’instruction, les activités extrascolaires et le temps de transport en comparaison avec le système anglophone, est attendu par le CÉF en septembre.

«Si le gouvernement prend des mesures concrètes et dans un délai raisonnable, nous n’irons pas devant les tribunaux. Mais si ce n’est pas le cas, alors on n’hésitera pas! La situation est critique et le gouvernement le sait depuis longtemps», dit Me Caza.

«Quand nous sommes divisés, ce sont les gouvernements qui se frottent les mains!» – Françoise Sigur-Cloutier, présidente de l’ACF

La présidente de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF), Françoise Sigur-Cloutier, est bien consciente des défis que traverse le système scolaire fransaskois. Elle espère toutefois que les francophones parviendront à afficher un front uni.

«Il y a des besoins flagrants, surtout dans les milieux urbains. Les demandes pour de nouvelles écoles existent depuis longtemps. Nous sommes d’accord sur le principe qu’il faut faire quelque chose, car la situation est intenable. D’autant que je ne pense pas que le gouvernement va changer de point de vue, ni donner plus de fonds, encore moins à la mesure des besoins actuels. Mais je pense qu’il est important que le conseil scolaire et les parents s’entendent avant d’aller en cour.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.