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Les Franco-Terreneuviens veulent plus de services de santé en français

Les soins à domicile et en milieu communautaire représentent un investissement de 750 millions $ sur trois ans. ThinkstockPhotos

SAINT-JEAN – Un sondage, mené par le Réseau Santé en français de Terre-Neuve-et-Labrador (RSFTNL), révèle sans surprise que les Franco-Terreneuviens, comme beaucoup de francophones en contexte minoritaire, souhaiteraient obtenir davantage de services de santé dans leur langue. Mais la route reste encore longue pour les 3020 francophones que compte la province.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Lorsqu’on ne représente que 0,6% de la population, il est forcément plus difficile de peser politiquement pour réclamer des services de santé en français, surtout dans une province unilingue. Peu disponibles, ceux-ci sont pourtant souhaités par les Franco-Terreneuviens. Un récent sondage mené par le RSFTNL révèle que 70,4% des répondants préféreraient être servis en français. Toutefois, ils sont encore plus du quart à prioriser les services en anglais.

«C’est bien normal, quand les services ne sont pas disponibles ou quand tu ne sais pas qu’ils existent, tu ne les demandes pas! Le sondage nous a confirmé qu’une grosse majorité des francophones ne savent pas quand les services sont disponibles, mais on voit que la majorité serait intéressée à les utiliser s’il y en avait», justifie Roxanne Leduc, Directrice générale adjointe de la Fédération des Francophones de Terre-Neuve et du Labrador (FFTNL) et responsable du RSFTNL.

Dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador, près de 80% des sondés disent ne pas avoir accès à des services en français ou savoir s’ils existent. Lorsqu’ils sont disponibles, 48% d’entre eux indiquent les utiliser souvent ou occasionnellement. Le pourcentage monte toutefois à 72% si on inclut ceux qui les utilisent rarement.

Chargé de piloter le projet financé par Santé Canada, le RSFTNL publiera un rapport final dans le courant du mois de février qui, espère-t-il, permettra dégager des résultats qui aideront ensuite la régie de santé de Terre-Neuve-et-Labrador à mieux desservir la communauté francophone.

«Ce projet doit nous permettre d’avoir un portrait plus juste des attentes et besoins de la population francophone et donc, de pouvoir y répondre. Nos rapports avec la régie sont positifs et cela doit offrir des pistes de solution pour savoir comment travailler ensemble. Nous y allons un pas à la fois, mais il y a une ouverture de la régie.»

Le sondage a permis de récolter l’avis de 87 personnes, dont 16 ont choisi de répondre en anglais.

«Cela reste un portrait intéressant, même si on ne prétend pas avoir la vérité absolue. Il y a beaucoup de familles exogames, ce qui explique les réponses en anglais. Toutefois, même chez ces anglophones unilingues, beaucoup voient un avantage à avoir des services de santé en français pour les membres de leur famille.»

 

Le défi de la vieillesse

Les besoins sont pourtant bien réels. La majorité des sondés reconnaissent la pertinence d’être servis en français, notamment pour mieux s’exprimer (70,1%), comprendre (73,6%) ou tout simplement être plus à l’aise (62,1%). Les urgences, les hôpitaux, et les cliniques sont les services réclamés en priorité, selon le sondage.

«Même si beaucoup de francophones sont capables de s’exprimer en anglais, il y a aussi des unilingues. Et puis, le domaine de la santé est complexe car il est toujours difficile de s’exprimer autrement que dans sa langue maternelle dans une situation de détresse ou d’urgence. C’est d’autant plus vrai pour les personnes plus âgées dont on remarque qu’en vieillissant, et donc utilisant plus les services de santé, elles ont plus de mal à s’exprimer dans leur seconde langue. Sans oublier que le vocabulaire en santé est très spécifique. Dans certains établissements, il y a déjà du personnel bilingue, il s’agirait simplement de l’identifier.»

Pour pallier à ces difficultés, le RSFTNL s’apprête à renouveler son initiative, lancée en 2011, de Passeport Santé. Le document, présenté cette fois dans les deux langues, s’adresse aux patients et aux professionnels de la santé afin de faciliter la communication. Il comprend un répertoire des ressources en santé, des réponses aux questions générales, la traduction des principaux termes médicaux et symptômes de maladies courantes et un calendrier des vaccins.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.