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Les étudiants de La Cité chassent leur fédération nationale

Le campus principal du collège La Cité, à Ottawa. Sébastien Pierroz

OTTAWA – Des changements majeurs s’opèrent au sein de la communauté étudiante du collège La Cité d’Ottawa. Par voie de référendum, les étudiants ont chassé la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCÉÉ) pour des raisons financières, mais aussi linguistiques.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«On a pesé le pour et le contre et on a réalisé que la Fédération ne répondait pas aux besoins de nos étudiants francophones et d’un collège français», explique Vanessa Arseneau, présidente sortante de l’Association étudiante du Collège La Cité.

Son organisation s’est désaffiliée de la FCÉÉ il y a quelques jours, suite à un référendum qui a provoqué bien des débats et des déchirements sur le campus d’Ottawa. Le «Non» l’a remporté avec 66% du vote.

Vanessa Arseneau souligne que lors des activités de la Fédération, on ne tenait bien souvent pas compte des contraintes linguistiques des représentants de l’Association étudiante de La Cité. «C’était bien souvent en anglais. Lors des rencontres, les documents étaient traduits, mais pas toujours les présentations. Et si on avait envie de dire quelque chose, nos commentaires devaient être traduits et souvent ça nuisait à la bonne communication avec les autres», dit-elle.

Elle rapporte aussi que les étudiants de la Cité considéraient ne pas en avoir assez pour leur argent. «Ça coûtait 80000$ par année. Ça ne valait pas la peine pour le nombre de services qu’on utilisait vraiment», souligne-t-elle.

 

Déception à la FCÉÉ

Anne-Marie Roy, vice-présidente nationale de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants, a fait campagne sur le campus de La Cité tout au long du processus référendaire. Elle ne cache pas sa déception de voir l’Association étudiante du collège quitter son organisation.

«Je crois qu’on est plus fort lorsqu’on est uni et travaillons ensemble. Malheureusement, il y a eu beaucoup d’informations qui induisaient les étudiants en erreur, notamment sur les services que nous offrions ou les coûts réels de nos services. Nous permettions des économies aux étudiants», souligne-t-elle.

Selon elle, il est faux de croire que la Fédération n’est pas à la hauteur en matière de services en français. «On a toujours de la traduction simultanée. Et nos services sont adaptés à chaque campus. On représente la majorité des associations étudiantes francophones et bilingues au Canada», insiste-t-elle.

Mme Roy souligne que son organisation est impliquée pour la création d’une université franco-ontarienne. «Mais on fait aussi du travail pour s’assurer que les francophones puissent étudier à l’université en travaillant sur la question des frais de scolarité. Nous avons une approche complète, pas seulement linguistique», dit-elle.

Les étudiants de La Cité perdent une influence politique, selon Mme Roy. «On a réussi à accomplir nos victoires étudiantes grâce à la mobilisation. Si toutes les fédérations quittent, nous n’aurons plus la capacité d’influencer les politiciens à Queen’s Park ou sur la colline parlementaire», lance-t-elle.

La présidente sortante de l’Association étudiante du collège La Cité est loin d’être d’accord. «Nous avons une école avec une tête forte et on s’arrange pour prendre les moyens nécessaires pour arriver à nos fins. On rencontre régulièrement les représentants politiques et on va pouvoir continuer quand même à faire pression sur eux», réplique Vanessa Arseneau.

Le processus mené avait une visée «autonomiste», dit-elle. «On ne veut pas dénigrer la Fédération. Nous n’étions pas opposés à leur travail et à leurs objectifs. Mais ce n’était tout simplement pas adapté à notre réalité», ajoute Mme Arseneau.

 

Des liens plus forts avec le RÉFO?

Un autre vote se déroule entre les murs de la Cité ces jours-ci. Les étudiants de La Cité sont invités à se prononcer sur la mise en place d’une cotisation pour devenir membres adhérents au Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO). La cotisation proposée est de 3$ par étudiant à temps plein.

L’ancienne présidente de l’Association étudiante du collège La Cité affirme que le processus actuel n’est en aucun cas lié au dossier de la désaffiliation de la FCÉÉ. «On est déjà membre du RÉFO, mais là on donnerait en plus une cotisation. Le RÉFO cherche une autonomie en matière de financement et souhaite le faire en s’appuyant sur la communauté étudiante», selon elle.

La coprésidente du RÉFO, Rym Ben Berrah, affirme que son organisation mise sur cette cotisation pour augmenter la «portée et la fréquence» des activités du RÉFO à travers la province et à La Cité. «En province, toutes les associations étudiantes demandent une cotisation à leurs membres pour financer leurs activités. Le RÉFO ne demande aucune contribution financière à ses membres depuis sa fondation en 2009», note-t-elle.

Elle ajoute que de nouveaux services de bourses pourront être créés grâce à ces nouvelles sommes. «Le RÉFO ne cherche pas à combler de vide, ni à remplacer quelconque autre groupe étudiant», insiste-t-elle. Le résultat de cet autre vote devrait être connu au cours des prochains jours. La période de scrutin se termine le dimanche 24 avril.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.