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Les aînés francophones payent le fort prix d’une décision gouvernementale

Les statistiques démographiques indiquent que la région de Peel-Halton comptait 29 000 aînés francophones lors du recensement national de 2011.Archives

PEEL-HALTON – Les aînés francophones payent le prix fort de la décision du gouvernement ontarien de geler le financement de nouveaux centres de vie active, dénoncent plusieurs acteurs de la communauté. Le blocage frappe de plein fouet les aînés de la région de Peel-Halton, qui misent notamment sur une nouvelle étude de faisabilité, rendue publique le jeudi 2 février, pour faire bouger les choses.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Depuis huit ans, le gouvernement ontarien a figé le financement pour les centres qui permettent aux aînés de faire des activités physiques et de briser l’isolement. Les francophones sont frappés plus durement, car ils ont moins de centres que les anglophones et que plusieurs projets sont prêts, mais doivent être mis sur la glace par manque de financement», dénonce Denise Lemire, directrice générale de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO).

«Actuellement, les aînés francophones sont forcés d’aller dans des centres anglophones. L’assimilation, c’est à tout âge que ça se produit. Et la situation actuelle provoque cela», a-t-elle confié à #ONfr.

La présidente de la FARFO, Élizabeth Allard , renchérit. «Vieillir, ça fait partie de la vie. Et il faut conserver une qualité de vie. Les gouvernements doivent avoir des budgets en conséquence. Car, ensuite, ça fait boule de neige: s’il n’y a pas assez d’activités, les gens font des dépressions ou tombent malades. Et ça coûte plus cher au système», rappelle-t-elle.

Interrogé sur les raisons à l’origine du gel du financement pour de nouveaux centres de vie active, le gouvernement n’a fourni aucune piste d’explication dans ses réponses. «Nous sommes fiers de l’investissement annuel de 11,5 millions de dollars dans les 263 centres de personnes âgées, dont 17 offrent des programmes aux francophones», a-t-il indiqué dans une réponse laconique.

Une porte-parole du ministère des Affaires des personnes âgées a indiqué que des décisions seront prises lorsque la révision du cadre législatif entourant les aînés sera complétée.

La FARFO comptait dénoncer le gel du financement lors d’une commission parlementaire qui doit étudier la Loi sur les centres de vie active pour personnes âgées, mais l’invitation a été repoussée au mois de mars. Mme Lemire croit, en plus, que la transformation annoncée récemment du Secrétariat aux affaires des personnes âgées en un ministère à part entière repoussera encore davantage la résolution de ce dossier.

 

Un centre exigé à Peel-Halton

Depuis plusieurs années, des acteurs francophones dénoncent un manque criant de services en français offerts aux aînés dans la région de Peel-Halton. Pour faire face à la situation, la Coalition des aînés francophones (CAF) de Peel et Halton caresse depuis longtemps le rêve d’ouvrir un centre de vie active.  La position du gouvernement Wynne dans le dossier des centres de vie active nuit à l’avancement du projet, s’entendent plusieurs intervenants consultés par #ONfr au cours des dernières semaines.

Les statistiques démographiques indiquent que la région de Peel-Halton comptait 29 000 aînés francophones lors du recensement national de 2011, soit 17 000 personnes (59 %) dans Peel, et 12 000 autres (41 %) dans Halton.

 

L’organisme francophone Reflet Salvéo a voulu contribuer aux discussions et aider les acteurs de la région à obtenir des réponses quant au réalisme de leur démarche. L’étude de faisabilité, réalisée par les firmes-conseils Lalande & Gougeon et Solutions re/nous/vaux, fournit une recette idéale des étapes à suivre pour mener à bien le projet.

Il aborde de front la question de la résistance possible envers le projet et mentionne les obstacles à prévoir avec les élus municipaux. «La population francophone ne représente qu’une faible proportion des électeurs. Leur poids politique est donc négligeable. Or, un appui politique est souhaitable dans ce genre de projet, que ce soit pour libérer des fonds ou légitimer l’initiative», peut-on lire. Les auteurs du rapport suggèrent aux acteurs francophones impliqués d’aller dès maintenant sensibiliser les élus à leur cause.

«La solution facile consisterait à pencher en faveur de l’établissement du centre à Mississauga, puisque de nombreux acteurs de la francophonie y sont déjà présents, que la ville est reconnue  »Communauté amie des aînés » et qu’elle est désignée sous la Loi sur les services en français», disent les auteurs du rapport. Ils affirment cependant que cela forcerait bon nombre d’aînés à devoir se déplacer loin de chez eux.

Le contexte budgétaire actuel n’est pas simple, admet Gilles Marchildon, directeur général de Reflet Salvéo. «Les aînés actifs et engagés restent en santé plus longtemps. Mais de financer un centre de vie active, c’est financer la prévention. Et c’est parfois difficile de convaincre les décideurs de mettre de l’argent pour prévenir des choses qui ne se sont pas encore produites», souligne-t-il.

Lauraine Côté du Cercle de l’Amitié de Mississauga affirme qu’il y a un besoin important de plus de ressources en français. Si son organisation accueille des aînés, elle ne voit pas l’éventuelle future ressource comme de la compétition. «Ce sont des services en plus qu’il nous faut. Avoir une baguette magique, on aurait les mêmes choses que les anglais. Les budgets sont très différents de ceux des francophones. Leurs centres communautaires ont des piscines et d’autres services que nous n’avons malheureusement pas. De trouver et de garder du personnel, c’est aussi très complexe», dit-elle.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.