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Le tintamarre acadien, entre revendication politique et culturelle

Crédit image : Facebook FANÉ

OTTAWA – Au Nouveau-Brunswick comme un peu partout à travers le Canada, les Acadiens célèbrent, ce mardi 15 août, leur Fête nationale. L’occasion d’un tintamarre où le côté festif se teinte d’un aspect politique.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

En Ontario, la diaspora acadienne de la région de la capitale nationale ne manque pas l’occasion de célébrer chaque année son héritage. Un tintamarre partira de la colline du Parlement en fin de journée, suivi du spectacle «Les Canadiens saluent l’Acadie» au parc Jacques-Cartier, du côté de Gatineau.

Le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Kevin Arseneau, voit d’un très bon œil de tels événements, hors des terres acadiennes.

«On sent chez plusieurs Acadiens qui ont dû s’exiler pour différentes raisons, ce souci de se rappeler d’où ils viennent. J’ai beaucoup d’amis à Ottawa-Gatineau pour qui c’est aussi l’occasion de se souvenir que le Nouveau-Brunswick leur manque. Alors, si ça peut permettre d’en rapatrier certains, c’est une excellente nouvelle!», sourit-il.

Crédit image : Facebook AARCN

Entre ses nombreux discours entre Caraquet et Moncton, M. Arseneau explique à #ONfr que si pour certains le tintamarre revêt un aspect avant tout folklorique, il est aussi un événement politique, qui permet, depuis la réactualisation de cette tradition en 1979 pour le 375e anniversaire de l’Acadie, de faire passer des messages.

«Déjà, d’avoir choisi le 15 août pour célébrer notre Fête nationale et non le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, c’est déjà un geste politique, car cela nous définit comme un peuple distinct. Et puis, un tel événement force les politiciens à reconnaître et à souligner le travail que nous avons fait sur le terrain tout au long de l’année. C’est aussi une occasion de se rassembler pour mener une grande réflexion collective. Dans mon discours d’aujourd’hui, je rappelle que fêter le 15 août, c’est bien, mais qu’il faut aussi célébrer notre fierté tous les autres jours de l’année.»

 

D’un peuple silencieux à «bruyant»

Le directeur général de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques à l’Université de Moncton, Éric Forgues partage l’avis de M. Arseneau, citant le travail du professeur de l’Université Cap Breton, Ronald Labelle, sur le sujet.

«Ronald Labelle parle d’une nouvelle tradition qui tire son origine du charivari, qui était une forme de sanction populaire en Acadie. Les gens se réunissaient pour faire du tapage autour d’une maison d’une famille qui avait transgressé une norme sociale. Aujourd’hui, c’est un moment festif, mais peut-être que le tintamarre, au-delà de son caractère festif, a gardé quelque chose du charivari en voulant déranger les voisins majoritaires qui ne font pas la vie facile aux Acadiens. Mais ce qu’il faut surtout retenir c’est que cette fête populaire a un sens pour la population acadienne qui participe massivement, qui affiche ses couleurs et qui se fait entendre. C’est bon signe. C’est signe que l’appartenance et l’identité acadiennes ont un sens pour la population.»

Pour le spécialiste en droits linguistiques, l’acadien Michel Doucet, le tintamarre marque une nouvelle fierté chez les Acadiens, même s’il regrette que celle-ci ne s’affiche souvent qu’à l’occasion du 15 août.

«Le tintamarre est un événement à la fois culturel et politique. Je me souviens que dans ma jeunesse, on faisait une parade classique. La communauté acadienne était alors assez silencieuse. Aujourd’hui, on s’organise dans de nombreuses communautés, y compris à l’extérieur des provinces de l’Atlantique, pour célébrer sa fierté acadienne et faire connaître sa présence en faisant du bruit. Même les médias majoritaires anglophones ont désormais entendu parler du tintamarre. Le problème, c’est que cette fierté est souvent oubliée dès le lendemain.»

 

Célébrer avant tout

Installée dans la région d’Ottawa depuis 17 ans, Isabelle Décarie, originaire d’Edmundston, ne sait pas encore si elle ira au rassemblement de ce mardi. Même si elle est membre et participe aux activités de l’Association acadienne de la région de la capitale nationale (AARCN), pour elle le tintamarre est avant tout un événement culturel.

«Ça permet surtout de se retrouver entre amis et de célébrer nos racines et notre culture, un peu comme le 25 septembre pour les Franco-Ontariens. On affiche nos couleurs! C’est important, car tout le monde ne connait pas la présence du français dans les provinces de l’Atlantique, ni ne sait que le Nouveau-Brunswick est officiellement bilingue.»

«C’est un peu intimidant de faire un tintamarre à Ottawa car on n’est pas chez nous et les gens se demandent parfois ce qu’on fait» – Marie Hélène Eddie, acadienne d’Ottawa

La porte-parole de l’AARCN, Marie Hélène Eddie, considère que si le peuple acadien est un peuple assez politisé, le 15 août est surtout là pour célébrer.

«Que ce soit à Caraquet ou à Ottawa, je pense que le tintamarre n’est pas un événement politique. C’est surtout un jour de célébration, l’occasion de fêter le fait que nous sommes encore là et que nous continuons de parler le français.»

Résidente d’Ottawa depuis neuf ans, Mme Eddie reconnaît toutefois que de faire démarrer le tintamarre depuis la colline du Parlement à Ottawa n’est pas anodin, tout en assurant que ce choix n’a rien de politique. Partenaire de l’événement organisé exceptionnellement cette année par la Fondation pour le dialogue des cultures dans le cadre du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, son association, qui touche plus de 600 personnes, précise-t-elle, n’a rien de politique et organise uniquement des activités sociales et culturelles.

«À Ottawa, il n’y a pas de combats politiques propres aux Acadiens. Pour ça, on se greffe plutôt aux revendications franco-ontariennes comme le dossier d’Ottawa bilingue ou de l’Université franco-ontarienne.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.