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Le temps des tests

Le gouvernement ontarien a renouvelé pour un an l’enveloppe dédiée à accroître l’offre de programmes postsecondaires en français dans les régions du centre et du sud-ouest de la province. Crédit image: Archives, #ONfr

[CHRONIQUE]
Entre la fin mars et le début juin a lieu la joyeuse période des examens provinciaux dans nos écoles élémentaires et secondaires. De la mathématique aux compétences linguistiques, tout y passe pour les élèves de 3e, 6e, 9e et 10e année qui doivent passer ces examens qui servent notamment à faire un contrôle de leurs connaissances et à classifier les écoles de la province.

SERGE MIVILLE
Chroniqueur invité
@Miville

À en croire l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE), les tests provinciaux qu’il organise contribuent énormément au succès scolaire de nos élèves et à la transparence des conseils scolaires. Ils forcent les écoles à viser l’excellence et à maintenir un haut calibre dans la qualité de l’éducation des enfants en Ontario. Yeah right.

La réussite pour le test provincial de compétences linguistiques (TPCL) qui est administré depuis 1999-2000 est remarquable. Nos écoles de langue française en particulier semblent être douées pour ces exercices. Le taux de réussite à Sudbury oscille entre 75% du côté public et 82% du côté des écoles catholiques. Par contre, au sud de la province, le conseil Viamonde de Toronto affiche un taux de succès de 90% et le conseil catholique de la même région… de 91%! Ottawa, ne voulant jamais être doublée par ses confrères, affiche un taux de réussite de 91% pour le public et de 92% pour le catholique. Nous sommes de véritables génies!

J’ai une confession à faire: j’ai fait le test en 2002. Je me souviens avoir été extrêmement stressé. Je l’ai réussi et ce, alors que je ne savais pas faire la différence entre ses, ces, c’est, s’est et sait. Laissez faire le participe passé et les auxiliaires, c’était du chinois. Si j’ai appris à écrire, c’est que l’université m’a forcé à rattraper le temps perdu.

Je viens également de passer un semestre à enseigner au niveau universitaire. J’ai donc, dans mes cours, les enfants de ces examens. Je constate alors qu’il y a visiblement un écart entre les performances épatantes de nos élèves de secondaire à l’examen provincial et leur capacité à communiquer lorsqu’ils arrivent à l’université. La qualité de la rédaction laisse beaucoup à désirer et les étudiants ont beaucoup de difficulté à comprendre de courtes lectures. Je les comprends. J’ai traversé les mêmes difficultés, en dépit d’un examen qui dénote notre brillance collective.

 

Comment expliquer cet écart?

Récemment, certains entrepreneurs, estimant que les professeurs ne faisaient pas bien leur boulot, ont affirmé qu’il est nécessaire d’imposer des examens standardisés à travers les universités afin que l’on forme adéquatement les étudiants qui vont sortir avec un diplôme en main.

Attendez une minute… Je croyais que le TPCL devait améliorer la qualité de l’éducation! N’avons-nous pas des résultats éclatants?

Il ne faut pas se leurrer: les tests standardisés sont un mauvais moyen d’effectuer un contrôle des connaissances. Ils forcent un enseignement qui se structure autour de la prise de l’examen et augmente les niveaux de stress du côté des enseignants et des élèves. Il existe un énorme écart entre les compétences de l’élève et la réussite du TPCL. Le test est devenu davantage un moyen de classification des «meilleures» écoles, plutôt qu’un outil de formation. C’est un échec lamentable.

Arrivé à l’université, l’étudiant qui a passé sa vie à se faire enseigner pour réussir quelques examens vit un choc: il doit réapprendre à apprendre. Il doit retourner à ses bases en écriture, en lecture et développer un sens critique qui lui a été sapé au cours de son enseignement au secondaire. Si les employeurs ne sont pas heureux avec nos diplômés, il faut peut-être regarder l’ensemble du système avec un œil critique.

La province, en créant un monstre qui s’obsède à classifier les écoles et les conseils scolaires devrait peut-être retourner en classe et revoir sa méthode. Car, enfin, ce sont les élèves qui en souffrent.

 

Serge Miville est docteur en histoire et chargé de cours en histoire à l’Université Laurentienne.

Note: Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que son auteur et ne sauraient refléter la position de #ONfr et du Groupe Média TFO.