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Le programme Mobilité francophone suscite de l’intérêt

Des employeurs et des organismes communautaires francophones ont participé à une session d'information sur le programme Mobilité francophone, le 9 juin, à Ottawa. Benjamin Vachet

OTTAWA – À peine lancé le 1er juin, le nouveau programme visant à faciliter l’immigration francophone hors Québec suscite déjà de l’intérêt de la part des communautés francophones en situation minoritaire. Plusieurs d’entre elles, en Ontario et dans les provinces de l’Atlantique, accueilleront une première série de sessions d’information dans les prochaines semaines.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«Beaucoup d’employeurs m’ont dit: «J’ai entendu parler du programme Avantage significatif francophone quand il a été coupé»», lance la coordonnatrice du Réseau de soutien à l’immigration francophone de l’Est de l’Ontario (RSIFEO), Brigitte Duguay Langlais.

Pour éviter pareille mésaventure, plusieurs organismes et employeurs sont venus en apprendre davantage sur le nouveau volet Mobilité francophone, jeudi 9 juin, au Centre de services communautaires-Vanier, à Ottawa.

Version modernisée du défunt programme Avantage significatif francophone, Mobilité francophone permet aux candidats à l’immigration francophone d’obtenir un permis de travail temporaire, pour toute la durée de leur contrat de travail, dans différents domaines, dans les provinces et territoires autres que le Québec, sans condition d’âge, ni de nationalité.

Pour l’employeur, le programme permet de recruter temporairement des travailleurs qualifiés par l’entremise d’une procédure plus simple, plus rapide et moins coûteuse. Le programme exonère les employeurs de l’Étude d’impact sur le marché du travail (EIMT) et de ses frais de 1000$, même si ces derniers devront s’acquitter de frais de conformité de 230$.

Selon l’adjointe principale à la promotion francophone à l’Ambassade du Canada à Paris, Caroline Decloedt, le programme Avantage significatif francophone avait généré un certain intérêt de la part des employeurs et des candidats. Raison sans doute pour laquelle son retour a reçu un très bon accueil.

«On espère que le nouveau programme bénéficiera du même engouement qu’Avantage significatif francophone. C’est un outil qui peut faire naître un intérêt chez les employeurs et permettre aux candidats de se familiariser avec le Canada, pour ensuite devenir de futur résident permanent, puis de futurs citoyens canadiens. Même si c’est sur une base temporaire, c’est une formule qui permet aux candidats de se faire une idée et de savoir s’ils se plaisent ou non au Canada.»

 

Plusieurs options

Le volet Mobilité francophone demeure toutefois une option parmi tant d’autres pour les candidats et employeurs potentiels. En janvier 2015, le gouvernement de Stephen Harper avait lancé Entrée express et son volet Entrée francophone. À ses côtés, on trouve également les programmes de mobilité internationale et Expérience internationale Canada qui constituent d’autres possibilités. S’il peut paraître difficile de s’y retrouver, Mme Decloedt se veut rassurante.

«Oui, il y a beaucoup d’options et différents programmes. C’est justement l’objectif de ce genre de session d’information d’informer les employeurs mais aussi les différents acteurs au sein des communautés francophones des possibilités de recrutement dans nos bassins francophones et de leur parler des outils et du support que l’on peut leur apporter pour essayer d’attirer ces candidats francophones.»

Elle rappelle que des webinaires, des sessions d’information ou des activités comme Destination Canada peuvent également permettre de s’y retrouver.

 

Des universités anglophones intéressées

Conseils scolaires, représentants de collèges et d’universités, organismes d’accueil des nouveaux arrivants, ils étaient une vingtaine de personnes à avoir répondu à l’appel de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada et des Réseaux en immigration francophone (RIF) pour la session d’information à Ottawa.

«Cela peut être utile pour les conseils scolaires, notamment s’ils ne parviennent pas à trouver des enseignantes ou des enseignants qualifiés dans certains domaines ou dans certaines régions», explique Justin Materania, administrateur du Programme des travailleuses et des travailleurs d’établissement dans les écoles pour le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) et pour le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO).

La directrice au Bureau de l’international et des projets spéciaux à l’Université Saint-Paul, Marie Maltais dit s’intéresser de près au nouveau programme et ce, pour deux raisons principales.

«Comme employeur, nous nous y intéressons pour recruter des professeurs francophones dans des domaines spécialisés. Comme université, nous sommes sur la ligne de front quand nos étudiants internationaux nous posent des questions pour demander leur résidence permanente. Nous voulons donc pouvoir les aider et les guider.»

Plus surprenant, une représentante de l’Université Queen’s, à Kingston, avait elle aussi fait le déplacement à Ottawa.

«Nous sommes très intéressés par ce nouveau volet Mobilité francophone, comme nous l’étions par Avantage significatif francophone avec lequel nous avions transigé. C’est un programme utile pour nous permettre de recruter des professeurs francophones qui voudraient enseigner à Queen’s. Même si nous sommes une université anglophone, nous avons un programme d’internationalisation et pour ce dernier, ce que nous recherchons avant tout, ce sont des experts, les meilleurs candidats, pour aider nos étudiants à mieux comprendre le monde. Il y a beaucoup de gens qui parlent le français dans de nombreux pays, c’est donc important pour nous d’aller recruter les meilleurs», explique la coordonnatrice au soutien et au recrutement facultaire, Monica Stewart.

Mme Stewart explique que d’autres universités sont elles aussi intéressées par ce programme. Elle souhaiterait qu’un webinaire soit organisé avec toutes les universités du Canada.

«Pour un employeur, les candidats francophones peuvent ouvrir d’autres marchés et apporter une plus-value», souligne Mme Decloedt.

 

Une sensibilisation à faire

Toutefois, si la sensibilisation auprès des employeurs est importante, celle auprès des candidats l’est tout autant, précise Mme Decloedt. Car nombre d’entre eux sont encore très axés sur le Québec.

«Le bassin de candidats francophones est assez vaste, que ce soit dans les bureaux de Paris, Tunis, Dakar ou encore, Rabat et Londres. Il est vrai que beaucoup privilégient encore le Québec. Cependant, on remarque qu’il commence à y avoir un intérêt de certains d’entre eux pour aller voir ailleurs, notamment pour ceux qui veulent améliorer leur anglais tout en ayant la possibilité de vivre en français. Ça commence à se savoir qu’il y a des communautés francophones hors Québec, mais le travail de sensibilisation doit se poursuivre!»

Bien que le nouveau programme vise à encourager les francophones à venir s’installer dans les communautés de langues officielles en situation minoritaire, Mme Decloedt reconnaît que le bilinguisme est un atout important, sinon essentiel, pour ces candidats, ce qui pourrait en freiner un certain nombre.

«On leur suggère d’être au moins fonctionnels en anglais car ils vont en avoir besoin dans leur travail et que les offres d’emploi qui seront disponibles via Mobilité francophone risquent souvent d’être pour des candidats bilingues. Mais le but du jeu, c’est aussi que ces nouveaux arrivants puissent continuer à vivre en français au sein des communautés francophones en situation minoritaire, puis qu’ils s’installent.»

Pour encourager et favoriser cette installation, plusieurs intervenants réclament d’ores et déjà au gouvernement de revoir certains aspects du nouveau programme.

«Il y a quand même un problème avec ce programme. Quand nous faisons venir une personne sans EIMT, cela fait en sorte qu’elle obtient moins de points ensuite pour demander sa résidence permanente. Je pense que cela devrait être revu pour s’assurer que les personnes restent au Canada. J’espère que le gouvernement va regarder ça, car ce sont des personnes qui sont déjà là, qui ont travaillé ici, il faut faciliter leur installation quand ils veulent rester», note Mme Stewart.

La session d’information à Ottawa fait partie d’une première série qui se poursuivra dans les prochaines semaines en Ontario et dans les provinces de l’Atlantique. Organisées en collaboration avec l’Ambassade du Canada à Paris, d’autres auront lieu notamment à North Bay, à Sudbury, à Dryden et à Thunder Bay, en Ontario, à Halifax, en Nouvelle-Écosse, à Saint-Jean de Terre-Neuve, à Fredericton et à Moncton, au Nouveau-Brunswick et à Summerside, à l’Île-du-Prince-Édouard.

«Notre objectif est de renseigner les employeurs sur la possibilité de bénéficier d’un recrutement facilité de travailleurs qualifiés francophones et bilingues pour certaines catégories d’emploi, sur l’accompagnement qu’ils peuvent recevoir tout au long du processus de recrutement, et aussi sur ce que nos communautés peuvent offrir aux nouveaux arrivants en termes d’accueil social et culturel », souligne la présidente de la FCFA, Sylviane Lanthier.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.