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Le harcèlement dans la mire de Queen’s Park

TORONTO – L’affaire Ghomeshi a des échos jusqu’à l’Assemblée législative de l’Ontario, où une députée de l’opposition réclame la création d’un comité non-partisan pour rendre compte du harcèlement dans les milieux de travail de la province.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

«Nous avons besoin d’un comité spécial pour comprendre les raisons pour lesquelles (…) des femmes n’osent pas se manifester lorsqu’elles sont victimes de harcèlement sexuel au travail», a fait valoir la progressiste-conservatrice Laurie Scott à la sortie de la période de questions à Queen’s Park, le mercredi 5 novembre.

La saga de l’ex-animateur vedette de radio Jian Ghomeshi, sur qui pèsent plusieurs allégations d’agressions sexuelles, certaines vieilles d’une dizaine d’années, montre à quel point le harcèlement au travail est un tabou depuis trop longtemps, selon Mme Scott.

L’élue de la région de Kawartha affirme que le harcèlement gangrène la fonction publique provinciale autant que tout autre milieu de travail. Elle dénonce, par exemple, qu’un procureur-adjoint de la région de Peel visé par des allégations de harcèlement au travail ait pu démissionner et encaisser une prime de départ de 180 000 $ sans faire l’objet d’une enquête.

«Les règles actuelles ne sont clairement pas suffisantes», a fustigé Mme Scott.

Aucun écart toléré

Le gouvernement libéral à Queen’s Park n’a pas immédiatement acquiescé à la création d’un comité spécial sur le harcèlement, le 5 novembre. La première ministre Kathleen Wynne a tout de même indiqué qu’à sa demande, la fonction publique avait entrepris «une révision de ses politiques» en matière de harcèlement.

«Aucun écart ne sera toléré», a signalé Kevin Flynn, ministre du Travail.

Au même moment, à Ottawa, le chef libéral fédéral Justin Trudeau expulsait les députés Scott Andrews et Massimo Pacetti de son caucus dans la foulée d’allégations sérieuses d’«inconduite» formulées à leur endroit par deux députées néo-démocrates.

La situation aux Communes a donné une proximité inattendue au débat sur le harcèlement à Queen’s Park. Les élus ontariens se sont retrouvés, eux aussi, à se questionner sur la manière dont ils réagiraient à des allégations d’inconduite grave au sein même de leur groupe. «C’est un enjeu important dont notre caucus va devoir discuter», a fait savoir la députée libérale provinciale Daiene Vernile.

Mauvais souvenirs

Mme Vernile, une ancienne présentatrice à l’antenne régionale de CTV à Kitchener, aurait elle-même été victime de harcèlement au début de sa carrière. L’affaire Ghomeshi lui ramène de mauvais souvenirs, dit elle.

«Certaines choses qui ont été dites ou qui se sont produites étaient très inappropriées. Mais à l’époque, dans les années 1980, tout ça semblait normal. Il y avait très peu de femmes dans le métier», a raconté Mme Vernile. «J’espère que (ce débat) n’est pas qu’une nouvelle de dernière heure. J’espère que dans six mois, dans un an, les victimes de harcèlement sauront se manifester et non pas ravaler comme je l’ai fait, à l’époque, pour garder mon emploi».

Les choses seraient, par contre, «très différentes aujourd’hui» dans l’industrie de la télévision, selon la nouvelle élue de Kitchener-Centre.

La troupe néo-démocrate, elle, insiste sur la clarté du message.

«Il faut que ce soit clair pour les gouvernements, à tous les niveaux, que le harcèlement sexuel n’est pas acceptable. Je ne suis pas certaine que le message passe, en ce moment», a confié la chef de la deuxième opposition Andrea Horwath à #ONfr. «Nous parlons de la formation d’un comité, entre autres. Mais nous n’avons pas besoin d’un comité pour que ce soit tolérance zéro quant au harcèlement au travail. Il suffit que les choses soient claires et bien comprises».

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org