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Le difficile chantier des arts et de la culture francophone

L'artiste franco-ontarienne Mélanie Brûlée sur la scène du Festival de la Curd de Saint-Albert, dans l'Est ontarien. Archives #ONfr

[ANALYSE]

OTTAWA – Derrière le bilinguisme officiel, l’université franco-ontarienne, et l’immigration, le dossier des arts et de la culture francophone en Ontario est souvent méconnu. Pour ne pas dire relayer parfois en bas de la liste des priorités.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

C’est justement les raisons qui ont poussé l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) à la publication d’un Livre blanc sur la question. L’équivalent en somme d’États généraux sur un thème précis. L’AFO avait déjà mené l’exercice dans le domaine de la santé en français (2014), et plus récemment sur celui sur l’immigration.

Plus connu pour ses notes de guitare, Éric Dubeau s’est attelé à la tâche de la rédaction du document de 38 pages sur les arts et la culture, dévoilé jeudi.

Premier constat: l’artiste originaire de Penetanguishene n’y va pas avec le dos de la cuillère. «La situation a dégringolé depuis dix ans». Le portrait est froid et alarmiste pour les plus de 3 000 artistes franco-ontariens répertoriés dans l’étude. Aux antipodes des discours de la «francophonie plus vivante que jamais» répétés (trop) souvent à foison dans les événements. Si rien n’est fait, les arts et la culture francophone, disparaitront, sous-entend M. Dubeau.

On ne peut que donner raison au consultant tant le portrait est bien loin du «star système» et de la scène des différents festivals. À l’exception de Véronic DiCaire ou Damien Robitaille, la plupart des chanteurs franco-ontariens doivent compiler une, voire deux «jobs alimentaires» à côté, pour survivre.

Une situation de précarité qui prend sa source de manière double. Financier d’abord, puisque les sommes accordées aux francophones par le Conseil des arts de l’Ontario ont baissé de plus de 20 % sur les six dernières années. Ces octrois constituent bien souvent des bouées de sauvetage.

Politique ensuite, car les lois jouent bien souvent contre les Franco-Ontariens. Les éditeurs et librairies franco-ontariens sont souvent démunis face aux conseils scolaires et écoles francophones de l’Ontario tentés d’effectuer leurs achats sur internet ou tout bonnement au Québec.

 

Une volonté politique importante

Dans ces conditions, il apparaît clairement que la volonté politique est primordiale pour réaliser les recommandations du rapport (soutien des artistes, l’élargissement du réseau, le «rayonnement» des produits culturels francophone, etc.)

Le Livre blanc peut-il dès lors parler aux différents paliers gouvernements? L’AFO le présentera rapidement à la ministre de la culture ontarienne. Pour convaincre le gouvernement d’agir, l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens devra se montrer clair et précis dans ses revendications.

En 2014, il avait fallu se pencher sur le Livre blanc sur la santé de l’AFO pour bien lire le souhait d’une carte santé affichant la langue de préférence. Un dossier toujours au point-mort trois ans plus tard…

 

Le patrimoine absent du rapport

Reste les absences du rapport de M. Dubeau. On s’attarde avec raison sur les artistes, mais sans mention directe pour d’autres substrats de la culture franco-ontarienne. C’est le cas du patrimoine religieux, désespérément oublié par les élus et organismes, à l’heure où les églises francophones disparaissent, faute de moyen de survie. «Les besoins et les préoccupations nécessiteraient un traitement particulier», écrit quand même le consultant.

Inutile pourtant de jeter la pierre sur l’AFO. Il s’agit ici moins d’un manque d’intérêt que d’un manque de temps. Sur le terrain, les ressources sont bien souvent manquantes aux organismes pour illustrer leur cri du cœur. Le temps continue de passer, et on commence à craindre après tout que lire ou écouter de la musique franco-ontarienne dans cinquante ans pourrait devenir un fait inusité.

 

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 17 juin. 

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.