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Le député franco-ontarien Mauril Bélanger s’éteint à 61 ans

OTTAWA – Le député franco-ontarien, Mauril Bélanger, est décédé lundi 15 août, à l’âge de 61 ans. L’ancien ministre du gouvernement libéral de Paul Martin souffrait de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), une maladie incurable connue sous le nom de maladie de Charcot qui lui avait été diagnostiquée en novembre 2015. Très affaibli, il avait dû s’absenter à plusieurs reprises de la Chambre des communes, ces derniers mois, afin de suivre des traitements médicaux.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Élu pour la première fois lors d’une élection partielle en février 1995, Mauril Bélanger avait auparavant occupé différents postes dans les secteurs public et privé. Adjoint du ministre Jean Luc Pépin, au début des années 1980, il est ensuite devenu courtier en valeurs mobilières puis, au début des années 1990, chef de cabinet du président de la municipalité régionale d’Ottawa-Carleton.

Originaire du village ontarien de Mattawa et diplômé de l’Université d’Ottawa, M. Bélanger s’est fait réélire sept fois par la suite dans la circonscription d’Ottawa-Vanier. Lors des élections de 2015, il l’a emporté avec 57,6% des voix.

 

Un grand défenseur de la dualité linguistique

Ardent défenseur de la dualité linguistique du Canada et de l’unité nationale, M. Bélanger a occupé le poste de ministre responsable des langues officielles de 2004 à 2006 et de nombreuses fonctions parlementaires au sein du gouvernement libéral de Paul Martin, dont celles de ministre du Commerce intérieur, de ministre associé de la Défense nationale, de leader adjoint du gouvernement à la Chambre des communes ou encore, de ministre responsable de la réforme démocratique.

Des acteurs sociaux et politiques de la francophonie canadienne ont été nombreux à lui rendre hommage quelques minutes après l’annonce de son décès. La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, qui lui avait remis le prix Boréal en juin dernier, a parlé d’une grande perte.

Monick Corriveau de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO) l’a décrit comme un «grand défenseur de la francophonie», alors que le président de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), Carol Jolin, a parlé de la disparition d’un «grand homme».

 

Hommage unanime de la classe politique

Cofondateur de l’Association parlementaire Canada-Afrique et en 2005, M. Bélanger avait reçu le grade de Commandeur de l’Ordre de la Pléiade, un ordre de la Francophonie qui reconnaît les contributions apportées à l’amitié et à la coopération internationales.

Toujours déterminé à faire avancer les dossiers qui lui tenaient à cœur, même malade, M. Bélanger s’était battu ces derniers mois, lors de la première session de la 42e législature, pour faire modifier la version anglaise de l’hymne national afin de le rendre neutre sur le plan du genre, remplaçant les paroles anglaises «True patriot love in all thy sons command» par «True patriot love in all of us command».

Le premier ministre Justin Trudeau n’a pas tardé à réagir sur Twitter.

Dans une déclaration écrite, M. Trudeau a poursuivi: «Mauril a été au service des gens d’Ottawa-Vanier pendant plus de 20 ans et a défendu inlassablement les droits des francophones, l’unité nationale, en plus de promouvoir une société équitable et juste pour tous.»

La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a quant à elle promis de prendre le flambeau en matière de langues officielles.

Le porte-parole du Parti conservateur en matière de langues officielles, Bernard Généreux a lui aussi réagi à l’annonce de la disparition de M. Bélanger.

L’opposition néodémocrate a rendu hommage au courage du député franco-ontarien par la voix de son chef Thomas Mulcair.

D’autres adversaires politiques ont aussi partagé leur tristesse suite à cette annonce, dont Marilène Gill, député de Manicouagan pour le Bloc québécois.

En Ontario, le chef du Parti progressiste-conservateur et ancien député fédéral, Patrick Brown, a lui aussi salué le travail de M. Bélanger.

 

Bâtisseur communautaire

Dans sa circonscription, M. Bélanger a été particulièrement actif auprès de la communauté haïtienne pour laquelle il a initié la création des bourses d’études à l’Université d’Ottawa et à l’Université du Québec en Outaouais. Il a également contribué à lever des fonds pour le collège La Cité, le musée de l’aviation du Canada, l’Université d’Ottawa, Centraide ou encore la Nouvelle Scène, dans la région de la capitale nationale. Il a aussi travaillé à la mise en œuvre d’un programme pour jeunes toxicomanes francophones à la Maison Fraternité, dans le quartier de Vanier et s’est également battu pour faire du cimetière Beechwood, un cimetière national.

Fier franco-ontarien, il s’est également impliqué dans le grand rassemblement pour la sauvegarde de l’hôpital Montfort le 22 mars 1997.

Des citoyens franco-ontariens ont d’ailleurs tenu à rappeler le riche héritage politique du défunt sur Twitter. Plusieurs ont souligné le caractère combatif de Mauril Bélanger et son désir de faire avancer le fait français tant en Ontario que dans le reste du pays.

«Mauril est un vrai bâtisseur communautaire! Dès qu’il voit un besoin, il se met à la tâche pour remplir ce besoin-là. (…) Je me souviens quand je travaillais avec lui pour ouvrir le centre de désintoxication pour les jeunes, ici dans la région d’Ottawa. Nous avions des défis financiers, il manquait de l’argent. Et soudainement, Mauril s’est associé avec le chef de police d’Ottawa pour lancer une grande campagne de financement et alors, l’argent est arrivé. C’est quelqu’un de très tenace quand il veut quelque chose. Il ne lâche pas prise!», racontait récemment à #ONfr la députée provinciale démissionnaire dans Ottawa-Vanier, Madeleine Meilleur.

À l’échelle nationale, M. Bélanger a fait la promotion d’un Canada uni, en organisant l’envoi de bus à Montréal pour encourager les Québécois à dire «oui» à un pays uni d’Est en Ouest, lors du référendum de 1995. Il s’est également investi pour moderniser le fonctionnement du Parlement et en 2015, a mis sur pied une campagne pour souligner les 50 ans du drapeau canadien en faisant confectionner et distribuer des affiches expliquant son histoire à 13000 élèves.

Proche de M. Bélanger, le sénateur Jim Munson confiait à son sujet à #ONfr: «Nous sommes un pays de petites communautés avec de grands rêves. Et c’est exactement ce qu’est Mauril Bélanger, un homme qui vient d’une petite communauté et qui a des grands rêves pour sa communauté franco-ontarienne et pour son pays. Il a hérité de cet esprit de bagarreur pour défendre les valeurs canadiennes et les droits des minorités linguistiques. Mauril Bélanger avait de grands rêves, il les a réalisés.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a travaillé en France, avant de poursuivre sa carrière au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.