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Le Commissaire Boileau aura la santé dans sa mire en 2016


TORONTO – Le Commissaire aux services en français de l’Ontario, Me François Boileau, se prépare à une année chargée en matière de défense des francophones. Les citoyens de langue française voient encore trop souvent leurs droits bafoués lorsque vient le temps de recevoir des services dans leur langue, rapporte-t-il.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

En 2016, François Boileau passera bien du temps à enquêter sur le domaine de la santé. «La santé, ça touche tous les citoyens. Ma priorité est d’axer mon travail vers les populations vulnérables, qu’on parle de gens âgés ou de gens nouvellement arrivés», a-t-il confié lors d’un récent entretien avec #ONfr.

Des transformations majeures sont en train de se dérouler dans ce domaine et il est nécessaire de s’assurer que les nouveaux acteurs prennent leur responsabilité, insiste M.Boileau.

Le gouvernement de l’Ontario et son ministère de la Santé misent de plus en plus sur des acteurs privés. Ces organisations qui offrent des soins pour le compte de l’État doivent aussi offrir des services en français. A-t-on maintenant moins de contrôle sur la qualité de l’offre en français de ces organisations alors qu’elles agissent avec plus d’indépendance?

«On doit en avoir un. Il y a des obligations légales. Ça fait partie de mon mandat de s’assurer que lorsqu’on délègue à quelqu’un d’autre, qu’on s’assure que cette autre organisation puisse offrir des services en français de qualité», explique M. Boileau. À ce sujet, il compte faire des efforts pour encourager davantage l’offre active de services dans la langue de Molière au cours des prochains mois.

Autre dossier clé en santé sur le radar du commissaire: l’hôpital de Penetanguishene. «On continue notre enquête. On va déposer notre rapport au début de 2016», a-t-il révélé à #ONfr. Rappelons que l’institution hospitalière doit fermer ses portes au cours des prochains mois. Seul hic : un hôpital partiellement désigné en vertu de la Loi sur les services en français ne peut pas ainsi disparaître de la carte du jour au lendemain.

Bon nombre d’acteurs attendent le rapport du commissaire avec impatience. Le gouvernement Wynne a déjà indiqué qu’il ne prendrait pas de décision dans ce dossier avant le dépôt du document. Des acteurs francophones de la Baie Georgienne dénoncent la fermeture, alors que d’autres misent sur l’ouverture d’un nouveau carrefour en santé pour que l’offre de soins de santé en français se poursuive.

 

Justice en français

Obtenir des services en français dans le monde de la justice en Ontario? Pas simple. En mai 2015, un projet pilote a été lancé au palais de justice d’Ottawa pour tenter de diminuer les obstacles auxquels les francophones peuvent être confrontés dans les tribunaux. Les recommandations passées du Commissaire Boileau dans le domaine de la justice ont été à l’origine de plusieurs des initiatives mises de l’avant, ici. «On veut que ça soit transformateur ailleurs dans la province, notamment dans les tribunaux administratifs», explique-t-il.

La question des juges bilingues est aussi dans sa mire et il compte bien en discuter à nouveau en 2016 avec son homologue fédéral, Graham Fraser.

François Boileau fait savoir que l’éducation et l’immigration seront aussi des domaines sous la loupe de ses enquêteurs. Il compte faire des efforts importants avec son équipe pour obtenir encore davantage de rétroaction de la population sur les problématiques dans ces sphères, mais aussi d’autres domaines de la vie en société. «On veut essayer de comprendre comment on peut aller chercher certaines clientèles plus fragiles et précaires, comme les aînés», dit-il.

Leurs plaintes et les échanges que ces citoyens ont avec le Commissariat peuvent avoir un réel impact sur la place du français dans la province, souligne M. Boileau.

Il préfère ne pas révéler les ministères et organismes gouvernementaux qui font l’objet du plus grand nombre de plaintes. Un tel classement offrirait un portrait incomplet de la situation, dit-il. «Dans le secteur de l’enfance, on reçoit relativement peu de plaintes. Car quel enfant en bas âge va se plaindre? Ça demeure néanmoins une priorité pour moi, car on parle d’une clientèle très vulnérable et qui a de grands besoins», explique le Commissaire.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.