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Le climat, pièce maîtresse du budget

L’Ontario s’est donné pour objectif de réduire ses émissions de GES à 80 % en-deçà de ce qu’elles étaient en 1990 d’ici 2050. Pixabay

TORONTO – La stratégie de l’Ontario pour combattre le changement climatique entraînera des hausses du prix de l’essence et des combustibles à chauffage pour les ménages de la province, alors qu’une centaine d’industries polluantes auront droit à un laissez-passer d’un an pour s’adapter à une «nouvelle économie» du carbone.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

Ce plan «vert» de 1,3 milliard $ sera selon toute vraisemblance la pièce maîtresse du prochain budget de la province, qui sera déposé hâtivement jeudi 25 février. Des initiatives totalisant plus de 300 millions $, notamment des programmes de rénovations écoénergétiques, ont déjà été annoncées depuis décembre.

«Lorsqu’on donne un prix au carbone, ça crée beaucoup de gains d’efficacité. Oui, le prix des produits polluants va augmenter un peu. Mais les tarifs d’électricité vont baisser un peu aussi», a déclaré Glen Murray, ministre de l’Environnement et de l’Action contre le changement climatique, à la veille du budget. «L’argent sera recyclé dans notre économie. Nous pourrons investir pour rendre la vie des gens moins dispendieuse.»

On sait depuis environ un an que l’Ontario souhaite rejoindre un marché du carbone fonctionnant selon un système de plafonnement et d’échanges – communément appelé cap and trade – avec le Québec et l’État américain de la Californie.

Queen’s Park établirait le prix minimum du carbone à 17$ la tonne.

Le gouvernement fédéral de Justin Turdeau suggère, pour sa part, un prix minimum de 15$ la tonne dans ses négociations avec les provinces pour l’élaboration d’une stratégie nationale de lutte contre le changement climatique.

Les libéraux de l’Ontario estiment que l’adhésion de la province à un marché du carbone fera augmenter le prix de l’essence d’environ 4,3 ¢ le litre et les factures de chauffage d’environ 6$ en moyenne par mois. Ils misent cependant sur leurs programmes «verts», comme des subventions pour des rénovations écoénergétiques ou des incitatifs à l’achat d’un véhicule électrique, pour amortir ces coûts.

Une centaine de grandes industries, comme des producteurs de ciment, par exemple, seront toutefois exemptées «temporairement» du système de plafonnement et d’échanges. Ces industries pourront continuer à rejeter dans l’atmosphère les mêmes niveaux de gaz à effet de serre (GES) en 2017, mais devront réduire graduellement leurs émissions polluantes d’ici 2020.

«Ce n’est pas une exemption permanente. Le Québec et la Californie l’ont fait aussi pendant que leurs industries vivaient une transition (vers une économie plus «verte») pour protéger des emplois. Il faut que nos industries demeurent compétitives face aux industries dans d’autres juridictions qui n’ont pas encore adhéré à un marché du carbone», a précisé Glen Murray à la presse parlementaire.

L’Ontario s’est donné pour objectif de réduire d’ici 2050 ses émissions de GES à 80% en-deçà de ce qu’elles étaient en 1990.

L’opposition à Queen’s Park est demeurée sur ses gardes après le dévoilement partiel du plan des libéraux pour lutter contre le changement climatique, mercredi 24 février.

«Le problème, c’est que le gouvernement choisit les gagnants et les perdants. Ça crée de l’incertitude au sein de l’entreprise privée», a fait valoir le député progressiste-conservateur Victor Fedeli à sa sortie de la Législature. «Ajoutons ça aux tarifs d’électricité les plus élevés en Amérique du Nord et les impôts sur les salaires les plus élevés au Canada.»

«Nous avons toujours été d’accord avec un système de plafonnement et d’échanges», a rappelé à son tour la chef néo-démocrate Andrea Horwath. «Mais nous voulons qu’il soit transparent, qu’il soit juste et qu’il soit efficace. Je ne suis pas certaine que (le système proposé) soit juste, transparent ou même efficace. Il y a encore bien des questions dans les airs.»

 

Déficit

Alors que l’économie demeure fragile et qu’Ottawa replonge volontiers dans le rouge, les responsables des finances à Queen’s Park devront expliquer, dans leur prochain budget, le 25 février, comment ils comptent finir d’abattre un déficit de 7,5 milliards $ d’ici 2018 sans lever le pied sur les dépenses.

Le grand argentier Charles Sousa devrait annoncer, sans surprise, une troisième tranche d’un vaste plan de 130 milliards $ sur dix ans pour l’infrastructure ontarienne. Il ne prévoirait, cette fois-ci, outre la privatisation du fournisseur d’électricité Hydro One déjà enclenchée l’an dernier, aucune vente de biens publics pour financer ses grands chantiers.

La trésorerie provinciale devrait aussi donner les fins détails d’un projet de régime d’épargne-retraite, qui serait mis en branle en 2018, soit un an plus tard que prévu, à moins d’une entente d’ici là avec le gouvernement fédéral pour une bonification suffisante du Régime de pensions du Canada.

M. Sousa allongera, par ailleurs, la première tranche d’un investissement de 100 millions $ sur trois pour enrayer la violence faite aux femmes autochtones, en plus d’une deuxième tranche d’un investissement de 41 millions $ sur trois pour contrer la violence et le harcèlement sexuels.

Et après la bière l’an dernier, le budget 2016 de l’Ontario devrait finalement ouvrir aux vins locaux et étrangers les portes de 150 supermarchés de la province.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org