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Le Bloc veut tendre la main aux francophones hors Québec

Le porte-parole aux langues officielles et en matière de francophonie pour le Bloc Québécois, Mario Beaulieu. Courtoisie
Le porte-parole aux langues officielles et en matière de francophonie pour le Bloc Québécois, Mario Beaulieu. Courtoisie

OTTAWA – À plus d’une semaine de la reprise des travaux parlementaires, le Bloc Québécois préparait sa rentrée, jeudi 8 septembre. Et en matière de langues officielles, son objectif est clair: se rapprocher des communautés francophones à l’extérieur du Québec.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Le porte-parole aux langues officielles et en matière de francophonie pour le Bloc Québécois, Mario Beaulieu, le reconnaît: les relations entre le mouvement indépendantiste et les communautés francophones à l’extérieur du Québec n’ont pas toujours été évidentes. Mais aujourd’hui, son parti veut leur tendre la main.

«Nous avons déjà commencé à recréer le lien et il faut accélérer le pas. Nous avons des points qui nous rassemblent, dont le principal: la défense du français. Il y a une baisse constante de notre langue au Québec et au Canada et une forte augmentation du bilinguisme individuel chez les francophones qui ne se traduit pas chez les anglophones. Cela prouve que la politique linguistique héritée de Trudeau père ne fonctionne pas!»

Le Bloc Québécois compte entreprendre prochainement une tournée afin de rencontrer les communautés francophones en milieu minoritaire et leurs organismes porte-paroles. Parmi les organismes ciblés, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, bien sûr, mais aussi le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO).

«Nous sommes intéressés par leur projet d’université de langue française en Ontario. C’est une nécessité pour les Franco-Ontariens. Au Québec, la minorité anglophone en compte trois!», juge M. Beaulieu.

La présidente de la FCFA, Sylviane Lanthier, accueille avec intérêt la volonté de l’élu bloquiste.

«Le Bloc Québécois a déjà été l’opposition officielle (en 1993 – ndlr), c’est un parti important qui peut être un allié. Nous sommes toujours intéressés à faire connaître nos enjeux aux partis politiques. Même si nous ne sommes pas d’accord sur tout, il y a des sujets sur lesquels nous pouvons nous entendre. Et cela est vrai pour tous les partis politiques.»

L’ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal rêve, un jour peut-être, d’organiser de nouveaux des États généraux du Canada français, comme à la fin des années 60, afin de rétablir cette solidarité entre les communautés francophones du Canada.

«Les Québécois et les communautés francophones en situation minoritaire doivent travailler ensemble. Et le Québec doit les appuyer davantage!», assure-t-il.

Trop longtemps, selon lui, ils ont été opposés par une politique fédérale en matière de langues officielles qui a favorisé les divisions. Aujourd’hui encore, la question des cibles en immigration tente de les éloigner, d’après M. Beaulieu.

«On parle désormais d’une cible de 5% d’immigration francophone hors Québec. C’est une bonne chose de favoriser l’immigration dans les communautés francophones en milieu minoritaire, mais il ne faut pas que cela se fasse au détriment de l’accueil de nouveaux arrivants francophones au Québec! De plus, il faut veiller à ce que ces nouveaux arrivants francophones ne se tournent pas vers l’anglais car sinon cela ne changera rien à la situation du français.»

 

Convergence d’intérêts

Pour lui, les velléités indépendantistes du Bloc Québécois ne doivent en aucun cas être vues comme un risque d’affaiblissement du français au Canada pour les autres communautés canadiennes-françaises.

«Un Québec indépendant aurait d’autant plus de poids pour faire pression sur le Canada et le pousser à traiter sa minorité francophone aussi bien que le Québec traite sa minorité anglophone. Il suffit de voir comment un mouvement indépendantiste fort a favorisé les avancées pour les francophones à l’extérieur du Québec.»

L’ouverture de M. Beaulieu aux communautés francophones en situation minoritaire ne surprend pas Mme Lanthier.

«Je me souviens de l’époque où le chef du Bloc Québécois se rendait dans les communautés francophones et se disait prêt à les appuyer sur certains dossiers. Plus il y a de monde qui comprend notre réalité et nous appuie, mieux c’est! L’idée n’est pas de parler de l’indépendance du Québec mais des enjeux qui concernent nos communautés. Nous avons déjà des liens avec la société civile et le gouvernement québécois, le Bloc Québécois est un autre joueur important.»

 

Rencontre avec Mélanie Joly

M. Beaulieu souhaiterait rencontrer la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, au plus vite afin de lui exposer les idées de son parti en matière de langues officielles et de francophonie.

«Pour l’instant, le gouvernement Trudeau envoie de la poudre aux yeux en matière de langues officielles. Nous voulons rencontrer Mélanie Joly pour lui faire part de nos idées, notamment alors que se tiennent les consultations pancanadiennes sur les langues officielles. La politique linguistique au Canada ne fonctionne tout simplement pas car elle s’appuie sur une approche symétrique entre les communautés de langues officielles en situation minoritaire, là où il faudrait une politique asymétrique en faveur des francophones qui ont beaucoup plus de retard en matière d’institution et de financement que les anglo-québécois.»

Pour l’élu de La Pointe-de-l’Île, il faut renforcer le français là où le nombre le permet.

«Actuellement, on saupoudre de subventions fédérales et de quelques services en français les communautés francophones au Canada, alors que pour véritablement assurer le maintien et l’épanouissement du français, il faudrait en faire la langue commune dans les endroits où on a une masse critique comme au Québec, dans la péninsule acadienne ou dans certaines régions de l’Ontario, par exemple. Dans ces endroits-là, le français doit être la langue principale, sans pour autant enlever la possibilité aux anglophones d’être servis en anglais.»

Une position qui pourrait être mal accueillie par les communautés francophones moins nombreuses, mais M. Beaulieu se défend de vouloir les laisser de côté.

«Ailleurs, il faut plus de services en français, ne serait-ce que comme geste de réparation de la part du gouvernement fédéral, dans le cadre du 150e anniversaire de la Confédération, pour toutes les mesures qui dans l’histoire du Canada ont favorisé l’assimilation et l’anglicisation.»

 

Juges bilingues

Parmi les autres dossiers que M. Beaulieu et son parti suivront avec attention cet automne la question du bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada figure également à l’agenda.

La position du gouvernement de Justin Trudeau, cet été, n’a pas convaincu M. Beaulieu. Pour autant, celui-ci reste réserver à l’idée d’appuyer le projet de loi du néo-démocrate, François Choquette, même s’il s’avoue d’accord sur le principe.

«Les juges à la Cour suprême du Canada doivent être bilingues et ont besoin de parler français, c’est un minimum! Il faut également veiller à respecter le principe de la représentation régionale des juges à la Cour suprême du Canada.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.