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L’autoroute 412 ou les limites de la Loi 8

Le chantier de l'autoroute 412 dans la région de Durham. Ministère des Transports de l'Ontario

[ANALYSE]
TORONTO – L’Ontario n’est pas une province bilingue et les automobilistes francophones qui circulent sur l’autoroute 401 dans la région de Toronto se le font rappeler, une fois de plus, avec l’installation des panneaux de signalisation de la future autoroute à péage 412.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

L’autoroute 412 est présentement en construction dans la région de Durham, à l’est de la métropole. Elle doit relier l’autoroute 401 à la 407. C’est le tronçon manquant d’un périphérique à péage qui permettra éventuellement aux automobilistes d’échapper à la congestion torontoise en la contournant par le nord.

La signalisation qui annonce la future 412 à partir de la 401 est unilingue anglaise. C’est normal. La région de Durham n’est pas désignée en vertu de la Loi sur les services en français de l’Ontario, malgré les efforts de longue date de la communauté francophone de l’endroit. L’affichage en bordure des routes provinciales dans l’agglomération de plus de 600000 habitants demeure donc dans la langue de la majorité.

Le hic, c’est qu’il s’agit d’une route à péage électronique. Et en voyant l’inscription «toll» sur un panneau de signalisation, un automobiliste francophone qui connaît un minimum d’anglais ne comprendra pas forcément qu’il s’engage sur une route à 30¢ le kilomètre, peut-être plus…

Qui plus est, la future 412 mènera à la 407, une route à péage qui a été privatisée peu après son inauguration à la fin des années 1990 et qui échappe ainsi à la Loi 8, même si elle traverse des zones désignées pour l’affichage bilingue comme Brampton, Mississauga et maintenant Markham. N’est-ce pas là une raison de plus pour que la signalisation soit claire dès le départ?

Mais voilà. Pour le ministère des Transports de l’Ontario (MTO), la solution ne semble pas aussi claire.

«Nous sommes à la recherche de la meilleure option pour nous assurer que les automobilistes francophones qui utiliseront l’autoroute (412) sachent qu’il y a un péage», a fait savoir le MTO à #ONfr à la mi-janvier, soit plusieurs semaines après l’installation d’affiches unilingues anglaises près des bretelles d’accès de la future route.

 

«Ça ne dérange personne»

Pourtant, ce n’est pas d’hier que les Franco-Ontariens demandent une signalisation bilingue le long des routes provinciales.

«Ça ne dérange personne», exhorte Denis Vaillancourt, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). «Le drapeau rouge qu’on lève souvent pour s’opposer aux services en français est celui des coûts. Mais ça ne coûte pas plus cher d’imprimer une affiche unilingue ou une affiche bilingue. Rien n’empêche le gouvernement de traduire les panneaux de signalisation de manière proactive. Ça enverrait un message positif.»

La ministre déléguée aux Affaires francophones à Queen’s Park, Madeleine Meilleur, n’a pas voulu se prononcer sur la signalisation annonçant la nouvelle autoroute 412, mais son bureau a précisé à #ONfr qu’elle gardait tout de même «un œil sur ce dossier».

Denis Vaillancourt aimerait un jour voir l’affichage traduit en français sur tout le réseau routier provincial de l’Ontario et pas seulement dans des régions désignées. Il voit la situation actuelle comme «un non-sens» pour les millions d’automobilistes francophones du Canada et d’ailleurs qui sont susceptibles d’emprunter une route ontarienne.

«Ça suppose que le conducteur arrête d’être francophone lorsqu’il sort d’une région désignée», peste le président de l’AFO à #ONfr.

Voilà le nœud du problème. C’est la loi elle-même. Lorsqu’on l’applique à la lettre, cette loi, comme le fait le MTO, on se retrouve avec une signalisation routière tout ce qu’il y a de plus incohérente d’une région à l’autre et parfois, d’une ville à l’autre. Soyons clairs. La Loi 8 demeure pour les Franco-Ontariens un levier sans précédent. Mais il est peut-être temps, après 30 ans, d’en revoir quelques passages.

D’ici là, si les scribes du MTO veulent s’assurer que les automobilistes peu à l’aise avec l’anglais comprennent bien à l’approche de la future autoroute 412 qu’un «toll» est un péage, ils n’ont qu’à regarder ce qui se fait au Québec. La province voisine annonce bien clairement les péages sur les autoroutes 25 et 30 dans la région de Montréal avec… un simple «$». Un symbole universel. Le conducteur, qu’il soit francophone, anglophone, ou allophone, comprend qu’il doit sortir son portefeuille.

Il ne faudrait pas passer par quatre chemins.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org