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L’assimilation grandissante dans la région de Cornwall inquiète

Symbole de l'assimilation grandissante, une faute d'orthographe énorme apparait sur le panneau des Comtés (et non Comtées) Unis de Stormont, Dundas, et Glengarry. (Photo: François-Pierre Dufault).

CORNWALL – La présence francophone s’effrite plus vite qu’ailleurs dans la région de Cornwall. En cinq ans, la ville la plus populeuse de l’Est ontarien a perdu un millier de résidents ayant le français comme langue maternelle.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @SebPierroz

Les chiffres de Statistique Canada sont éloquents: cet échantillon francophone lequel représentait 12 230 personnes et donc 27,2% de la population totale de la ville en 2006 est tombé à 24,7% lors du dernier recensement en 2011 (11 220 résidents).

Une véritable érosion quand on pense que Cornwall comptait en 1971, 18 165 personnes de langue maternelle française (38,5% de la population totale).

«L’assimilation est galopante», analyse pour #ONfr Marc Bissonnette, président de l’ACFO-SDG (Association canadienne-française de l’Ontario / Stormont Dundas et Glengarry). «À Cornwall, on entend la télévision américaine de partout, la radio américaine, les jeunes tendent à s’exprimer largement en anglais. Ils vont faire du magasinage aux États-Unis, ont l’habitude de traverser la frontière. Il faut essayer de prévenir les dangers.»

Ancienne présidente du même organisme et figure de proue de la francophonie locale, Georgette Sauvé va même plus loin: «L’assimilation est un virus dont on n’arrive pas à se débarrasser. Il touche tous les niveaux. Nous avons beau être proches du Québec, les Québécois ne s’occupent pas tellement de nous.»

Si le terme assimilation est cité sans ambages, c’est aussi parce que les chiffres démographiques montrent une baisse du fait francophone plus notable que dans les autres foyers de présence franco-ontarienne.

À titre de comparaison, Sudbury, ville la plus populeuse du nord, a ainsi vu sa proportion de francophones passer de 27,5% à 27% sur la même période. La baisse fut également plus modérée à Timmins (38,6% à 37,2% sur la période 2006-2011).

Le gros point noir de la municipalité de Cornwall reste la faible utilisation du français en tant que langue parlée à la maison. Alors que généralement plus de la moitié de ces mêmes francophones à Ottawa, Sudbury ou encore Timmins utilisent la langue de Molière à la maison (parfois même les trois quarts dans les autres municipalités de l’Est ontarien), Cornwall va à contre sens.

En 2011, ils n’étaient que 11,8% de résidents de la ville à utiliser le français chez eux. Une anormalité au regard des presque 25% de résidents ayant le français comme langue de naissance.

«C’est ce qui me frappe les plus, lorsque j’analyse les chiffres de la municipalité de Cornwall», fait part Anne Gilbert, professeure de géographie à l’Université d’Ottawa. «On voit qu’il y a clairement une non-transmission de la langue probablement due au nombre de mariages exogames.»

Pour l’universitaire, Cornwall dont la population est quasi restée stable entre 2006 et 2011 (45 965 résidents contre 46 340), ne possède pas non plus une «économie assez dynamique» pour attirer des immigrants francophones.

 

En dehors de Cornwall

Mais l’assimilation des francophones ne se limiterait à la municipalité de Cornwall, si l’on en croit Mme Sauvé. De fait, les Comtés unis de Stormont Dundas et Glengarry, plus de 111 000 résidents, se composent de six autres municipalités outre Cornwall. Mais la culture francophone y est aussi progressivement grignotée.

En 2011, Stormont Sud comptait par exemple 14,7% des résidents ayant déclaré le français comme langue maternelle. C’est justement de cette municipalité qu’était née la controverse de l’Hôpital communautaire de Cornwall en 2012. La Ville de Stormont-Sud avait alors décidé brusquement de ne plus verser le montant de 30 000 $ par année à l’hôpital pour protester contre l’application de la Loi sur les services en français mise en place un peu auparavant dans l’établissement.

«Ça a été notre dernière grande bataille», souligne M. Bissonnette. «On reste cependant aux aguets en considérant que les méchants ont quitté.» Une référence directe au maire de l’époque, Bryan McGillis, battu aux dernières élections. La municipalité n’a pas pour autant renouvelé depuis la subvention.

Des six municipalités, Glengarry-Nord (38,7%) et Glengarry-Sud (27,9%), toutes deux limitrophes du Québec, sont les territoires où le taux de francophones est le plus élevé.

 

Solutions

Pour contrer l’assimilation dans la région de SDG, plusieurs solutions sont étudiées. À commencer par cibler les jeunes. C’est du moins le souhait de l’ACFO locale.

L’organisme porte-porte des francophones dans les Comtés a travaillé dernièrement sur un projet de spectacles humoristiques en français, destinés à capter l’intérêt des élèves du secondaire. La finale du Concours LOL a d’ailleurs eu lieu à Cornwall en mai dernier.

Toujours est-il que la réponse peut-être aussi politique. Et les francophones attendent beaucoup du scrutin du 19 octobre. En entrevue pour #ONfr, la candidate libérale Bernadette Clément évoque par exemple le besoin d’une «immigration francophone forte» dans la région.

Du côté de la municipalité de Cornwall, le maire élu en 2014, Leslie O’Shaughnessy, ne parle pas français, à la différence du précédent Bob Kilger. «Il (M. O’Shaughnessy) se présente toujours à un événement francophone avec un conseiller bilingue», affirme Mme Clément, qui officie également à titre de conseillere municipale.

Si la réception et certains services de la Ville sont accessibles dans les deux langues, Mme Clément reconnait que l’anglais reste la langue d’échange lors des conseils municipaux.

À noter que le député fédéral sortant et candidat conservateur à sa propre succession, Guy Lauzon, n’a pas retourné nos appels pour une demande d’entrevue.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org