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Langues officielles: La ministre Joly se présente comme une alliée

La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly. Archives #ONfr

OTTAWA – La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, passait son premier test devant le comité permanent des langues officielles, mercredi 20 avril. Elle a vanté la stratégie de son gouvernement et les quelques annonces déjà faites depuis l’arrivée au pouvoir du Parti libéral du Canada (PLC).

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Deux jours après son passage devant le comité sénatorial sur les langues officielles, la ministre Mélanie Joly passait un test autrement difficile devant le comité permanent des langues officielles, face aux critiques conservateur et néo-démocrate en matière de langues officielles, Bernard Généreux et François Choquette.

S’en tenant peu ou prou à la même présentation faite devant les sénateurs en début de semaine, Mme Joly a vanté l’approche de son gouvernement «sincèrement engagé à soutenir et à promouvoir la vitalité des communautés linguistiques en situation minoritaire».

Elle a ainsi rappelé l’annonce du rétablissement du Programme de contestation judiciaire et du programme Avantage significatif francophone en matière d’immigration, tout comme les investissements annoncés dans le budget pour CBC/Radio-Canada. La ministre du Patrimoine canadien a également expliqué sa décision de déléguer une partie de ses pouvoirs d’octroi de subventions pour accélérer le traitement des demandes et la réception du financement pour les organismes des communautés de langues officielles en situation minoritaire, ainsi que de développer des subventions pluriannuelles, comme demandé depuis plusieurs années par de nombreux organismes. Enfin, Mme Joly a assuré au comité que les deux langues officielles feraient bel et bien partie des célébrations entourant 150e anniversaire du Canada.

«Vous trouverez chez moi une alliée des langues officielles, de la protection, de la promotion des langues officielles, voir même une ardente défenderesse de la vitalité des communautés (de langues officielles) en situation minoritaire», a-t-elle conclu sa présentation.

 

Pas totalement convaincus

Mais pour M. Généreux comme pour M. Choquette, cette profession de foi n’a pas totalement convaincu.

«La ministre a présenté de bonnes nouvelles mais je suis déçu de sa réponse quant à l’appellation de son ministère. Mme Joly dit défendre les langues officielles, mais si c’était le cas, elle se serait battue pour garder «langues officielles» dans le nom de son ministère.»

Interrogée tour à tour sur ce changement par MM. Généreux et Choquette, Mme Joly a défendu l’approche «transversale» de son gouvernement sur cette question, soulignant que les ministères ont tous une part de responsabilité en matière de respect de la Loi sur les langues officielles.

«Je serai en charge de la coordination des efforts de tous les ministères», a-t-elle expliqué.

Pour M. Choquette, cette réponse n’est pas suffisante.

«Nous le voyons actuellement avec le Bureau de la traduction, quand il n’y a pas une autorité chargée de veiller au respect et à la pleine application de la Loi sur les langues officielles, celle-ci n’est pas respectée. La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) le dit, elle-même: il faut que quelqu’un soit responsable. Actuellement, les ministères font le minimum en la matière, faute d’une telle autorité.»

Mme Joly a assuré que son gouvernement interviendrait si un manque de respect à la Loi sur les langues officielles était constaté au Bureau de la traduction, mais a défendu la mise en place de l’outil de traduction automatique pour des communications internes et non officielles.

«Cela n’a aucun sens. Où était la ministre depuis quatre mois que nous parlons de cette question? Tous les experts qui sont passés devant ce comité l’ont dit et même le député libéral Greg Fergus l’a reconnu: l’outil doit servir à la compréhension, mais en aucun cas à l’écriture ou à la communication. Il faut espérer que quelqu’un mette au courant Mme Joly sur cette question!»

Quant à la controverse entourant les comptes unilingues de plusieurs de ses collègues du conseil des ministres, Mme Joly a indiqué qu’elle rencontrerait le commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser, pour clarifier la question.

 

En faveur de juges bilingues

Si toutes les réponses de la ministre n’ont pas satisfaits M. Choquette, celui-ci se réjouit que cette dernière ait affirmé que son gouvernement était en faveur de la nomination de juges bilingues à la Cour suprême du Canada, même si elle ne s’est pas engagé directement à appuyer le projet de loi néo-démocrate.

«Cela fera à plaisir à Yvon Godin qui s’est battu pour ça. Mais j’ai aussi voulu lui rappeler l’existence du rapport de 2013 sur l’Accès à la justice dans les langues officielles, du commissaire Fraser, pour qu’elle réalise qu’il y a aussi des interventions à faire en amont pour s’assurer d’avoir le nombre de juges bilingues suffisant et pour que les recommandations faites dans ce rapport se concrétisent.»

Alors que Mme Joly semble privilégier la construction d’une nouvelle Feuille de route pour les langues officielles en 2018 qui serait un véritable «plan de match», selon ses termes, M. Généreux souhaiterait, pour sa part, que la ministre adresse une attention particulière à l’accessibilité des programmes d’immersion à travers le Canada.

«Le français au Canada se porte relativement bien. Maintenant, on doit favoriser l’accessibilité aux écoles d’immersion car c’est un jalon très important du bilinguisme.»

Le député conservateur dit s’inquiéter des promesses libérales.

«Les libéraux ont mis un paquet d’argent sur la table. C’est sûr qu’avec ça, ils satisfont beaucoup de monde. Mais leurs annonces ne tiennent pas compte de la réalité budgétaire. On ne peut pas rester en déficit indéfiniment et il n’y a toujours aucun plan pour revenir à l’équilibre. Si bien qu’à terme, il n’est pas impossible qu’il faille couper des services.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.