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L’affaire MaRS s’invite à la rentrée parlementaire

Le complexe de recherche médicale MaRS, au centre-ville de Toronto. (Photo: François Pierre Dufault, archives)

TORONTO – À peine le scandale des centrales au gaz s’est-il évaporé qu’une nouvelle controverse est venue donner du fil à retordre au gouvernement libéral de Kathleen Wynne à la rentrée parlementaire à l’Assemblée législative de l’Ontario, le lundi 20 octobre.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

L’affaire MaRS, évoquée sans grands résultats par l’opposition durant la plus récente campagne électorale, semble avoir finalement pénétré dans l’orbite de Queen’s Park.

Le renflouement public du complexe des sciences MaRS à hauteur d’au moins 309 millions $ et le refus, par les libéraux, de rendre publics certains documents relatifs à cette transaction auraient toutes les apparences d’un nouveau scandale en gestation, selon l’opposition progressiste-conservatrice.

Le gouvernement aurait conclu, pour la somme de 65 millions $, l’achat d’une tour à bureaux du complexe MaRS, à Toronto, afin de renflouer cet organisme sans but lucratif qui aurait du mal à joindre les deux bouts. Or, le même organisme a reçu des octrois provinciaux de l’ordre de 224 millions $ pour construire cette même tour à bureaux, il y a quatre ans.

Édifice vacant

MaRS, qui héberge, entre autres, des firmes de recherche médicale, aurait eu du mal à louer cette deuxième phase de son complexe des sciences, situé à un jet de pierre de Queen’s Park, sur l’un des sites immobiliers les plus prisés dans la métropole.

La tour à bureaux de MaRS serait toujours vacante à 70%.

«Un édifice qui n’a pas de locataires n’a aucune valeur», a pesté le progressiste-conservateur Randy Hillier, sur le parquet de l’Assemblée législative, le 20 octobre. «Si ce gouvernement avait le moindre intérêt à se montrer ouvert et transparent, il nous dévoilerait les documents de l’hypothèque sur ce projet. Nous lui avons offert d’aller à huis clos. Mais encore là, il y a de l’obstruction. Il faut poser la question: qu’est-ce qu’il y a tant à cacher? Il y a quelque-chose».

La troupe de Mme Wynne a jusqu’ici refusé de rendre publics les détails de la transaction avec MaRS, arguant que certains documents sont «de nature délicate» sur le plan commercial.

«Les libéraux n’ont rien appris de leurs scandales précédents», a renchéri Jim Wilson, chef progressiste-conservateur par intérim, faisait référence, entre autres, à l’annulation de deux projets controversés de centrales électriques au gaz à des fins électoralistes en 2011.

Rappelons que les libéraux ont aussi évoqué la «nature délicate» de certains documents pour retarder leur publication dans l’affaire des centrales au gaz, qui a coûté au final plus de 1 milliard $.

Règles modifiées?

Depuis les banquettes de la deuxième opposition, le néo-démocrate Percy Hatfield est tombé à bras raccourcis sur les libéraux pour avoir, selon lui, changé des règles du programme Infrastructure Ontario spécifiquement pour que MaRS devienne éligible à une subvention de 224 millions $ et puisse mettre en branle sa deuxième phase de construction, en 2010.

«C’est un fiasco», a scandé M. Hatfield.

Le gouvernement libéral s’est défendu d’avoir changé les règles pour donner un avantage à MaRS, affirmant d’autre part que l’organisation avait attiré son lot d’investissements significatifs et créé de bons emplois.

Le clan Wynne a aussi assuré que le prêt de 224 millions $ à MaRS sera repayé en entier à la province.

«Il serait dommageable de dévoiler les détails de la transaction tant qu’elle n’est pas finalisée», a insisté Brad Duguid, ministre du Développement économique. «Si je devais rendre public un document de nature délicate sur le plan commercial, contre l’avis de mon sous-ministre, ça aurait un impact sur la réputation de notre province et ça irait contre l’intérêt du public».

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org