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La petite enfance, une priorité

Les coûts pourraient augmenter de 350 $ par année à Toronto. Pixabay

OTTAWA – Le vieil adage qui dit que «ça prend tout un village pour élever un enfant» n’a jamais semblé aussi vrai que pour les communautés francophones en contexte minoritaire. C’est en tout cas l’une des conclusions majeures de l’évaluation du programme Capacité d’apprentissage dans les communautés francophones en situation minoritaire, menée par la Société de recherche sociale appliquée (SRSA).

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Alors que le gouvernement fédéral tient ses premières consultations pancanadiennes sur les langues officielles en vue de renouveler ce qui sera la prochaine Feuille de route, en 2018, une étude de la SRSA souligne l’importance de cibler la petite enfance pour assurer la vitalité des communautés francophones en situation minoritaire.

Pendant quatre ans, les chercheurs de la SRSA ont étudié les retombées d’un programme intensif de français chez quelque 350 enfants francophones d’âge préscolaire vivant en milieu minoritaire. Le projet, qui faisait partie du Plan d’action pour les langues officielles 2003-2008, puis de la Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne 2008-2013, jumelait un programme offert en garderie et des ateliers avec les familles, ciblant les parents des enfants inscrits.

Six communautés canadiennes y ont participé, à Saint-Jean et à Edmundston, au Nouveau-Brunswick, à Orléans, à Cornwall et à Durham, en Ontario, ainsi qu’à Edmonton, en Alberta.

«Cette étude démontre qu’un programme préscolaire de qualité, développé spécifiquement pour répondre aux besoins des enfants francophones en milieu minoritaire, peut aider ces derniers à commencer l’école du bon pied», rapporte le président de la SRSA, Jean-Pierre Voyer.

Selon Louise Legault, chercheure associée à la SRSA, de nombreux jeunes francophones finissent souvent par abandonner le français faute de parvenir à se sentir assez à l’aise de le parler et de le maîtriser suffisamment pour bien l’utiliser à l’école.

«C’est particulièrement vrai dans les familles bilingues ou trilingues où le français n’est pas toujours parlé à la maison. Les jeunes ne développent alors pas suffisamment de vocabulaire pour bien s’intégrer à l’école ensuite, si bien qu’il est plus simple pour eux de poursuivre leur scolarité dans le système anglophone.»

 

Des outils et des échanges

Le programme enrichi était donc particulièrement axé sur l’apprentissage de vocabulaire en français et sur une exposition quotidienne et régulière à la langue de Champlain.

«Nous proposions des ressources et du matériel pédagogique aux garderies, mais aussi aux parents qui pouvaient les emprunter. En milieu minoritaire, ce n’est pas toujours facile d’avoir accès à ces ressources, elles font pourtant une différence, comme la lecture interactive.»

Le succès de ce programme, d’après la chercheuse, réside également dans l’implication des familles et dans un travail conjoint avec les éducatrices et les éducateurs.

«Les parents qui ont participé à cette évaluation étaient très investis. Les ateliers avec les familles ont permis de très bons échanges entre les parents et les éducateurs et démontré l’importance qu’ils travaillent ensemble. L’étude a également démontré le rôle primordial des parents d’exposer leurs enfants au français. Les parents nous ont dit avoir acquis de nouvelles connaissances liées au développement des enfants, adopté de nouvelles pratiques parentales et accentué l’utilisation du français durant les activités de littératie avec leurs enfants.»

 

Revitaliser la communauté

Au-delà de ce constat, l’évaluation de ce programme a permis de donner une piste de solution pour améliorer la transmission de la langue dans les communautés où le français n’est pas la langue majoritaire, en société ou même à la maison.

«Notre objectif était aussi de regarder comment revitaliser les communautés francophones en situation minoritaire. En testant ce programme et en l’évaluant, nous nous sommes rendus compte qu’il améliore les chances de garder les jeunes francophones dans le système scolaire de langue française et donc qu’ils continuent de parler en français», explique Mme Legault.

Le projet-pilote devait aussi inspirer de meilleures pratiques pour les provinces qui sont en charge du dossier de l’éducation. Pour Mme Legault, des programmes intensifs comme celui-ci sont à même de faire une différence.

«Tout le monde y gagne et ça peut être une stratégie de développer des programmes comme ça pour assurer la vitalité des communautés francophones en milieu minoritaire et de la langue française.»

 

La petite enfance oubliée

Dans les communautés concernées, le projet fournit un bon argument pour rappeler l’importante contribution des services ciblant la petite enfance pour le développement des enfants et de soutien aux jeunes familles, en plus d’être un atout pour le maintien, voire la revitalisation, de la communauté francophone minoritaire. Mais pour fonctionner, ces programmes en petite enfance doivent s’inscrire dans la durée.

«Les effets du programme s’estompent avec le temps, il faut donc qu’il y ait une continuité aussi bien de la part du milieu de l’éducation que chez les parents.»

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Sylviane Lanthier, qui a participé aux premières consultations pancanadiennes sur les langues officielles, rappelle que le dossier de la petite enfance est prioritaire.

«C’est un dossier clé sur lequel les provinces comme le gouvernement fédéral peuvent et doivent agir. Peu importe les programmes qui seront choisis, il faut intervenir car il y a encore trop peu de services offerts et de place dans les garderies francophones. Il n’y avait rien dans la dernière Feuille de route, il faut que ce soit identifié comme une priorité dans le prochain plan d’action.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.