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La situation s’envenime dans les écoles

Des parents ont refusé d’envoyer leurs enfants à l’école pour signaler leur opposition à la réforme de l’éducation sexuelle alors qu’un groupe de manifestants s’est fait entendre sur la pelouse à Queen’s Park, le 4 mai. (Photo: François Pierre Dufault)

 

TORONTO – Entre le débrayage des enseignants des écoles secondaires publiques anglophones de la région de Peel et le retrait d’élèves par des parents opposés à une réforme de l’éducation sexuelle, la situation dans les salles de classe de l’Ontario a continué à se détériorer, le lundi 4 mai.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

Les enseignants du secondaire de la région de Peel – qui inclut Brampton et Mississauga – ont déclenché une grève locale illimitée après avoir été incapables de s’entendre avec leur conseil scolaire, tard dans la nuit du 3 au 4 mai. Ils ont rejoint leurs collègues dans la région de Durham et à Sudbury, déjà sur les lignes de piquetage pour les mêmes raisons depuis trois semaines et une semaine, respectivement.

Les grèves scolaires toucheraient maintenant plus de 75000 élèves ontariens. Un bilan qui pourrait encore s’alourdir, selon les différents syndicats de l’enseignement dans la province.

«Les grèves locales sont au sujet d’enjeux locaux», a voulu tempérer Liz Sandals, ministre de l’Éducation, à sa sortie de la période de questions à Queen’s Park, le 4 mai. «À ce moment-ci, toutes les grèves dans les écoles secondaires sont des grèves locales. Vous pouvez demander aux leaders syndicats quelles sont leurs motivations pour de telles grèves», a-t-elle relancé. «Nous essayons toujours d’en arriver à des ententes négociées.»

Par le biais d’un communiqué, la Fédération des enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (FEESO) a affiché sa déception par rapport à l’échec des négociations locales dans la région de Peel.

 

Négociations à deux niveaux

Sur les banquettes de l’opposition à Queen’s Park, on jette le blâme sur une nouvelle formule de négociations collectives à deux niveaux qui oblige les employeurs et les syndicats à se battre sur deux fronts en même temps: au niveau local pour les conditions de travail de leurs membres, et au niveau provincial pour les grandes questions d’argent.

«Le Ministère a ce nouveau système de négociations à deux niveaux qui ajoute de la pression sur les conseils scolaires», a pesté Garfield Dunlop, critique progressiste-conservateur en matière d’Éducation. «Ce système ne fonctionne pas. C’est irresponsable de penser que ça fonctionne», a-t-il ajouté, inquiet pour les élèves de 12e année à deux doigts de recevoir leur diplôme d’études secondaires.

«C’est difficile pour les élèves. Ils paient le prix pour un gouvernement qui ne prend pas au sérieux ses obligations en matière d’éducation», a renchéri la chef néo-démocrate Andrea Horwath.

La ministre Liz Sandals a dit, pour sa part, ne pas craindre pour les élèves de 12e année qui préparent leur entrée au postsecondaire. Les collèges et universités basent leurs acceptations sur des bulletins de notes intérimaires qui ont déjà été émis par les écoles secondaires, a-t-elle souligné.

 

Éducation sexuelle

Aux conflits de travail s’est mêlée la grogne des parents opposés à une réforme du curriculum d’éducation sexuelle de l’Ontario. Une réforme qui amènerait les élèves à apprendre les règles du consentement dès la 2e année et l’homosexualité, à partir de la 3e année, par exemple.

Un nombre indéterminé de parents ont refusé d’envoyer leurs enfants à l’école pour signaler leur opposition à cette première réforme de l’éducation sexuelle depuis 1998 alors qu’un groupe de manifestants s’est fait entendre sur la pelouse à Queen’s Park, le 4 mai.

«C’est vraiment dommage», a réagi Mme Sandals. «Je crois qu’il y a beaucoup de désinformation à ce niveau. Notre intention n’est absolument pas de priver les parents de leurs droits. Notre rôle, en tant qu’éducateurs, est de nous assurer que les élèves reçoivent le plus d’information possible dans leurs cours d’éducation physique.»

L’opposition progressiste-conservatrice n’a réagi qu’à demi-mot.

«Je ne crois pas que retirer des enfants des salles de classe soit la meilleure option. Nous essayons justement de ramener des élèves dans les écoles en grève», a nuancé Garfield Dunlop, donnant l’impression de marcher sur des œufs.

L’enjeu de l’éducation sexuelle demeure très délicat pour le Parti PC. Et voilà qu’un courriel du député Monte McNaugton parodiant la candidate à la chefferie du parti Christine Elliott avec une référence jugée homophobe à une «petite tente rose» a soulevé l’ire de la classe politique, même parmi les éléments les plus progressistes de la troupe d’opposition, le 3 mai.

«Nous avons toujours dit qu’il était temps de mettre à jour ce curriculum d’éducation sexuelle», a déclaré à son tour Andrea Horwath, du NPD. «Mais nous avons aussi dit que s’il y avait des inquiétudes de la part des parents, c’était la responsabilité du gouvernement d’y répondre d’une manière productive. Ce n’est clairement pas ce que nous avons vu.»

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org