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La radio communautaire francophone de Toronto revient de loin

CHOQ-FM a vécu des années difficiles. Sa situation est maintenant plus stable, même si des défis demeurent. Crédit photo: Étienne Fortin-Gauthier

TORONTO – Après une décennie de difficultés, la situation semble s’améliorer à la radio communautaire francophone de Toronto, CHOQ-FM. Les finances se stabilisent et la station espère pouvoir profiter du nouveau Fonds communautaire francophone afin de poursuivre sa mission au sein de la communauté.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«On a pu grâce à notre stratégie transformer la situation financière. En moins de douze mois, on est passé d’un déficit à un surplus», explique Zaahirah Atchia, directrice générale de la station.

L’amélioration de la situation financière de CHOQ-FM est passée par la réduction des frais d’administration et des salaires, mais aussi par une tentative d’augmenter les revenus issus de la publicité locale pour contrer la baisse des revenus de la publicité nationale.

La directrice elle-même, qui occupe aussi le poste de directrice des ventes, a frappé à la porte de plusieurs organismes francophones et entreprises torontoises pour vendre de la publicité. Aujourd’hui, selon les chiffres qui ont été partagés à #ONfr par Mme Atchia, le surplus s’établirait à 44 000 $.

«C’est en situation de difficulté et d’adversité que le vrai talent se distille!», lance la juriste de formation, originaire de l’Île Maurice. Comme bien d’autres immigrants, elle a d’abord décidé d’offrir ses services bénévolement à la station en 2015. L’an dernier, elle a accédé à la direction générale.

(La directrice de la radio communautaire francophone de Toronto, Zaahirah Atchia)
(La directrice de la radio communautaire francophone de Toronto, Zaahirah Atchia)

«Comme immigrante ambitieuse, carriériste, visionnaire, progressiste et fonceuse, je voulais un tremplin pour faire mes marques et j’ai choisi CHOQ-FM», affirme celle qui croit à l’impact que peut avoir la station.

 

Nouveau fonds

Au cours des dernières années, les radios communautaires francophones ont vu apparaître de nombreux obstacles sur leur parcours. Qu’il s’agisse de la baisse des revenus de publicités, notamment gouvernementales, ou des transformations technologiques.

Mme Atchia se réjouit de l’annonce du nouveau Fonds francophone communautaire, faite récemment. Elle estime que CHOQ-FM devrait avoir une part de cette enveloppe.

«Ce serait bien si les instances gouvernementales appuyaient les efforts de la radio en nous accordant une subvention pérenne. On ne parle pas d’une grosse somme, mais à l’image d’autres organismes francophones, ce serait pertinent dans l’intérêt supérieur de la communauté», a-t-elle indiqué.

La station ne fait pas partie du Mouvement des Intervenant.e.s en Communication Radio de l’Ontario (MICRO), qui accompagne plusieurs radios communautaires face aux défis actuels. «C’est une décision de notre gouvernance [conseil d’administration]», précise simplement Mme Atchia, sans vouloir en dire davantage.

 

Identité plus précise

CHOQ-FM, installée à la fréquence 105,1 fm, a traversé les tempêtes et a connu plusieurs identités au cours de la dernière décennie. La crise des dernières années a été une occasion de préciser la stratégie de programmation et la stratégie commerciale de la radio.

«On est plus clair dans notre vision. Au-delà d’un contenu ludique, on a une ferme volonté de se positionner comme un média de proximité avec un contenu participatif. On travaille en complémentarité avec l’écosystème des médias qui se trouvent à Toronto. On n’est pas dans une logique de concurrence», explique Mme Atchia.

 

(CHOQ-FM a déménagé ses pénates du centre-ville de Toronto vers l’ouest de la ville, où elle s’est installée dans une école francophone)

«Notre contenu est 100 % local, on fait la promotion des talents locaux francophones, on couvre un maximum d’événements communautaires et on participe à l’intégration des immigrants grâce au bénévolat», fait-elle valoir.

Des dizaines de nouveaux Franco-Torontois transitent d’ailleurs chaque année par CHOQ-FM pour obtenir leur fameuse «expérience canadienne», tant demandée par les employeurs.

La composition du personnel est à l’image de la nouvelle diaspora franco-torontoise. Le directeur de la programmation est originaire de France, alors que l’autre employé à temps plein qui anime l’émission matinale est africain.

«Comme radio communautaire, on peut aider les immigrants au niveau socio-économique en les informant, en leur donnant des outils et des pistes de solution pour répondre à leurs besoins», précise Mme Atchia.

Un doctorant le matin

CHOQ-FM fait figure d’exception à plusieurs niveaux dans le paysage radiophonique francophone ontarien. Son émission du matin est animée depuis quelques mois par un doctorant, Elvis Nouemsi, qui se spécialise en littérature et cinéma africain à l’Université de Toronto. Son parcours d’immigrant influence le contenu de son émission.

(Elvis Nouemsi, animateur de l’émission matinale de CHOQ-FM)

«Je n’oublie pas que nous avons une communauté de Franco-Ontariens qui sont nés et ont grandi ici, mais comme immigrant, je fais aussi des sujets qui touchent les nouveaux Franco-Ontariens. On parle de politique d’ici, mais aussi de l’Afrique et de l’Europe», explique l’animateur de radio originaire du Cameroun. «Nous sommes la radio de la diversité franco-torontoise!», lance-t-il. Comme animateur du matin, Elvis Nouemsi dit avoir découvert un univers francophone riche.

«Je ne soupçonnais pas tous les talents du monde culturel francophone à Toronto. J’ai rencontré des gens qui se battent au quotidien pour faire vivre notre francophonie» – Elvis Nouemsi

Rejoindre le public n’est pas facile, admet-il. Il faut faire preuve de créativité pour s’illustrer dans un univers médiatique fragmenté où l’offre numérique est plus riche que jamais, mais aussi très anglophone. «Ce n’est pas facile de rejoindre ces jeunes qui représentent l’avenir de notre francophonie et qui pensent parfois qu’il est plus cool de parler anglais», dit-il. «Une bonne partie de notre francophonie est jeune et africaine. On essaye de leur donner du contenu qui bouge et qui leur ressemble.»

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.