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La petite enfance doit être une priorité, dit le commissaire Fraser

OTTAWA – Le commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser, a rendu public son rapport sur le thème de la petite enfance, le lundi 3 octobre, intitulé La petite enfance: vecteur de vitalité des communautés francophones en situation minoritaire. Pour M. Fraser, le développement de la petite enfance dans les communautés francophones doit être une priorité du gouvernement fédéral.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Les semaines passent et la liste de priorités pour le prochain plan d’action sur les langues officielles s’allonge. Dernier élément en date: la petite enfance qui doit, selon le commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser, faire l’objet de toutes les attentions de la part du gouvernement fédéral.

«Le développement de la petite enfance est crucial pour la vitalité des communautés francophones. Des services accessibles et de qualité aident non seulement les parents francophones à transmettre leur langue à leurs enfants, mais ils favorisent leur transition vers l’école de langue française et le développement d’un sentiment d’appartenance à la communauté.»

Partie intégrante des plans d’actions de 2003-2008, puis de 2008-2013, la petite enfance était le grand absent de la Feuille de route pour les langues officielles dévoilée en 2013. Aujourd’hui, M. Fraser milite pour que la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, mais aussi le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, rectifient le tir, que ce soit dans la prochaine Feuille de route pour les langues officielles ou dans le futur cadre national pour l’apprentissage et la garde des jeunes enfants sur lequel travaille M. Duclos.

«Il était important de fournir des données au gouvernement pour qu’il puisse prendre une décision éclairée et comprenne l’importance de la petite enfance», précise M. Fraser.

Dans son rapport, le commissaire remarque le manque de ressources, la pénurie et les difficultés de formation du personnel, ainsi que la fragmentation et la faible qualité des services offerts qui, selon son étude, minent le développement de la petite enfance dans les communautés francophones en situation minoritaire.

Le commissaire Fraser émet donc quatre recommandations pour améliorer la situation: prévoir un investissement suffisant, stable et continu dans le développement de la petite enfance au sein de ces communautés, inclure les communautés francophones en situation minoritaire dans les consultations prévues sur l’élaboration du cadre national pour l’apprentissage et la garde des jeunes enfants et intégrer une composante francophone à ce cadre et enfin, mettre en place une initiative nationale de sensibilisation à l’intention des parents et des fournisseurs de services à l’égard du développement de la petite enfance au sein de ces communautés.

En guise de quatrième recommandation, M. Fraser invite les deux ministres à rendre compte de leur travail sur ce dossier d’ici au 31 mars 2018.

 

Enjeu déterminant

L’enjeu est de taille car, selon M. Fraser, des services accessibles en français dès la petite enfance pourraient permettre de conserver ensuite les élèves dans le système scolaire francophone au primaire, puis au secondaire et au niveau universitaire.

«Entrer dès la petite enfance dans un établissement en français définit le choix que les parents vont faire ensuite pour leurs enfants. Je me souviens d’un projet pilote mené en Ontario, à Windsor, et dont m’avait parlé Madeleine Meilleur (ancienne ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario) où on remarquait que 95% des enfants qui avaient été dans un centre de la petite enfance en français poursuivaient ensuite dans le système francophone, les 5% restant étant des personnes qui déménageaient…», se rappelle M. Fraser.

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Sylviane Lanthier, espère que le gouvernement tiendra compte des recommandations et des constats du commissariat aux langues officielles du Canada.

«Le rapport de M. Fraser donne des recommandations assez larges mais qui interpellent le gouvernement et lui demandent d’agir rapidement. Ce que le commissaire constate aujourd’hui, ce sont des choses que d’autres études avaient déjà constaté avant, à savoir que la situation actuelle est désastreuse et qu’il faut corriger ça.»

Dans les territoires, comme dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador, les francophones n’ont accès qu’à une seule garderie en français. En Ontario, comme au Nouveau-Brunswick, la pénurie d’accès à des services en français destinés à la petite enfance a été comblée par le recours à des services bilingues ou d’immersion, qui peuvent être des vecteurs d’assimilation, rappelle le rapport.

«Un enfant francophone devrait pouvoir accéder à un service de garde en français, sinon c’est contre-productif pour tout le reste du système scolaire. De plus, cela a un impact sur la vitalité des communautés francophones à long terme. Nos enfants ne doivent pas être laissés de côté, c’est notre potentiel humain de demain. Le développement de la petite enfance doit donc faire partie des premières priorités», lance Mme Lanthier.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.