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La nouvelle route touristique francophone prend forme

La nouvelle route de Champlain passera à proximité de la Baie georgienne et proposera des points d'intérêts aux touristes francophones Crédit photos: Commission canadienne du tourisme

TORONTO – Promise depuis plusieurs années, la nouvelle Route de Champlain prend tranquillement forme, en coulisses. Le projet d’envergure aura des retombées économiques importantes, mais permettra aussi de franciser l’offre de plusieurs acteurs de l’industrie du tourisme, assurent ses créateurs.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Notre projet est là pour avoir un impact économique pour les communautés francophones et pour la province», explique Isabelle de Bruyn, gestionnaire en tourisme au Réseau de développement économique et d’employabilité de l’Ontario (RDÉE Ontario). Son organisation a obtenu le mandat de la province de développer une route touristique adaptée aux touristes francophones, qui bien souvent, préfèrent obtenir des services en français. Il y a aussi un désir de mettre en valeurs le patrimoine francophone, dit-elle.

La phase du projet qui tire présentement à sa fin vise à identifier des activités et des lieux qui peuvent accueillir les touristes francophones dans leur langue et à renforcer leurs capacités linguistiques dans la langue de Molière. Le RDÉE encadre les intervenants, qu’il s’agisse de responsables d’hôtels, de dirigeants de musées ou propriétaires d’entreprises touristiques, pour qu’ils augmentent la qualité de leurs services en français.

À l’automne, les grands tours opérateurs européens seront courtisés par le RDÉE pour qu’ils intègrent la Route de Champlain dans leurs brochures et qu’ils offrent aux touristes européens un séjour en sol ontarien dans le cadre de tours organisés.

«On essaye de développer sur cette route des produits francophones et bilingues et offrir aux visiteurs, surtout de l’extérieur du pays, une expérience qu’ils n’auraient pas eu autrement», explique Pierre Tessier, directeur du RDÉE. Il révèle qu’une trentaine de «produits touristiques» sont déjà prêts à être commercialisés.

«La Route de Champlain part de la frontière avec le Québec, près de Hawkesbury, passe par Ottawa, suit la Rivière des Outaouais jusqu’à North Bay, puis remonte près du Lac Nipissing. Ensuite, elle redescend en suivant la Baie Georgienne jusqu’en Huronie et redescend vers Scarborough pour ensuite se terminer à Kingston» – Isabelle de Bruyn, Gestionnaire en tourisme RDÉE-Ontario

Une version préliminaire du circuit est en circulation. La route touristique qui mise sur le réseau routier (couleur mauve) tentera d’être le plus fidèle possible à la route historique (couleur rouge) qui suit le tracé du parcours emprunté par Samuel de Champlain par les voies navigables.

Tranquillement, mais sûrement, l’industrie du tourisme ontarienne réalise l’importance d’offrir des services en français pour attirer les tourismes francophones et leur plaire, selon les intervenants du RDÉE Ontario.

Il faut dire que le Québec et la France sont les deux régions d’où sont originaires le plus de touristes francophones qui visitent l’Ontario. En 2012, 4,2 millions de visites de touristes québécois ont été enregistrées en Ontario, entraînant 790 millions de dollars en retombées économiques. La même année, 150 000 touristes de France ont visité la province et ont dépensé un total de 104 millions de dollars lors de leurs séjours.

La version finale du circuit avec l’ensemble des points d’intérêts et des attractions doit normalement être dévoilée au printemps. Il s’agit d’une première étape pour faire connaître la Route auprès des intervenants francophones et de la population franco-ontarienne. L’an prochain, l’offensive devrait cibler davantage le public de l’extérieur de l’Ontario et les tours opérateurs européens.

 

La francophonie internationale dans la mire

Il est clair que les acteurs impliqués dans le projet veulent surfer sur la vague de l’adhésion de l’Ontario à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

«À long terme, on vise beaucoup le marché international et les francophones de partout dans le monde. On veut développer des projets avec les membres de l’OIF. C’est un marché touristique très vaste qui compte plus de 200 millions de personnes», indique Pierre Tessier.

Une classification nationale permettant d’afficher clairement le niveau de services en français des commerces, hôtels et attractions fait aussi partie du projet. L’outil de mesure existant est en train d’être bonifié et devrait connaître une renaissance visuelle.

La ministre du Tourisme, de la Culture, et du Sport de l’Ontario assure que le tourisme francophone est une priorité pour son gouvernement. «Je travaille sur le projet avec Marie-France Lalonde (…) La Route de Champlain pourra être reliée avec notre projet de route cycliste. Le tourisme, c’est une question importante liée au développement économique, surtout dans les communautés rurales», confie Eleanor McMahon.

La barrière de la langue peut-elle être un problème «Ça n’empêche pas les Ontariens d’aller dans la Ville de Québec même s’ils ne parlent pas français. Les anglophones y vont, les francophones peuvent venir ici. Je n’ai jamais entendu de problèmes au niveau de la langue. Nous sommes tous Canadiens», assure la ministre du Tourisme, de la Culture, et du Sport

Questionnée sur l’absence de panneaux touristiques francophones dans plusieurs régions de la province, elle a réitéré qu’elle n’avait jamais entendu de critiques de francophones à ce niveau. Elle invite les citoyens à correspondre avec elle si cela pose un problème.

La nouvelle Route de Champlain pourra éventuellement rejoindre la route touristique francophone canadienne et celle de l’Amérique du Nord qui est sur la planche à dessin du Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique, notamment.

 

 

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.