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La crise de Montfort, une incontournable leçon pour les élus

La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, à l'Hôpital Montfort avec quelques députés libéraux, en mai 2016. Archives #ONfr

[MONTFORT, 20 ANS APRÈS]

OTTAWA – «Montfort fermé, jamais!». Tous les politiciens ontariens capables de s’exprimer en français ont entendu au moins une fois le slogan scandé par Gisèle Lalonde, il y a 20 ans jour pour jour lors du grand ralliement. Malgré les années, le souvenir ne s’est pas effacé. Et les élus doivent bien souvent revendiquer cet héritage aux yeux de la communauté francophone.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Et lorsqu’il est question de l’établissement autrefois menacé de fermeture par le gouvernement progressiste-conservateur de Mike Harris, les mots manquent rarement: «C’est très important pour les Franco-Ontariens», explique la libérale Marie-France Lalonde, ministre déléguée aux Affaires francophones.

«Ça a été vraiment un moment historique qui a rassemblé des milliers de gens pour une cause, mais ça a aussi débuté les droits des Franco-Ontariens en Ontario.»

En pleine campagne des élections provinciales en mai 2014, les candidats libéraux dans la région d’Ottawa s’étaient réunis devant l’Hôpital Montfort. L’enjeu: souligner une possible fermeture de l’établissement en cas d’arrivée au pouvoir des troupes progressistes-conservatrices alors dirigées par Tim Hudak.

Le symbole fort de Montfort reste d’ailleurs souvent mis en avant par l’équipe de Kathleen Wynne. En mai 2016, lorsqu’elle doit dévoiler un investissement de 19 millions de dollars dans les hôpitaux d’Ottawa, la première ministre libérale choisit naturellement pour l’annonce… l’Hôpital Montfort.

Récupération politique ou mise en garde justifiée? L’idée ne gêne pas le député néo-démocrate Gilles Bisson, lui-même présent au Centre civique d’Ottawa le 22 mars 1997 (photo ci-dessous). «C’est pas une méchante affaire, il ne faut pas oublier ce qui s’est passé à Montfort. Ça a montré ce que le gouvernement peut enlever à la communauté, et que tu peux rien prendre pour acquis.»

Graciseuté Hôpital Montfort

Mais pour le député de Timmins-Baie James, dans le Nord de l’Ontario, les bons mots sur la gestion libérale s’arrêtent là. «Dans mon comté à Hearst, ou Kapuskasing, c’est parfois difficile d’obtenir des services de santé en français (…) Il y a beaucoup d’institutions bilingues en Ontario, mais pas forcément francophones. Sur ces dossiers, le gouvernement traîne la patte.»

Dernière alerte en date la plus médiatisée: la fermeture du campus de l’Hôpital général de la baie Georgienne (HGBG) à Penetanguishene l’an passé. L’établissement était pourtant désigné partiellement en vertu de la Loi sur les services en français (Loi 8). Une décision qui avait provoqué la colère des néo-démocrates à l’Assemblée législative, mais aussi du Parti progressiste-conservateur (PC de l’Ontario).

 

Opération séduction des progressistes-conservateurs

Depuis son arrivée à la tête du Parti PC de l’Ontario en mai 2015, Patrick Brown a commencé une vaste opération séduction auprès des francophones d’Ottawa. Un projet ardu, puisque le «fond bleu» des francophones de la région (Gisèle Lalonde était candidate pour le parti dans Ottawa-Vanier aux élections provinciales de 1977) s’est considérablement tari avec la crise de Montfort.

«Je suis un nouveau chef», clame M. Brown en français lors d’une entrevue pour #ONfr. «J’ai étudié le français, et j’appuie un système de santé et d’éducation fort en français dans la province.»

Le nouveau leader refuse d’être associé à une éventuelle menace pour l’établissement d’Ottawa. «Ce qui est le plus important, c’est ce que nous pouvons faire aujourd’hui pour protéger les services en français.»

Sincère volonté ou stratégie politique? Il n’empêche, les gaffes ne sont jamais bien loin pour certains progressistes-conservateurs. En février 2015, la critique en matière d’Affaires francophones du parti, Gila Martow, avouait candidement à #ONfr ne pas connaître l’existence de l’établissement. Manifestement rabrouée pour son erreur, la députée de Thornhill, dans la région de Toronto, a depuis pris la peine de visiter l’hôpital.

Reste que la nouvelle génération de francophones progressistes-conservateurs revendique son intérêt pour la cause Montfort. «J’avais huit ans lors du grand ralliement de Montfort», explique Amanda Simard, candidate investie par le parti dans Glengarry-Prescott-Russell pour les élections provinciales en 2018. «Je me souviens, j’avais le T-Shirt et tout le kit. Le ralliement nous a montré la fragilité de nos institutions.»

À savoir si son parti, toujours prompt à parler de réductions budgétaires, pourrait être une menace pour les services en français, la candidate est formelle: «Les dossiers francophones, ce n’est pas une simple affaire de parti. C’est aussi une réflexion qui vient des membres.»

En septembre dernier, M. Brown avait lancé l’ancien ombudsman de l’Ontario, André Marin, lors de l’élection partielle dans Ottawa-Vanier, le comté même de l’hôpital. Sans résultats convaincants et loin derrière les libéraux, larges vainqueurs avec Nathalie Des Rosiers.

Toujours est-il qu’il faudra attendre 2018 pour voir si les francophones ont pardonné à l’ancienne Big Blue Machine ou si la décision de Mike Harris plane encore dans les bulletins de vote.

 

Article écrit avec la collaboration de Jean-François Morissette

Tout au long de la semaine, #ONfr revient sur le vingtième anniversaire du grand ralliement de SOS Montfort. Pour en savoir plus: http://www5.tfo.org/onfr/

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.