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La crise à la SANB n’est pas une exception

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) espère avoir tourné la page d’un an de crise à l’issue de son Assemblée générale annuelle (AGA), le dimanche 23 octobre, à Bathurst. Facebook SANB

SHEDIAC – Après plusieurs mois difficiles, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) se penchera, samedi 2 avril, sur les recommandations contenues dans le rapport du groupe de travail présidé par Bernard Richard. L’organisme espère ainsi sortir de l’impasse en revoyant son modèle de fonctionnement, comme d’autres organismes ont dû le faire auparavant.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

La tournure prise par la crise de la SANB n’a rien d’exceptionnelle, selon la professeure de sociologie à l’Université de Moncton, Michelle Landry. Dans les années 1990, cette dernière rappelle que la communauté fransaskoise en avait, elle aussi, faite les frais.

«Il y avait une lutte de pouvoir entre les organismes provinciaux et locaux et des conflits d’intérêt au sein du conseil d’administration, alors que certains y représentaient parfois davantage les intérêts de leurs organismes que ceux de la communauté. Ça a suscité de vives oppositions et des débats qui, là-aussi, se sont retrouvés sur la place publique.»

Aujourd’hui, la Saskatchewan a, semble-t-il, trouvé un modèle qui fonctionne en élisant les membres de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF) au suffrage universel direct.

«Au niveau de la représentativité face au gouvernement, cela fonctionne plutôt bien. Nous fonctionnons comme un gouvernement, avec des responsabilités particulières pour chaque député. Mais il y a toujours des défis dans nos relations avec certains organismes», concède la présidente de l’ACF, Françoise Sigur-Cloutier.

L’exemple fransaskois n’est pourtant pas transposable au Nouveau-Brunswick, selon Mme Landry.

«Il n’y a pas de système parfait et cela dépend de la réalité de chaque communauté. Au Nouveau-Brunswick, on favorise plutôt la démocratie directe. La population veut pouvoir intervenir lors des assemblées générales, présenter ses idées, donner son avis.»

En Ontario, la fusion de la Direction Entente Canada-communauté Ontario (DECCO) et de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) au sein de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) ne s’est pas non plus faite sans heurts, en 2006. Mais en 2014, une nouvelle réforme visant à réduire le conseil d’administration de 24 à 11 membres et à éliminer la représentation sectorielle pour la remplacer par des tables de concertation n’a pas suscité autant de contestation.

«Je pense que le conseil d’administration était majoritairement d’accord pour dire qu’il fallait faire ces changements pour des raisons d’efficacité, mais aussi économiques. Le fait que le financement des organismes n’a pas bougé depuis dix ans nous oblige à revoir notre façon de fonctionner», explique le président de l’AFO, Denis Vaillancourt.

La Fédération Acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE) a elle aussi décidé d’alléger son conseil d’administration, en 2015. La Société Saint-Thomas d’Aquin (SSTA), à l’Ile du Prince-Édouard, suit le même processus de restructuration présentement.

«Des organismes comme les nôtres doivent toujours se poser la question de savoir si la structure répond aux besoins de la communauté et permet de bien la rejoindre. C’est la clé pour faire avancer les dossiers», pense la présidente de la SANB, Jeanne d’Arc Gaudet.

Car derrière la question de la gouvernance d’un organisme comme la SANB se pose celle de la représentativité de sa communauté.

 

Retour à la case départ?

En 2004, la Convention de l’Acadie avait débouché sur la mise en place d’une Commission consultative sur la gouvernance de la société civile acadienne et francophone du Nouveau-Brunswick.

Deux ans plus tard, celle-ci avait remis un rapport préconisant la formation d’une assemblée qui aurait plus ou moins joué le rôle de la SANB avec 46 membres: 40 délégués élus au suffrage universel et 6 délégués nommés par les organismes sectoriels. Une formule proche de celle de la Saskatchewan qui devait permettre d’inclure davantage la population.

Le Forum de concertation des organismes acadiens avait finalement rejeté cette proposition pour parvenir, en 2008, à un consensus autour d’une SANB chapeautant deux entités: le Forum des organismes et le Forum citoyen.

Selon Éric Forgues, directeur de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML), la crise que traverse la SANB est directement liée à cette réforme avortée.

«Les organismes ont souvent leur propre stratégie, ils sont plus prudents et ne travaillent pas sur la place publique. Ce n’est pas toujours facile pour eux de faire partie d’un organisme porte-parole qui revendique haut et fort. À la SANB, la voix des citoyens s’est parfois opposée à celle des organismes, ce qui a conduit au divorce actuel.»

À la suite de la journée de réflexion du 2 avril, l’organisme porte-parole des Francophones et Acadiens du Nouveau-Brunswick devrait donc revenir à son ancienne formule, soit un organisme de membres individuels. Pour Mme Landry, cela présente plusieurs avantages.

«Je pense qu’il y a plus à gagner à avoir un organisme porte-parole indépendant des organismes, car ça lui évite de fonctionner en silo, ça lui permet de représenter tout le monde et de relayer les initiatives citoyennes. Cela amène deux approches qui se complètent et témoignent de la vitalité de la communauté. Au final, tout le monde va dans la même direction.»

La professeure reconnaît toutefois le risque d’un retour des vieilles critiques.

«En faisant de la SANB un organisme seulement de membres individuels, on revient un peu à avant 2008. On pourrait donc voir apparaître les mêmes frustrations qu’à l’époque, notamment quant à la participation citoyenne.»

Mme Landry souligne toutefois qu’en proposant des commissions thématiques sur des enjeux précis et une élection de la présidence de la SANB au suffrage universel par vote électronique, le rapport semble régler le problème. Ces recommandations pourraient aussi permettre de mobiliser davantage.

«C’est le défi de tous les organismes de mobiliser des gens. La SANB ne fait pas exception et doit moderniser son approche, notamment en revoyant ses outils de communication. On ne mobilise plus les gens de la même manière en 2016», pense M. Forgues.

 

Une question de représentativité

Mais opter pour une membriété uniquement individuelle, comme le préconise le rapport Richard, pourrait nuire à la représentativité de la SANB, s’inquiète Rémi Léger, professeur en sciences politiques à l’Université Simon Fraser, à Vancouver.

En Ontario, l’AFO n’imaginerait pas se passer de ses 137 membres associatifs et 37 membres institutionnels, alors qu’elle ne compte que 156 membres individuels sur une population de 611 500 francophones en Ontario.

«En ayant pour membres des organismes comme l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) ou encore, la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO), par exemple, cela nous donne une force politique car ces organismes représentent beaucoup de gens», reconnaît le président de l’organisme, M. Vaillancourt.

À l’opposé, l’Association canadienne-française l’Alberta (ACFA), qui compte 3 332 membres actifs, pense que se limiter à des membres individuels actifs contribue à son succès.

«La culture albertaine est axée sur le citoyen engagé. En ne reposant que sur nos membres, cela évite la confusion. Nous restons toutefois très proches de nos organismes. Mais il est important que chacun connaisse et respecte bien son rôle», juge le président de l’ACFA, Jean Johnson.

 

Rebâtir les liens

Qu’on ne s’y trompe pas, souligne la présidente de l’ACF, une nouvelle structure de gouvernance ne réglera pas tous les problèmes.

«Aucune structure ne pourra empêcher les individus de s’opposer. Mais ça fonctionne mieux quand les personnes qui participent sont à l’aise avec le système et que celui-ci représente bien leurs valeurs.»

La crise de la SANB a pris une tournure très personnelle avec la démission de six membres de son conseil d’administration, l’annulation de l’assemblée générale annuelle de 2015 et des invectives par presse interposée. Mme Landry pense que les débordements constatés prouvent l’inefficacité de la structure mise en place.

«Il n’y a pas de modèle parfait, mais une bonne structure aurait dû pouvoir contenir les oppositions de personnalités et fonctionner malgré tout, ce qui n’était plus le cas à la SANB.»

Le président de l’ACFA y va de son petit conseil.

«Dans des discussions comme celles-ci, il y a toujours beaucoup d’émotion, ce qui rend parfois les choses difficiles. Ce qui va être important, c’est que tout le monde embarque dans le processus en voulant établir un dialogue constructif. Le plus tôt cette discussion a lieu, le plus tôt on parvient à une solution.»

À la suite de la journée de réflexion du 2 avril, la SANB devrait donc se doter d’un nouveau modèle qui sera validé lors de l’assemblée générale annuelle de septembre. Pour assurer cette transition, Mme Gaudet pense qu’il faudra compter sur de nouveaux acteurs.

«Pendant les derniers mois, nous n’avons pas pu faire autant avancer les dossiers que nous l’aurions souhaité. Aujourd’hui, il faut un renouveau. Cela prend de nouvelles idées et une nouvelle énergie pour mettre en place les recommandations du rapport et repartir de l’avant… La SANB a besoin d’un nouveau souffle. Il est impératif de parvenir à travailler tous ensemble!»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.