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Journaux francophones: un autre dossier urgent pour Joly

L'APF représente 22 journaux francophones en situation minoritaire. Archives #ONfr

OTTAWA – La sénatrice franco-manitobaine, Maria Chaput, réitère sa demande au gouvernement fédéral de revoir rapidement les critères d’attribution du Fonds du Canada pour les périodiques. Elle souhaite rencontrer au plus vite la nouvelle ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, pour aborder cette question.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Lorsqu’en avril 2010, le ministre du Patrimoine canadien de l’époque, James Moore, avait annoncé la refonte du Fonds du Canada pour les magazines et du Programme d’aide aux publications au sein d’un seul programme intitulé Fonds du Canada pour les périodiques, l’Association de la presse francophone (APF) avait salué la nouvelle.

L’enveloppe de 75,5 millions de dollars devait permettre des retombées positives pour les journaux membres de l’organisme, puisque 72 millions étaient consacrés au volet «Aide aux éditeurs», en vue de la création de contenu, de la production, de la distribution, des activités en ligne ou de l’expansion commerciale. Cinq ans plus tard, le programme est pourtant remis en cause, notamment à cause de ses critères d’attribution.

«Certains de nos membres ont profité de ce nouveau programme, c’est certain. Mais pour d’autres, cela a entraîné des pertes financières importantes. Des journaux comme Le Voyageur, à Sudbury, ou La Liberté, à Winnipeg, ont été particulièrement affectés», indique Francis Sonier, président de l’APF et éditeur-directeur général d’Acadie Média.

Directeur du marketing pour le journal franco-ontarien, Le Voyageur, Yves Nadeau reconnaît que les années 2012 et 2013 ont été particulièrement difficiles.

«Nous avons connu d’importantes pertes à cette époque-là qui sont les conséquences de la mise en place du Fonds du Canada pour les périodiques et de la diminution des annonces du gouvernement fédéral.»

M. Nadeau parle de pertes combinées de l’ordre de 150000 dollars par an pour Le Voyageur.

 

«Des outils d’épanouissement essentiels pour les communautés»

La situation critique de certains journaux francophones en situation minoritaire inquiète la sénatrice franco-manitobaine, Maria Chaput. La fin des versions papier du journal franco-ontarien, L’Express Ottawa, et du journal fransaskois, L’Eau Vive, sont une preuve de l’urgence d’agir, selon elle.

«Je pense que c’est le bon moment d’alerter la ministre car elle vient d’être nommée et qu’elle doit être sensibilisée à ce problème. En milieu minoritaire, les journaux ont une importance capitale et ils ont besoin d’être imprimés pour répondre aux besoins de leur lectorat, qui n’est pas toujours prêt à lire son journal sur Internet ou qui n’a parfois tout simplement pas accès au réseau à haute vitesse. Mais cela coûte cher et il faut aider les journaux à répondre à la demande. Ce sont des outils d’épanouissement essentiels pour les communautés!»

À plusieurs reprises, la sénatrice indique avoir essayé de rencontrer l’ancienne ministre du Patrimoine canadien et députée manitobaine, Shelly Glover pour aborder cette question, sans succès toutefois. Cette dernière avait pourtant apporté son soutien au journal La Liberté, en 2012, alors qu’elle n’était pas encore responsable du dossier, en écrivant un courrier à son prédécesseur, M. Moore.

«Mme Glover a eu la possibilité d’agir quand elle est devenue ministre du Patrimoine canadien en 2013, mais elle n’a rien fait!, fustige Mme Chaput. Le gouvernement fédéral doit revoir rapidement les critères d’admission de ce fonds car ils ne tiennent pas compte de la réalité et des particularités des journaux francophones en situation minoritaire. Je ne pense pas qu’il y a eu intention de nuire au départ, mais il est temps de corriger la situation. Il y a urgence!»

Pour M. Sonier, dans sa forme actuelle, le programme est inéquitable et la formule doit être améliorée. En cause notamment, le fait que le montant de l’aide attribuée soit basé sur le nombre d’abonnés, ce qui pénalise les journaux distribués dans un petit marché comme celui des communautés francophones en milieu minoritaire.

«Nous nous réjouissons de la volonté de Mme Chaput de ramener ce dossier au premier plan. Nous avions rencontré la ministre Glover à l’époque, mais cela n’avait rien donné. Aujourd’hui, nous espérons qu’il y aura plus d’ouverture de la part de Mme Joly. Il est important que les journaux francophones en milieu minoritaire disposent d’un statut particulier afin de leur permettre de remplir leur rôle.»

En février 2015, Mme Chaput a déposé une plainte auprès du Commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser. La sénatrice considère que la situation actuelle contrevient aux obligations du gouvernement fédéral, prévues dans la partie VII de la Loi sur les langues officielles du Canada, d’appuyer le développement et l’épanouissement des communautés de langues officielles en situation minoritaire.

Joint par #ONfr, le Commissariat aux langues officielles a indiqué que «l’enquête se poursuit et qu’un rapport préliminaire sera d’abord envoyé pour commentaires aux plaignants et aux institutions concernées, avant la production du rapport final».

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.