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Jeux de la Francophonie: les francophones hors Québec oubliés?

(Jon Reid- Supernaturalz, de l'équipe canadienne, aux Jeux de la Francophonie de 2013. Crédit image: CIJF/Patrick Lazic)
Jon Reid- Supernaturalz, de l'équipe canadienne, aux Jeux de la Francophonie de 2013. Crédit image: CIJF/Patrick Lazic

OTTAWA – La Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) dénonce la faible représentation des communautés francophones en milieu minoritaire au sein du volet culturel de l’équipe du Canada pour les 8e Jeux de la Francophonie.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Tous les quatre ans, ce sont près de 3 000 jeunes athlètes et artistes issus des 84 États et gouvernements membres et observateurs de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui se retrouvent pour les Jeux de la Francophonie. L’événement international est sensé promouvoir la langue française et favoriser l’émergence de jeunes talents artistiques et sportifs francophones.

Pour la prochaine édition, qui se tiendra du 21 au 30 juillet à Abidjan, le Canada enverra trois équipes pour le représenter: une pour le Québec, une pour le Nouveau-Brunswick et une pour l’ensemble du Canada.

Selon la FCCF, c’est dans cette dernière équipe, pour le volet culturel, que le problème se situe, avec une francophonie minoritaire mal représentée.

«Ce serait logique que dans l’équipe du Canada, on retrouve davantage de représentants du secteur culturel de toute la francophonie canadienne. Là, sur une liste de 12 participants, on trouve neuf artistes du Québec, alors qu’il existe aussi une équipe pour le Québec. On se demande si le Conseil des arts du Canada a fait l’effort d’aller chercher des candidats de toute la francophonie canadienne? C’est très dommage!», lance le président de l’organisme, Martin Théberge.

Chapeauté par Patrimoine canadien, un processus de présélection géré par le Conseil des arts du Canada (CAC) a permis de dresser une première liste de 32 noms, dont 12 candidats venaient de l’extérieur du Québec, sur un total historique de 281 candidatures venues de tout le pays, assure l’organisme.

Le CAC assure ne pas avoir ménagé ses efforts pour joindre les communautés francophones de l’extérieur du Québec, à l’aide d’entrevues dans les médias, de publicités, de présence sur les médias sociaux et de courriels personnalisés. Elle indique également avoir établi un contact personnel avec la FCCF, ses organismes membres, les conseils des arts provinciaux, régionaux et culturels pour assurer la transmission hors Québec de l’appel de candidature.

Au final, 12 artistes ont été retenus par le Comité international des Jeux de la Francophonie (CIJF) qui sélectionne lui-même la composition finale d’Équipe Canada.

 

Des artistes qui s’affichent en anglais

Outre neuf candidats québécois, la liste de l’équipe culturelle pour l’ensemble du Canada comprend deux Ontariens et un Manitobain. Trois candidats de l’extérieur du Québec, Freestyle Soccer Inc., Freya Björg Olafson et Mix Mix Danse Collective, qui s’affichent uniquement en anglais sur leurs sites internet respectifs.

«C’est surprenant! Nous sommes d’accord avec l’idée que l’équipe canadienne soit ouverte à toutes les personnes qui parlent le français au Canada, mais il faudrait peut-être qu’il y ait aussi un minimum à respecter par les artistes en matière de communication en français, notamment sur leurs sites internet.»

Selon les conditions de participation du CIJF affichées sur le site internet des Jeux de la Francophonie, aucune clause linguistique ne semble être fixée pour participer à l’événement. De là à dire qu’un artiste ou un sportif pourrait participer aux Jeux de la Francophonie sans même parler un seul mot de français? Le CIJF indique que la nécessité de parler français est implicite, même si elle n’est pas obligatoire, puisque l’événement ne se tient uniquement en français, ce qui implique de comprendre la langue de Molière.

«Il ne faut pas confondre francophone et Francophonie. Tout comme pour les Jeux du Commonwealth, la sélection des athlètes et des artistes qui feront partie d’Équipe Canada aux Jeux de la Francophonie repose sur l’excellence de leur performance et non sur leur appartenance linguistique. On peut donc retrouver des athlètes et des artistes dont la langue première est autre que le français», précise-t-on sur le site du gouvernement du Canada.

«En se basant seulement sur l’excellence de leur performance et en mettant de côté leur identité franco-canadienne, c’est donner une image tronquée de cette francophonie» – Martin Théberge, président de la FCCF

 

La FCCF veut revoir le processus de sélection

S’il est désormais trop tard pour revenir sur la sélection des artistes de l’équipe du Canada pour cette édition, le président de la FCCF espère des améliorations.

«Le Conseil des arts et le gouvernement du Canada se doivent d’effectuer des efforts nécessaires pour assurer une juste représentativité du secteur artistique et des produits culturels à l’égard des communautés francophones et acadiennes», suggère M. Théberge, qui s’interroge sur comment l’offre active a été entreprise par le gouvernement fédéral pour encourager les jeunes talents de la francophonie canadienne à participer à la première étape de sélection organisée par le Conseil des arts du Canada.

Le président de la FCCF ne verrait pas d’un mauvais œil l’instauration d’un objectif d’au moins un représentant par province et territoire dans l’équipe canadienne.

«À la FCCF, nous avons 3125 artistes francophones à travers le Canada, nous sommes prêts à nous impliquer pour faire des recommandations et aider à démarcher et à cibler des artistes.»

Interrogée par #ONfr, la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a renvoyé la balle au Conseil des arts du Canada.

«C’est une décision qui est prise par le Conseil des arts du Canada qui est indépendant de mon ministère. Son indépendance a toujours été respectée.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.