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Immigration: un constat d’urgence pour le nord

THUNDER BAY – Une nouvelle impulsion pourrait être rapidement donnée sur le dossier de la main-d’œuvre francophone dans le nord de l’Ontario. C’est en tout cas la conclusion du forum du Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario (RSIFNO) organisé les 5 et 6 mars à Thunder Bay.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @SebPierroz

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

Pour sa première édition en dehors du Grand Sudbury, l’événement annuel visait à «conscientiser» plus que jamais les populations du Nord aux avantages de l’immigration francophone.

«Nous avons un besoin de main-d’œuvre criant dans le nord. La soixantaine de participants ont conclu qu’il faut faire davantage connaître les services d’établissement pour les nouveaux arrivants gérés par Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) à travers les cinq régions du nord de l’Ontario», explique le coordonnateur de projet au RSIFNO, Christian Howald. «Seulement, 40% des nouveaux arrivants francophones utilisent les services d’établissement. Sans compter que 80% des emplois ne sont pas affichés. C’est trop peu.»

Solution avancée: donner aux immigrants la connaissance de ces services. «Nous devons nous déplacer plus dans les régions, aller à la rencontre des immigrants, ce qui n’est pas toujours facile quand on parle, par exemple, de la région de Timmins qui est immense. Cela peut se traduire par un travail plus étroit avec les organismes francophones sur place pour pallier la distance, plus de présence sur internet, ou encore l’organisation de foires d’emplois.»

L’idée reste tout de même une «solution de court terme», selon M. Howald. «Il faut que l’on identifie dans un premier temps les besoins. Si on fait une demande de ressources à CIC, il faut pouvoir la justifier.»

La volonté de cocher Thunder Bay sur la carte du forum, cette année, n’a rien du hasard. Des cinq régions du nord identifiées, celle du Nord-Ouest est non seulement la plus vaste, mais également là où les besoins sont les plus aigus. «Un immigrant francophone ne peut pas trouver des services d’établissement francophone dans cette ville. Nous envisageons maintenant de travailler en partenariat avec l’Association francophone du Nord-Ouest (AFNOO) pour fournir des services directement dans leurs locaux.»

Un «eldorado» pour l’immigration

L’afflux de main-d’œuvre presse plus que jamais dans le nord de l’Ontario. Et les chiffres dévoilés lors du forum par la Commission de planification de la main-d’œuvre du Nord Supérieur sont à cet égard éloquents: en cas d’une économie morose, les emplois à pourvoir seraient de 41 000. Un chiffre qui grimpe à 51 000 sous l’impulsion d’une économie prospère.

«On pourrait faire du nord l’eldorado pour l’immigration, tant les opportunités sont nombreuses et la qualité de vie existe ici», plaide Élodie Bedouet, directrice générale de l’AFNOO. «Le défi est encore plus vrai pour les francophones, car beaucoup d’emplois à priori bilingues sont à pourvoir notamment dans les secteur de la santé, ou encore de la construction et du bâtiment.»

Conséquence? Le fait francophone s’étiole dans le Nord. Car malgré la hausse globale de 4,9% de francos apparue sur la période 2006-2011 au vu du dernier recensement, le Nord-Est et le Nord-Ouest de la province ont connu une trajectoire opposée, voyant leur population francophone fondre de respectivement 2,7 et 7,1% sur la même période.

Les grandes villes ont également suivi cette tendance sur la période 2001-2011. En témoigne le Grand Sudbury dont le fait francophone a été légèrement grignoté, passant de 29,9 à 26,7% selon Statistiques Canada. Un constat identique à Thunder Bay où les francophones sont tombés de 2,8 à 2,4% sur dix ans. Même tendance également à Timmins (41,1 à 37,2%) et North Bay (16,4 à 15%).

«Les emplois historiques des francophones, par exemple travailler dans des scieries, ont pour la plupart disparu, analyse M. Howald. La population francophone est donc beaucoup plus vieillissante que celle des anglophones, ce qui ne favorise pas un taux de natalité élevé.»

Coup de pouce provincial?

Soucieux de voir les différents paliers gouvernementaux mettre la main à la pâte, les associations abondent dans le même sens: le gouvernement provincial n’en fait pas assez pour l’immigration francophone dans le nord.

«Il faudrait une stratégie beaucoup plus élaborée qu’une cible de 5%», concède M. Howald, en référence au projet de loi 49, actuellement discuté à Queen’s Park, et visant une cible de 5% d’immigrants francophones dans la province. «Cette stratégie ne prend malheureusement pas en compte les besoins dans le Nord», renchérit Mme Bedouet de l’AFNOO.

L’opposition néo-démocrate à Queen’s Park aimerait, à son tour, voir la province et le fédéral, par voie de conséquence, affûter leurs politiques d’immigration pour les francophones.

«Je fais partie de ceux qui craignent de voir beaucoup de nos jeunes quitter pour le sud de l’Ontario. Ça veut dire que noyau francophone du nord diminue. On a besoin de politiques qui aident les nouveaux arrivants à décider de s’établir dans le nord», a fait valoir à #ONfr le député Gilles Bisson, de la circonscription de Timmins–Baie-James, dans le nord-est de la province.

«Il y a de très bons emplois, qui paient très bien dans des villes comme Timmins et Hearst», a poursuivi M. Bisson, le 9 mars. «Mais souvent, les immigrants ne sont pas au courant parce qu’on ne leur a pas dit. C’est tout ce qu’on demande. Que le fédéral et la province jouent un rôle plus important pour s’assurer que les francophones qui viennent au Canada sachent qu’ils peuvent s’établir ailleurs qu’au Québec, à Ottawa ou à Toronto.»

La ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur, reconnait qu’il n’y a pour l’instant pas de lentille spécifique pour le nord de l’Ontario, mais que les solutions passeront par «un partenariat» avec le gouvernement fédéral.

«L’immigration demeure de responsabilité fédérale», a-t-elle expliqué à #ONfr. «Mais ils (le fédéral) ont tout intérêt à travailler avec nous sur ce dossier. On travaille toujours avec eux, bien que l’on n’ait pas toujours ce que l’on veut. Il y a cependant un bon vouloir de leur part. À la différence du Québec, l’Ontario n’a pas le dernier mot en matière de politique d’immigration.»

Et d’ajouter: «Le Nord représente une belle porte d’entrée pour les immigrants francophones, mais leur entrée se fait souvent par l’intermédiaire des municipalités de l’Ontario. Il y a évidemment un besoin urgent dans la santé, mais également trop de professeurs anglophones.»

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org